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Produire autrement : les agriculteurs face à de nouvelles conditions d’apprentissage

Les politiques publiques incitent les agriculteurs à adopter une agriculture plus écologique. Ces injonctions les positionnent face à de nouvelles pratiques : assurer la sécurité alimentaire tout en réduisant l’usage des intrants. Des chercheurs Inra d’AgroParisTech ont analysé les conditions d’apprentissage auprès de céréaliers français innovants.

Produire autrement : les agriculteurs face à de nouvelles conditions d’apprentissage. © Inra
Mis à jour le 03/10/2013
Publié le 10/06/2013

Le développement d’une agriculture « écologisée » nécessite de réaliser de nouveaux apprentissages. Sans attendre les inflexions politiques, les agriculteurs peuvent, au fil du temps, se construire de nouvelles normes professionnelles ou des pratiques dites « de transition » à partir de ressources puisées dans leur environnement et issues des jeux d’interactions sociales.

Ces rencontres et échanges au sein de collectifs professionnels ne suffisent pas à reconfigurer les pratiques vers l’écologisation. Elles se doublent d’une expérimentation à la ferme, bien connue des agriculteurs qui, confrontés à un problème, cherchent à le contrôler par des solutions qu’ils testent et évaluent.

Ainsi, le processus d’apprentissage de nouvelles pratiques se construirait en trois phases successives : l’émergence d’une idée, dite « phase de mise en alerte » vis-à-vis d’un nouvel élément de contexte (par exemple résistance des adventices, incitation politique telle que « Fertimieux », préoccupation de santé), l’expérimentation de l’idée en  cours de « phase d’expérience », suivie d’une « phase d’évaluation » au regard d’un référentiel construit sur les pratiques antérieures éprouvées.

Pour valider ces modes opératoires de transition vers de nouvelles pratiques professionnelles, les chercheurs ont conduit des entretiens semi-directifs de 2009 à 2011 auprès de vingt céréaliers français en Champagne Berrichonne (Indre), déjà engagés dans la réduction des intrants. Pour chacun d’eux, ils ont identifié la dynamique de changements de pratiques tout au long de leur trajectoire professionnelle, qui a pu commencer dans les années 1980.

Chaque agriculteur a présenté a posteriori la manière dont ses pratiques se sont reconstruites et les ressources qu’il avait mobilisées.  Dix configurations de conditions d’apprentissage différentes, définies comme des combinaisons d’interactions sociales et de formes d’expériences, se sont révélées.

Selon les résultats obtenus, chaque agriculteur mobilise, au fil de sa carrière, plusieurs configurations-type. En tendance, les changements s’opèrent plus dans la proximité avec autrui et sur des territoires dont les agriculteurs sont proches : les agriculteurs ont modifié leurs pratiques suite aux échanges au sein d’un groupe de développement agricole ou avec un conseiller, ou encore par référence à leurs pairs. Néanmoins, la place importante des configurations-type qui se déroulent en autonomie complète (20 % des cas) révèle deux phénomènes : un isolement de certains agriculteurs qui changent peu leurs pratiques au final, et en parallèle une capacité d’autres agriculteurs à combiner apprentissages en groupe et apprentissages en autonomie grâce à des compétences méthodologiques acquises par le passé lors d’expérimentations collectives. Enfin, lorsque l’agriculteur est en situation d’observation d’une expérimentation et n’est pas acteur de celle-ci, il adopte moyennement les nouvelles préconisations (50 % des cas). Des progrès sont à faire sans doute dans la façon de faire l’analogie entre l’essai et les conditions à la ferme.

Ainsi, s’agissant d’inscrire les pratiques nouvelles dans la durée, telle que la réduction des intrants, les chercheurs ont révélé une corrélation entre l’adoption définitive d’une pratique innovante et des expérimentations collectives (avec la mise en commun des résultats obtenus dans chaque ferme) accompagnées par un conseiller dans un groupe de développement. Ce schéma serait donc à privilégier.

Contact(s)
Contact(s) scientifique(s) :

Département(s) associé(s) :
Environnement et agronomie, Sciences pour l’action et le développement
Centre(s) associé(s) :
Versailles-Grignon

Sources

  • Emilia Chantre, Marianne Le Bail, Marianne Cerf, « L’analyse des conditions d’apprentissage des agriculteurs en situation de travail pour changer de façon de produire », In Actes du 2e colloque international de Didactique Professionnelle, 13p. Nantes, juin 2012 : Atelier 54 – Médiation et relation avec autrui, 2012.
    Url :http://didactiqueprofessionnelle.ning.com/page/colloque-2012-nantes