Des peptides de levures "coupe-faim"

Des chercheurs de l’INRA ont mis en évidence, chez le rat et l’homme, l’effet coupe faim de peptides issus de protéines de levures. En étudiant le mode d’action de ces peptides, les chercheurs ont montré que ces molécules pouvaient avoir un effet modérateur sur le centre activateur de l’appétit de l’hypothalamus et libérer des neuropeptides anorexigènes. Cette observation souligne un nouveau mode d’action des protéines sur la régulation de la prise alimentaire.

Paris, Salon International du Machinisme Agricol 2003.. © Inra, MAITRE Christophe
Mis à jour le 02/09/2013
Publié le 26/06/2008
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L’obésité et le surpoids sont observés de plus en plus fréquemment dans les sociétés humaines. Touchant adultes et enfants, la surcharge pondérale est considérée comme un des principaux défis de santé publique par l’OMS pour le XXIe siècle.

La prise alimentaire est contrôlée sur deux niveaux. A un premier niveau, un contrôle à court terme intervient sur un cycle de quelques heures. Ainsi le tube digestif émet des signaux stimulant l’appétit lorsque l’estomac est vide. Ensuite, après un repas, d’autres signaux, comme la vidange gastrique, la présence de nutriments dans l’intestin, ou le taux de sucre dans le sang vont déclencher une sensation de rassasiement puis de satiété qui participent à l’arrêt de la prise alimentaire et au maintien de l’absence de faim. C’est une voie de contrôle de réaction plein/vide du tube digestif et de la présence de nutriments dans la circulation sanguine. A un deuxième niveau, la sensation de faim est influencée par l’homéostasie énergétique générale. L’appétit sera d’autant plus fort que les stocks d’énergie disponible seront faibles. L’hypothalamus, chef d’orchestre de ces contrôles à court et long terme, stimule des zones modératrices ou activatrices de l’appétit au niveau du système nerveux central.
La composition des aliments est aussi un facteur qui influence la satiété déclenchée par la prise alimentaire. Les protéines sont beaucoup plus efficaces que les lipides ou les glucides pour déclencher à court terme la satiété chez l’homme. Le mode d’action des protéines sur la satiété est mal connu. Les protéines agissent peut-être en stimulant des neuro-récepteurs de la paroi de l’intestin. Les signaux captées par les cellules nerveuses transitent alors jusqu’au cerveau via le nerf vague. La libération d’acides aminés dans l’intestin, dans la circulation sanguine est peut-être un autre facteur déclenchant la satiété.

Dans le cadre de leur recherche sur le contrôle biologique de la prise alimentaire, les chercheurs de l’INRA se sont intéressés particulièrement aux protéines de levures. Elles se sont avérées être les plus performantes du point de vue satiétogène, capables de déclencher chez le rat une diminution du poids plus fort que celle déclenchée par les protéines de soja, de blé ou de lait.
Présentés lors du dernier Congrès de la Société Française de Nutrition, des travaux complémentaires, ont apporté des précisions sur l’effet satiétogène des protéines de levures. Par des études sur le rat et sur l’homme, les chercheurs ont montré qu’un mélange de peptides de levures, la fraction 1 – 10 kD, exerçait une diminution de l’appétit supérieure aux protéines complètes. Ils ont alors observé une diminution des prises alimentaires et une diminution de l’apport énergétique quotidien, conduisant chez le rat à une diminution du poids.

Les chercheurs ont montré que ces peptides stimulaient le système nerveux central, au niveau d’une zone particulière (le noyau arqué ou ARC) de l’hypothalamus en déclenchant la synthèse de neuropeptides anorexigènes. Cette zone est capable d’inhiber le centre de l’appétit (LHA ou aire latérale de l’Hypothalamus).
Les chercheurs ont aussi démontré que la transmission du signal satiétogène ne transitait pas par le nerf vague. Le signal déclenchant la satiété ne proviendrait donc pas de phénomènes mécaniques de digestion, comme les tensions de la paroi stomacale, la vidange gastrique, ou des récepteurs de la paroi intestinal, hypothèse du mode d’action de peptides sur la satiété.

Il semble donc que les peptides de levures soient capables d’entraîner une modération de l’appétit en agissant sur des centres de régulation à long terme. Il reste de nombreux points à préciser sur le mode d’action des peptides de levure, mais la découverte de molécules particulièrement actives ouvre la voie à une nouvelle génération de plats et de compléments alimentaires efficace dans la lutte contre l’obésité.
 

Contact Inra :

Daniel TOMÉ
INRA
Unité INRA / AgroParisTech de Physiologie de la Nutrition et du comportement Alimentaire
INRA Paris
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Fax : 01 44 08 18 58
Daniel.Tome@agroparistech.fr

Pour en savoir plus

  • La satiété induite par les protéines: exemple de la protéine de levure.
    Société Française de Nutrition 3 eme Congrès, Lille 6 et 7 décembre 2007,
    http://www.colloquium.fr/sfn/
  • Yeast proteins enhance satiety in rats. FAIPOUX R., TOME D., BENSAID A., MORENS C., ORIOL E., BONNANO L.M., FROMENTIN G.. The Journal of Nutrition (2006) 136 : 2350-2356