Agroécologie et recherche. © Inra, Arnaud Veldeman, Véronique Gavalda

L’agroécologie, vous connaissez ?

Quand nourrir les vaches profite aux oiseaux des marais

C’est un bel exemple d’application des principes de l’agroécologie. Depuis 5 ans, le domaine expérimental Saint-Laurent-de-la-Prée de l’Inra Poitou-Charentes concilie pâturage des prairies et reproduction d’oiseaux qui nichent au pied.

Par Pascale Mollier
Mis à jour le 11/10/2013
Publié le 01/10/2012

Vaches de race maraichine dans une prairie du domaine de l'Inra à Saint Laurent de la Prée. © NICOLAS Bertrand
Cinquante vaches de race Maraîchine paissent sur le domaine expérimental de à St-Laurent de la Prée, qui s'étend sur 180 ha. © NICOLAS Bertrand

Dans les marais charentais, le système de polyculture élevage Saint-Laurent-de-la-Prée se veut à la fois producteur de cultures et d’animaux (veaux, broutards, bœufs engraissés) et « producteur » de biodiversité.

« Pour les oiseaux qui nichent au printemps dans les prairies, la hauteur de l’herbe est l’un des facteurs clés », explique Christophe Rossignol, en charge de l’élevage. Idéalement, elle doit être inférieure à 10 cm pour la nidification du vanneau huppé par exemple, puis entre 10 et 15 cm pour protéger les poussins après l’éclosion. Mais toutes les espèces d’oiseaux ne nichent pas en même temps et ne recherchent pas les mêmes couverts végétaux. Il faut sortir les vaches assez tôt, dès mars, pour raccourcir l’herbe à temps, mais pas trop tôt, sinon, le sol argileux est trop meuble et l’herbe pas assez abondante pour nourrir correctement les vaches. « On arrive à concilier toutes ces contraintes en jouant sur plusieurs parcelles de hauteurs d’herbe différentes, avec des temps de pâturage variables », poursuit Christophe Rossignol.

Un système gagnant-gagnant

Un système de cultures diversifiées sur 50 ha permet de compléter l’alimentation des vaches en diminuant le recours à l’achat de compléments. Outre le blé d’hiver, le tournesol, le triticale, la rotation sur neuf ans inclut des protéagineux (pois, féverole) et de la luzerne. Il s’agit de faire des stocks d’aliments pour l’hiver ou pour combler le « trou d’été », les années où l’herbe manque. Pour Jean-Michel Hillaireau, qui gère ces cultures, « le marais fournit une bonne réserve d’eau qui permet des cultures exigeantes en été, comme le maïs ou le tournesol, à condition de bien le gérer au niveau hydraulique » pour maintenir la fertilité du sol. « Même les cultures peuvent être attractives pour les oiseaux, complète-t-il, les vanneaux peuvent nicher dans le tournesol et on a eu cette année un nid de Busard des roseaux dans le triticale… »

« Nous cherchons à tirer profit des propriétés naturelles du système. Les prairies par exemple sont le support de biodiversité animale et végétale et peuvent jouer un rôle dans l’amélioration de la qualité de l’eau en dégradant les nitrates, conclut Daphné Durant, ingénieure écologue au domaine. Nous valorisons aussi les bandes enherbées (5 ha) en tant que réservoirs d’auxiliaires de culture : les pollinisateurs et les insectes prédateurs comme les carabes, qui détruisent les limaces et les pucerons. Nous ouvrons le domaine aux chercheurs extérieurs qui viennent étudier d’autres aspects du système, comme la structure des sols de marais ou encore la biodiversité aquatique et des bords de canaux ».

L’expérimentation suit une démarche « pas à pas », avec une amélioration continue tendant vers des objectifs qualitatifs : améliorer la biodiversité ainsi que la qualité de l’eau et des sols. Augmenter l’autonomie du système, en particulier l’autonomie alimentaire du troupeau par la mise en service de silos à grains. Suivre annuellement sur le long terme des indicateurs de biodiversité : oiseaux, insectes, flore. L’évaluation multicritère voulue implique de calculer également le bilan économique annuel du système et la charge de travail.