• Réduire le texte

    Réduire le texte
  • Rétablir taille du texte

    Rétablir taille du texte
  • Augmenter le texte

    Augmenter le texte
  • Imprimer

    Imprimer

Le veuvage : une étape de rupture dans l’alimentation de la personne âgée

Dans le cadre du Programme National Nutrition Santé (PNNS), l’unité Inra ALISS a mené une étude sur l’impact du veuvage sur les transformations de l’alimentation de la personne âgée. Le problème qui se pose ne réside pas tant dans les quantités à réduire ou dans l’abandon de certains plats mais plutôt dans ce qui va leur être substitué.

Marché du dimanche matin, rue Mouffetard dans le 5e arrondissement. © NICOLAS Bertrand
Mis à jour le 08/02/2013
Publié le 02/03/2011

Le veuvage impose de modifier les pratiques alimentaires instituées dans le cadre conjugal (manières de cuisiner, type de produits consommés, ration…) et les plats à forte valeur symbolique sont notamment abandonnés (exemple de la pâtisserie "maison"). S’ensuit alors une phase d’apprentissage et de tâtonnements dans les façons de se nourrir, plus marquée chez les hommes que chez les femmes. Si la viande était jusque-là cuisinée avec un animal entier (lapin, poulet), le veuvage entraîne un autre type de consommation, tels les morceaux (cuisses ou blancs de poulet), assortis d’une préparation culinaire simplifiée (moins de plats en sauce). Les femmes veuves peuvent par ailleurs se (re)découvrir des préférences qui avaient été abandonnées depuis leur mariage ou s’autoriser à réchauffer des plats. Cette tendance est particulièrement marquée dans les milieux populaires (ouvriers, artisans, agriculteurs), mais aussi lorsque le mariage a constitué une ascension sociale.

Les hommes, qui ont délégué la cuisine à leur épouse toute leur vie durant, recourent aux produits de 3ème et 4ème gammes, ou font appel à un tiers pour préparer leurs repas. Cette délégation souligne la répartition sexuée des rôles (la cuisine est pour nombre d’entre eux, une affaire de femmes) mais également l’absence de savoir et de savoir-faire dans ce domaine, indépendamment de leurs capacités physiques.

A cette partition entre les hommes et les femmes à l’entrée dans le veuvage qu’éclaire l’étude, se rajoute la question du "souci de soi alimentaire", qui peut être définie comme une préoccupation au carrefour de l’alimentation et de la santé. Cette dernière est portée justement par le PNNS, dont l’un des objectifs est d’alerter sur la dénutrition des personnes âgées. Comment les personnes âgées veuves intègrent-elles les recommandations alimentaires diffusées dans leur entourage (informations des pouvoirs publics, médecins, aides à domicile, famille) ? L’équilibre nutritionnel des repas et le désir de se faire plaisir se doublent en effet de prescriptions en matière de santé (aliments à proscrire ou à intégrer, régime à suivre…), suite aux problèmes de diabète, de cholestérol ou d’hypertension, fréquents dans cette population.

Les comportements oscillent en fait entre consommation d’aliments prescrits et d’aliments proscrits. Le fait de consommer moins gras de manière générale, disculpe des distorsions à consommer de temps à autre un peu de charcuterie par exemple, pour se faire plaisir. En la matière, le comportement des femmes est davantage respectueux que celui des hommes, sans doute à relier aux compétences culinaires qui font défaut chez eux.

Mais le souci de soi renvoie aussi à l’appartenance sociale des personnes âgées. Pour celles relevant des classes moyennes et supérieures, l’alimentation fait partie intégrante d’une hygiène de vie et de la volonté de se conformer aux bonnes pratiques alimentaires pour rester en bonne santé. Dans les milieux populaires, ce souci est moins présent.

Enfin, les évolutions de cuisiner au moment de l’entrée dans le veuvage sont fortement corrélées au degré de dépendance de la personne âgée. Pouvoir assumer encore l’approvisionnement et la préparation (lavage, épluchage, découpe, cuisson…) est déterminant dans la consommation de produits frais, auxquels cette génération est attachée. Lorsque les femmes veuves renoncent à cuisiner, c’est par incapacité physique et à regret qu’elles se mettent à consommer des plats tout préparés.

Contact(s)
Contact(s) scientifique(s) :

Département(s) associé(s) :
Sciences sociales, agriculture et alimentation, espace et environnement
Centre(s) associé(s) :
Paris-Siège de l'Inra

En savoir plus

Philippe CARDON, " ‘Manger’ en vieillissant pose-t-il problème ? Veuvage et transformations de l’alimentation de personnes âgées", Lien social et Politiques, n°62, Automne 2009, pages 85-95.