Les phéromones : une parade à l’usage des insecticides dans le domaine forestier

Souvent, les comportements d'insectes en milieu forestier sont régis par des signaux olfactifs. Leur connaissance permet de déployer des stratégies de suivi ou de lutte. Des chercheurs Inra ont étudié les dispositifs contre la processionnaire du pin (Thaumetopoea pityocampa), le bombyx disparate (Lymantria dispar) et divers scolytes des résineux.

Mâles de Légionnaire d'automne en phase d'approche du piège contenant la phéromone sexuelle de synthèse. © CHERON M.

Les médiateurs chimiques ont un intérêt important pour l’entomologiste. Les substances olfactives en cause sont appelées médiateurs chimiques ou écomones. Les plus connues sont les phéromones qui sont produites et affectent le comportement d’individus de la même espèce, par exemple les phéromones sexuelles des papillons ou les phéromones d’agrégation des scolytes. Les substances allélochimiques jouent un rôle entre deux espèces différentes ; celles qui sont bénéfiques à l’émetteur sont nommées allomones tandis que celles qui sont favorables au récepteur sont des kairomones. La capacité des insectes à les détecter même à très faible dose permet de les utiliser pour attirer les insectes dans des sites particuliers (pièges par exemple) afin de les inventorier, les dénombrer, voire les tuer pour les espèces qualifiées de ravageurs. Si le principe du piège attractif, utilisé depuis très longtemps par les entomologistes pour réaliser des inventaires, repose souvent sur une connaissance empirique de ces médiateurs chimiques, depuis quelques décennies leur étude plus approfondie et leur synthèse ont ouvert des perspectives de suivi et de contrôle des populations d’insectes ravageurs.

Certaines de ces méthodes comme le suivi en routine de population de certains lépidoptères phyllophages des chênes ou des scolytes des résineux ont malheureusement été abandonnées du fait de difficultés d’interprétation et de mise en œuvre en dehors de dispositif de recherche ou de leur faible intérêt par rapport à d’autres méthodes de suivi plus classiques.

La lutte par piégeage de masse, envisagée par exemple pour les scolytes des résineux après tempête, est désormais peu pratiquée pour des raisons de coût par rapport à l’efficacité. Par contre de nouvelles voies de lutte se dessinent en utilisant la confusion sexuelle c’est à dire en saturant l’atmosphère de phéromones sexuelles ce qui limite les rencontres pour accouplement et reproduction entre males et femelles de l’espèce cible. Cette dernière est notamment testée sur la processionnaire du pin.

Enfin, une meilleure connaissance des interactions entre médiateurs chimiques issus de différentes espèces d’arbres hôtes au sein des peuplements forestiers pourrait déboucher sur une sylviculture de peuplements mélangés plus résistants aux attaques d’insectes phytophages. Ainsi il a pu être montré que les composés volatils issus de l’écorce du bouleau avaient un caractère répulsif sur les scolytes des résineux et de ce fait qu’un peuplement mélangé résineux-feuillus était moins sensible aux attaques de scolytes des résineux.

L’ensemble de ces dispositifs pourrait constituer dans un futur proche des alternatives tout à fait pertinentes à l’usage des insecticides.

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Grand Est - Nancy, Bordeaux Aquitaine, Provence-Alpes-Côte d'Azur

En savoir plus

Louis-Michel NAGELEISEN, Jean-Claude MARTIN, Hervé JACTEL, "utilisation des phéromones dans le domaine phytosanitaire forestier", Colloque de la Fondation Pierre Vérots, Les insectes en zones humides continentales, Actes 2010, p.79-84.