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Agriculteur biologique préparant ses salades de plein champs pour une vente sur un marché local (Drôme).. © Inra, MEURET Michel

L'agriculture biologique

Ça cancane en Camargue

Pour lutter contre l’infestation de mauvaises herbes dans les rizières de Camargue, des chercheurs de l’Inra de Montpellier testent l’introduction de canards, amateurs de jeunes pousses de mauvaises herbes.

Par Cécile Poulain
Mis à jour le 14/02/2013
Publié le 18/03/2012

Rizière au stade de la levée du riz (CAMARGUE). © BARBIER Jean-Marc
Rizière au stade de la levée du riz (CAMARGUE). © BARBIER Jean-Marc
La panisse et le triangle sont deux bêtes noires des riziculteurs camarguais. Ces mauvaises herbes infestent les rizières, rendant très difficile la culture de riz bio deux années successives : elles peuvent faire chuter les rendements jusqu’à 80 %. Jean-Claude Mouret, chercheur à l’Inra de Montpellier, précise : « Pour être rentable, une production de riz biologique doit atteindre un rendement minimum qui se situe, compte tenu du prix actuel, autour de 40 quintaux par hectare, soit 80 quintaux par hectare sur deux années consécutives. Mais cet objectif est difficile à atteindre la deuxième année du fait d’une trop forte infestation par les mauvaises herbes ».

S’inspirant de pratiques observées et expérimentées en Asie, l’Inra a testé sur une exploitation rizicole biologique l’association de canards à la culture du riz. Consommant les graines et les jeunes pousses de mauvaises herbes, les canards pourraient contrôler leur infestation dans les rizières.

Sur sept hectares de riz de « deuxième année », le riziculteur Bernard Poujol a fait pâturer 300 canards pendant un mois et demi, de mi-juin à fin juillet : « Les canards ont été achetés à l’âge de trois jours et élevés dans une serre aménagée avant leur introduction dans les rizières. J’ai apprivoisé les canards et les ai habitués à pénétrer dans les rizières, à se familiariser aux clôtures électriques… Je les accompagne dans la rizière et les change de parcelles quand il le faut. Ce sont des bêtes très faciles à manœuvrer, des partenaires très intelligents, c’est un plaisir ! Les canards font peu de dégâts sur le riz à ce stade de croissance, circulent et nettoient : ils fouillent la terre et étêtent panisses, triangles et d’autres herbes. Ils ont une réelle efficacité de désherbage ».

Un herbicide qui a déjà ses palmes

Les premiers résultats, collectés suite à la récolte d’octobre 2011, sont concluants : en consommant les jeunes plantules de mauvaises herbes, les canards les ont réduites de l’ordre de 20 % et permis une augmentation du rendement de 26 % par rapport à une parcelle sans désherbage par les canards. Le riziculteur est très satisfait et compte renouveler l’expérience : « Grâce au broutage des canards, il est possible de cultiver du riz deux années de suite en atteignant une moyenne annuelle de 50 quintaux par hectare ! Cela sécurise les revenus de l’exploitation. D’autant plus que les coûts du désherbage sont absorbés par la vente des canards : j’ai prévu de vendre 75 % des canards, le reste servant à l’éducation des jeunes : c’est un désherbant qui me permettra au final de gagner de l’argent ! »

Le riz en France

La France produit un quart de sa consommation annuelle de riz. Principalement située en Camargue, la production annuelle française s’élève à 120 000 tonnes de riz paddy, le riz « brut » enveloppé de sa coque. Blanchi, le riz est ensuite commercialisé sous le signe officiel Indication Géographique Protégée (IGP) « riz de Camargue » créé en 2000. La culture de riz permet dans ce delta du Rhône de valoriser les sols exposés aux remontées de sel de la nappe phréatique, et autorise ainsi l’introduction d’autres cultures dans la rotation. En 2010, deux cents riziculteurs cultivaient sur ce territoire 21 204 ha de riz. Une trentaine de riziculteurs se sont récemment convertis à l’agriculture biologique. Aujourd’hui 5 % des surfaces sont cultivées en agriculture biologique.