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Eau du robinet ou eau en bouteille. Les critères de choix du consommateur

40 % des Français ne consomment pas l’eau du robinet. Pourtant, elle coûte aux consommateurs 100 fois moins cher que l’eau en bouteille. Des chercheurs Inra des unités GREMAQ et LERNA de Toulouse ont identifié les facteurs qui pèsent sur les décisions de choix du canal de consommation d’eau par les ménages français.

Homme buvant un verre d'eau. © NICOLAS Bertrand
Mis à jour le 10/06/2013
Publié le 08/09/2011

L’étude porte sur un échantillon de 4.623 ménages répartis sur la France entière et croise les résultats de deux enquêtes conduites en 2001 : d’une part, l’enquête réalisée par Secodip (aujourd’hui, TNS-WorldPanel) collectant les décisions d’achat de boissons et les catégories socioéconomiques d’un panel de ménages et, d’autre part, l’enquête menée par l’Ifen – Scees – Agences de l’eau sur les réseaux de distribution d’eau potable dans 4.880 communes, complétées par les données sur la qualité des eaux brutes fournies par la Direction générale de la Santé.

L’influence de la qualité de l’environnement et des facteurs socioéconomiques sur la décision de boire ou non l’eau du robinet a été mesurée à l’aide d’un « modèle de décision » de type Probit : chaque ménage est défini comme buveur ou non buveur d’eau du robinet selon sa consommation moyenne de boissons non alcoolisées (eau en bouteille et sodas). En prenant pour hypothèse que la consommation journalière de boisson est de 0,5 litres par personne, l’échantillon enquêté comprend 68 % de « buveurs d’eau du robinet ».

Les consommateurs n’appréciant pas l’eau du robinet la jugent de « mauvais goût » (trop de chlore), trop dure (trop calcaire) et craignent les risques sanitaires. Cette étude montre que le choix entre eau en bouteille et eau du robinet dépend des caractéristiques socioéconomiques et culturelles des ménages, mais également de la façon dont le ménage perçoit son environnement immédiat. La perception d’un environnement dégradé interfère notamment avec la confiance sur la potabilité de l’eau distribuée et conduit les ménages à choisir plutôt l’eau en bouteille.

Compte tenu de l’écart de prix important entre le litre d’eau distribué au robinet et celui vendu en bouteille, ce sont les ménages modestes qui sont les plus touchés par la mauvaise perception de l’eau du robinet. Les ménages aisés, quant à eux, ont une forte propension à consommer l’eau en bouteille quelle que soit leur perception de la qualité de l’eau. Le statut du chef de famille est un facteur important dans la décision : un retraité, quels que soient ses revenus, consomme moins fréquemment l’eau du robinet qu’un actif. Une des raisons possibles est que les chefs de famille plus âgés pourraient être plus sensibles aux vertus présumées des eaux en bouteille et se montrer plus attentifs aux recommandations du corps médical (exemple : compensation des carences en minéraux par l’absorption régulière d’une eau minérale).

Habiter en zone rurale (communes de moins de 2.000 habitants) ne semble pas influencer les habitudes du buveur d’eau. En revanche, la région d’habitation et plus particulièrement la qualité des eaux régionales interfèrent plus largement dans les choix de type de consommation d’eau : la consommation d’eau en bouteille est plus importante dans les régions Nord et Ouest, caractérisées par une forte densité de population, une activité industrielle intense et des problèmes structurels de pollution des eaux souterraines par les nitrates et / ou par des micropolluants minéraux.

Enfin, selon des scénarii de dégradation de la qualité de l’eau, les régions du Sud-Est et du Nord présenteraient le plus fort report de consommation vers l’eau en bouteille ; en région parisienne, l’effet de report serait le plus modéré. Inversement, l’amélioration de la qualité de l’eau du robinet augmenterait sensiblement sa consommation en région Centre-Est et dans la région parisienne.

Contact(s)
Contact(s) scientifique(s) :

Département(s) associé(s) :
Sciences sociales, agriculture et alimentation, espace et environnement
Centre(s) associé(s) :
Auvergne - Rhône-Alpes

Sources

  • Christophe BONTEMPS, Céline NAUGES, "Carafe ou bouteille ? Le rôle de la qualité de l’environnement dans la décision du consommateur, Inra, Sciences Sociales, N°2 / 2010 – Septembre, p. 1-4.
  • Christophe BONTEMPS, Céline NAUGES “Carafe ou bouteille ? Le rôle de la qualité de l’environnement dans la décision du consommateur”, Economie et Prévision, 2009-2, Numéro 188, p. 61-79.