• Réduire le texte

    Réduire le texte
  • Rétablir taille du texte

    Rétablir taille du texte
  • Augmenter le texte

    Augmenter le texte
  • Imprimer

    Imprimer

Impact d’une « fat tax » sur le comportement d’achats des ménages français

Les pouvoirs publics tentent d’infléchir les comportements alimentaires pour prévenir de l'obésité. Des chercheurs Inra de l’unité ALISS d’Ivry-sur-Seine ont mesuré l’impact qu’aurait l'introduction d'une "Fat Tax" sur le comportement d’achat des Français. Cette taxe impacterait les aliments à fortes teneurs en calories, en graisses et en sucres.

Image à fond perdu de chips de pomme de terre. © NICOLAS Bertrand
Mis à jour le 14/06/2013
Publié le 10/11/2011

Pour agir sur les comportements alimentaires, deux leviers sont traditionnellement actionnés : l’information nutritionnelle et l’intervention sur les prix. La taxation des produits néfastes pour la santé, à l’instar de la « fat tax », aurait le double avantage de réduire la consommation par effet d’élasticité-prix négative et de générer un revenu fiscal permettant de financer les campagnes de santé publique (subventions aux aliments sains, incitation à la pratique d’activités physiques…). Dans le cadre de cette étude, la « fat tax » correspond à une hausse du taux de TVA sur certains produits de telle sorte qu’elle se traduise globalement par une hausse de leur prix de 10 %.

Pour mesurer l’impact d’une taxation sur les produits très caloriques, la demande alimentaire des ménages a été modélisée (Almost Ideal demand system), à partir des informations sur les quantités, les dépenses et les prix de l’ensemble des aliments, extraites du TNS Worldpanel, auprès de 5000 ménages. La période retenue (1996-2001) est antérieure au premier Programme National Nutrition Santé (PNNS), afin de mesurer précisément l’impact de la taxe en dehors de toute information nutritionnelle. Tous les participants ont enregistré leurs achats soit directement à partir de la lecture du code-barres figurant sur le produit, soit au moyen d’un carnet de codes qui leur était fourni, pour enregistrer leurs achats de produits frais sans code-barres. Les caractéristiques des produits alimentaires achetés ont été réparties en 32 nutriments parmi lesquels : énergie, protéines végétales et animales, glucides, lipides, cholestérol, alcool, fibres et vitamines.

Les premiers résultats des simulations réalisées à partir de ce modèle mettent en évidence une baisse des achats corrélée à l’augmentation des prix. Mais ce comportement est à nuancer selon la classe sociale du ménage et le groupe d’aliments. Par exemple, les ménages aisés restreignent leurs achats de poisson, de fruits secs, de produits laitiers, de fromage / beurre / crème, de produits gras et sucrés et d’eaux en bouteille lorsque les prix de ces produits augmentent. Il en est de même pour les ménages modestes, mais dans une moindre mesure. Inversement, les ménages aisés se montrent moins sensibles à l’augmentation du prix des fruits & légumes et des boissons alcoolisées que les ménages modestes qui eux, répercutent la hausse du prix de ces produits par une baisse de leurs achats.

Une autre donnée à prendre en compte lors de la hausse des prix est l’effet de substitution d’achat entre produits. Par exemple, l’étude révèle une corrélation entre la baisse du prix des légumes frais et la baisse des achats de pommes de terre, des produits gras et salés. De même, la hausse du prix des boissons non alcoolisées (hors jus de fruits) induit une baisse des achats de pommes de terre, de plats préparés et de produits gras et salés, ce qui permet de s’attendre à ce que l’application d’une taxe sur les sodas induise une baisse sensible des achats de ces produits.

Ces résultats soulignent l’importance du choix des produits à taxer pour obtenir l’effet escompté. La meilleure réduction des apports caloriques est obtenue par taxation des plats préparés, du groupe fromage / beurre / crème et des produits gras et sucrés. Appliquée à ces trois catégories de produits, la « fat tax » induit une baisse de 3.4 % des achats de calories pour les ménages aisés et de 3,6 % pour les ménages modestes.

Plus précisément, la taxation des plats préparés est celle qui produit les effets les plus importants : baisse des achats et retombées nutritionnelles positives (baisse des achats de sodium, hausse des achats de béta-carotène et de vitamine D). La baisse d’achats des acides gras saturés et de cholestérol et, globalement du nombre de calories achetées, est obtenue différemment selon la catégorie sociale du ménage : par la taxation des produits fromage / beurre / crème chez les ménages aisés, par la hausse des prix des produits gras et salés chez les ménages modestes.

Si l’impact d’une « fat tax » conduit bien à des achats moindres de calories et d’acides gras saturés, tel que le préconise le PNNS, les résultats sont à nuancer : la « fat tax » porte préjudice à la consommation de nutriments essentiels à la santé (vitamines, calcium, magnésium, potassium et phosphore) ; elle n’induit que de faibles effets sur le poids des individus à court terme ; enfin, elle engendre des coûts en bien-être beaucoup plus élevés chez les ménages modestes que chez les ménages aisés.

Sources

  •  Olivier ALLAIS, Patrice BERTAIL, Véronique NICHELE, « Les faibles effets d’une ‘fat tax’ sur les achats alimentaires des ménages français : une approche par les nutriments », Inra, Sciences Sociales, N°3/2010 – Octobre, p.1-4.
  • Allais O., Bertail P., V. Nichèle (2010). The Effects of a Fat Tax on French Households’ Purchases: A Nutritional Approach, American Journal of Agricultural Economics, 92:228-245.