• Réduire le texte

    Réduire le texte
  • Rétablir taille du texte

    Rétablir taille du texte
  • Augmenter le texte

    Augmenter le texte
  • Imprimer

    Imprimer

Evaluer les impacts environnementaux du développement de la  filière biodiesel de colza en France

Les bilans environnementaux sont complexes à mettre en œuvre. L’Inra, AgroParis Tech et *Terres Inovia ont travaillé à la mise au point d’une méthodologie combinant modèles et outils pour évaluer l’impact du développement de la filière biodiesel de colza sur l’environnement et sur les changements d’affectation des sols.

filière biodiesel de colza. © Min.Agri.Fr, Cheick.Saidou
Publié le 29/03/2016

Europe : une réglementation contraignante vis-à-vis des biocarburants

L’Union Européenne a défini un ensemble de critères pour s’assurer que l’emploi des biocarburants garantit de réels gains en terme d’émission de Gaz à Effet de Serre (GES)  tout en assurant la préservation de la biodiversité. Ces critères de durabilité définissent comme carburants renouvelables, ceux qui permettent une économie de GES d’au moins 35 % comparés aux carburants fossiles. Cette proportion sera portée à 50 % en 2017. Elle inclut les étapes de production et transformation de la  biomasse, le transport du biocarburant ainsi que les éventuels changements  d’affectation des sols  liés à l’augmentation de la demande pour les cultures énergétiques. Ces critères prennent aussi en considération  la préservation de la biodiversité : ces biocarburants ne pourront pas être issus de sols à haut stock carboné  (marais, forêt…), ni fabriqués à partir de ressources issues d’écosystèmes renfermant une haute biodiversité (forêt primaire…).

Une approche visant à  améliorer la fiabilité des bilans environnementaux

Pour évaluer l’impact environnemental, l’utilisation de la  méthode normalisée d’Analyse des Cycles de Vie (ACV) est recommandée mais son application aux biocarburants pose problème. D’une part, il y a de fortes incertitudes autour de certaines données d’inventaire du cycle de vie de l’étape agricole (i.e. émissions pendant l’étape de production de biomasse) et d’autre part la méthode est peu adaptée pour estimer les émissions de GES induites par l’étape de mise en culture de la biomasse et les changements d’affectation des sols.
L’une des premières originalité du travail  a été de coupler à l’ACV , un modèle d’agro-écosystème permettant de simuler les cycles de l’eau, de l’azote et du carbone tout en tenant compte des interactions entre le sol, l’atmosphère et les plantes pour mieux prendre en considération les émissions de la phase de production de biomasse. Les émissions d’azote réactif ont été estimées en lien avec l’incertitude autour des conditions climatiques actuelles et futures et en prenant en considération la diversité des pratiques de fertilisation azotées à l’échelle des principales régions de culture du colza en France. Pour cela,  les chercheurs se sont appuyés sur un recensement précis des pratiques de fertilisation effectué par Terres Inovia. Les données d’inventaire liées aux autres étapes de cycle de vie du biodiesel ont  été introduites sous la forme de moyennes représentatives à l’échelle nationale.
Une autre originalité du travail découle de l’adaptation et de l’utilisation d’un modèle économique d’équilibre partiel pour examiner l’effet des politiques publiques françaises en matière de biocarburants sur les changements d’affectation des sols à l’échelle globale. Enfin, des scénarios de projections climatiques ont été testés. 

Quelles sont les principales conclusions ?

Pour l’existant : 117 pratiques de fertilisations azotées ont été recensées mettant en évidence une diversité à la fois inter et intra- régionales dans les pratiques des agriculteurs. Les auteurs soulignent aussi que d’une région à l’autre, les émissions de GES peuvent varier dans un rapport de 2.
En projection : les travaux montrent qu’il n’est pas possible d’affecter des valeurs fixes d’émissions de GES aux changements d’affectation des sols et qu’elles dépendent fortement des scénarios testés. Ceux-ci sont dépendants d’un grand nombre de facteurs associés à l’évolution des habitudes alimentaires, de la population mondiale, des politiques publiques, du prix de l’énergie… La démarche consiste plutôt à fixer à priori des scénarios d’évolution tout en prenant en considération les réglementations relatives à la réduction des GES.
Une autre approche consisterait à raisonner non plus dans l’absolu mais dans le relatif. Par exemple en classant les pratiques culturales en fonction de leur impact environnemental ou bien en utilisant la méthode dans d’autres zones géographiques afin de faire une comparaison avec la filière biodiesel de colza en France.
Plus généralement, selon les auteurs, il importe avant tout d’identifier et de quantifier les facteurs associés aux pratiques culturales et de fertilisation dont l’impact sur les émissions de GES est le plus significatif. Selon les travaux, une amélioration des pratiques de fertilisation  permettrait de générer  jusqu’à 48 % d’économie de GES, ce qui est très proche des recommandations actuelles de la directive européenne RED. Les auteurs soulignent toute l’importance de la fertilisation et de son optimisation puisque dans les cas les plus extrêmes, une mauvaise gestion s’accompagnerait d’une augmentation des émissions de GES  de l’ordre de 20 % en moyenne, variable selon les scenarios testés.  
Les auteurs précisent qu’ils se sont plus particulièrement intéressés aux pratiques de fertilisation azotées mais que d’autres leviers associés aux pratiques culturales n’ont pas été explorés et que la méthode reste à gagner en précision.

Contact(s)
Contact(s) scientifique(s) :

  • Benoît GABRIELLE (01 30 81 55 51) UMR INRA/AgroparisTech EcoSsys (Écologie fonctionnelle et écotoxicologie des agroécosystèmes)
Département(s) associé(s) :
Environnement et agronomie, Santé des plantes et environnement
Centre(s) associé(s) :
Versailles-Grignon

En savoir plus

  • Ben Aoun Wassim.  Le développement de la filière biodiesel de colza en France : Evaluation des impacts environnementaux et des conséquences sur l’usage des sols. Thèse de doctorat d’université.   AgroParisTech.  Paris, 2015, 180p.   

Autres  publications associées :

  • Ben Aoun, W., El Akkari, M., Gabrielle, B. et al.  Considering the variability of farming practices improves the LCA of biodiesel from oilseed rape : In proceedings of the 9. International Conference on Life Cycle Assessment in the Agri-Food Sector (LCA Food 2014), 2014-p102-109.
  • Ben Aoun, W. Gabrielle, B. Gagnepain, B. The importance of land use change in the environmental balance of biofuels. OCL Oléagineux Corps gras Lipides,2013, 20(5), 505, 12p.

A propos de

Les travaux de thèse de Wassim Ben Aoum ont été menés dans le cadre d’un contrat CIFRE en collaboration avec *Terres Inovia le centre technique interprofessionnel des oléagineux, des protéagineux, du chanvre et des filières associées.