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Attitudes des consommateurs français et allemands vis-à-vis des nanotechnologies dans l’alimentation

Dans le cadre d'un projet franco-allemand financé par l’ANR  et la DfG (Agence de Recherche Allemande), deux laboratoires Inra (Méthodologies d’Analyse de Risque Alimentaire d’AgroParisTech et Economique Publique de Grignon) ont analysé l'acceptabilité des nano-technologies dans l'alimentation auprès des consommateurs français et allemands.

Verres de jus d'oranges. © CAIN Anne-Hélène
Mis à jour le 17/01/2013
Publié le 09/11/2011

Pour mener cette recherche, deux objets « virtuels » non commercialisés ont été étudiés : un jus d’orange enrichi en vitamine D grâce à des nanotechnologies et une bouteille de jus d’orange, protégeant les nutriments des UV (nano-emballage). Pour répondre aux objectifs de la recherche, les caractéristiques de ces « nano-jus » ont été inventées sur la base de produits commercialisés dans d’autres pays par les chercheurs et présentées aux personnes interrogées.

La recherche a été conduite selon deux approches. La première a consisté à diffuser sur Internet des questionnaires auprès d’un panel représentatif de la population selon les critères de sexe, d’âge, de formation et de profession : en France (752 participants) - en Allemagne (750 participants). Les participants ont disposé d’une description générale des nanotechnologies et d’une information sur les nano-aliments enrichis et sur les nano-emballages. Ils ont été interrogés sur leur familiarité avec les nanotechnologies, leur religiosité, leur confiance, leurs opinions sur la science et la technologie et leur perception des risques et des bénéfices des nano-aliments.

En complément de cette première méthode, une approche d’économie expérimentale en laboratoire a été menée d’une part à Munich (143 participants) et d’autre part à Paris (152 participants). Les participants, représentatifs de ces deux villes pour l’âge et le statut socio-économique, ont été confrontés à des prix hypothétiques croissants pour mesurer leur disposition à payer (DAP), c’est-à-dire le prix le plus élevé pour lequel ils accepteraient d’acheter le nano-jus.

D’après les résultats de l’enquête par questionnaire, une majorité des participants français (81.5 %) et allemands (66.4 %) méconnaissent les nano-technologies. Dans les deux pays, ce sont les hommes et les personnes ayant le plus de formation qui ont une vue plus précise de ces innovations technologiques, vis-à-vis desquelles elles sont plutôt pessimistes. Après avoir reçu une information sur les nanotechnologies, les participants ont toujours du mal à se forger une opinion tranchée entre « risques » et « bénéfices ». Leur posture serait plutôt celle d’une indifférence à leur égard. La confiance accordée aux agences gouvernementales influence le ressenti vis-à-vis des nano-technologies, alors que la croyance religieuse semble peu interférer. Mais avant tout, ce sont les perceptions initiales de la science et des technologies qui impactent le plus les opinions finales sur les nanotechnologies.

Les analyses économiques conduites en laboratoire permettent d’affiner l’attitude des consommateurs potentiels. Ces derniers ont eu accès aux informations de manière graduelle : présentation d’un jus d’orange et de son prix, puis information sur le recours aux nano-technologies pour son élaboration (enrichissement en vitamine D / Protection de l’emballage vis-à-vis des UV), enfin, information des participants sur les impacts positifs et négatifs supposés des nanotechnologies sur la santé, l’environnement ou la société. Après chaque étape, la DAP du consommateur a été mesurée.

Il en ressort, que même lorsque l’information dispensée sur les nanotechnologies est brève, elle impacte la DAP. D’emblée, cette perception est négative alors même que sont vantés l’enrichissement en vitamine D et l’emballage protecteur. La DAP baisse avec la disponibilité des informations et celles sur la santé sont prioritaires pour le consommateur au point tel, que les bénéfices sont occultés par les risques potentiels. Cette similitude se retrouve à la fois auprès des participants français et allemands, malgré des divergences culturelles dans les perceptions des risques et des bénéfices entre les deux pays.

Finalement, si les « nano-jus » étaient introduits sur le marché, très peu de participants achèteraient ce produit (seulement 2 % d’entre eux) et 5 % d’entre eux se laisseraient séduire par un nano-emballage. Sans l’appui d’une politique publique audacieuse et sécuritaire, de tels résultats obèrent les potentialités de développement des nano-produits et laissent entrevoir de faibles marges aux industriels.

Contact(s)
Contact(s) scientifique(s) :

Département(s) associé(s) :
Mathématiques et informatique appliquées
Centre(s) associé(s) :
Jouy-en-Josas

Sources

Frederic Vandermoere, Sandrine Blanchemanche, Andrea Bieberstein, Stephan Marette, Jutta Roosen, “The public understanding of nanotechnology in the food domain : The hidden role of views on science, technology, and nature”, Public Understanding of Science (2011), 20 195-20