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Les préférences gustatives du porcelet ou comment lutter contre le refus alimentaire lors du sevrage

Pour faciliter l’acceptation de nouveaux aliments, les chercheurs ont montré qu’il est possible de conditionner le comportement des porcelets envers une flaveur, en l’associant à un goût sucré et un apport calorique – on parle de renforcement gustatif et calorique – permet d’induire des préférences alimentaires chez l’animal. Cela permettra de formuler des aliments adaptés aux transitions alimentaires.

Porcelets de race Bayeux. © WEBER Jean
Mis à jour le 12/02/2013
Publié le 02/05/2012

L’arrivée de nouveaux aliments dans la ration quotidienne des animaux entraîne bien souvent chez ceux-ci un refus de s’alimenter (néophobie). Cette situation est rencontrée notamment chez les porcelets lors du sevrage. Ce refus, qui entraîne chez les porcelets pertes de poids et fragilisation de la santé, a des conséquences économiques non négligeables pour les éleveurs qui voient alors apparaître retard de croissance et maladies dans leurs élevages.

Dans des études précédentes, il a été démontré que le comportement alimentaire des animaux résulte d’un apprentissage qui permet à l’animal de consommer des aliments aux conséquences bénéfiques sur son développement et d’éviter les produits toxiques. L’animal établit une sélection d’aliments par mémorisation des caractéristiques sensorielles de ceux-ci (goûts, parfums, textures, aspects) en association avec les conséquences de leur ingestion (par exemple la satiété, le plaisir gustatif,…). L’animal se constitue ainsi un ensemble de préférences ou d’aversions alimentaires, qualifié de répertoire alimentaire, qui va lui permettre de s’adapter tout au long de sa vie à de nouveaux aliments.

En partant de cette capacité de l’animal à se constituer un répertoire de signaux positifs ou négatifs, les chercheurs de l’Inra ont voulu savoir s’il était possible d’induire des préférences gustatives chez le porcelet, par le biais d’une boisson, afin de favoriser la transition vers de nouveaux aliments solides. Pour induire ce conditionnement alimentaire, les chercheurs ont comparé plusieurs stratégies d’apprentissage avec des boissons :

  • associant des flaveurs avec un goût sucré en utilisant un édulcorant, la saccharine (renforcement gustatif)
  • associant des flaveurs avec un apport calorique en utilisant de la maltodextrine, un polysaccharide nutritif mais sans goût sucré (renforcement énergétique)
  • associant des flaveurs avec un apport calorique et sucré en utilisant du sucrose, un polysaccharide calorique et au goût sucré (renforcement énergétique et gustatif)

Les chercheurs ont montré que le renforcement gustatif et calorique a été le plus efficace pour induire des préférences gustatives chez le porcelet. Le renforcement calorique seul a semblé pouvoir induire une préférence mais ces résultats sont moins nets. Les porcs n’ont pas montré le moindre attrait pour la saccharine, ce qui a souligné l’absence de palatabilité du produit plutôt que l’impossibilité du renforcement gustatif à induire des préférences alimentaires.

Les chercheurs ont aussi observé qu’il est difficile de transposer une préférence acquise via la boisson vers un aliment, car la texture, le goût et l’odeur propres à l’aliment solide peuvent perturber ou modifier la perception de la flaveur apprise par l’animal. La retro-olfaction (perception des odeurs et des arômes quand l’aliment est en bouche) est capital pour percevoir une image sensorielle complète d’un aliment. D’autres essais sont nécessaires pour identifier la meilleure façon de conditionner une préférence pour une flaveur utilisable comme additif alimentaire facilitateur de transition.

Des études complémentaires en imagerie cérébrale sont en cours pour observer les zones du cerveau stimulées par un renforcement gustatif et/ou calorique, ou par l’exposition à une flaveur préférée. Cela permettra de comprendre les mécanismes neuronaux qui sous-tendent la préférence alimentaire chez le porc, et à l’avenir, facilitera l’évaluation de l’efficacité d’une formulation alimentaire en observant les zones du cerveau de l’animal stimulées par l’aliment.

Ces travaux ont été réalisés dans le cadre de la thèse de Caroline Clouard, codirigée par D. Val-Laillet (ADNC) et M.C. Meunier-Salaün (PEGASE), et financée par l’INRA et la Région Bretagne.

Contact(s)
Contact(s) scientifique(s) :

  • Marie-Christine Meunier-Salaün (02 23 48 50 57) UR1348 PEGASE Physiologie, environnement, génétique pour l’animal et les systèmes d’élevage
  • David Val-Laillet (02 23 48 50 72) UR1341 ADNC Alimentation & Adaptions Digestives, Nerveuses et Comportementales
Département(s) associé(s) :
Physiologie animale et systèmes d’élevage, Alimentation humaine
Centre(s) associé(s) :
Bretagne-Normandie

En savoir plus

  • Clouard, C. ; Meunier-Salaün, M.C.; Val-Laillet, D. Food preferences and aversions in human health and nutrition: how can pigs help the biomedical research? Animal. 2012, 6 (1) : 118-136
  • Clouard, C.; Chataignier, M.; Meunier-Salaün, M.C.; Val-Laillet, D. Flavour preference acquired via a beverage-induced conditioning and its transposition to solid food: Sucrose but not maltodextrin or saccharin induced significant flavour preferences in pig; Applied Animal Behaviour Science. 2012, 136 (1) : 26-36
  • Clouard, C.; Meunier-Salaün, M.C.; Val-Laillet, D. The effects of sensory functional ingredients on food preferences, intake and weight gain in juvenile pigs. Applied Animal Behaviour Science. 2012, xxx (xxx) : Sous presse
  • Clouard, C; Jouhanneau, M.; Meunier-Salaün, M.C.; Malbert, C.H.; Val-Laillet, D. Exposures to conditioned flavours with different hedonic values induce contrasted behavioural and brain responses in pigs. PLoS ONE (accepted with modifications).