Marc Spenle, éleveur bovin, menant avec son fils Thomas, Candy, star du SIA 2011. © Pascal Xicluna  - Min.Agri.Fr

Les agricultures familiales

Par Cécile Poulain
Mis à jour le 28/01/2015
Publié le 18/02/2014

Les agricultures familiales sont-elles un vestige archaïque ? Non !, nous répondent les chercheurs. Malgré les difficultés, elles seront l'un des avenirs de l’agriculture. Mais pour mieux les soutenir, voire les réinventer, il faut pouvoir les connaître, les définir. C’est le travail de sociologues, d’économistes, d’agronomes, de zootechniciens, de géographes et même de mathématiciens de l’Inra en France, en Outre-mer et à l’étranger.

En soixante ans, la France a perdu les quatre cinquièmes de ses exploitations agricoles. Population vieillissante, repreneurs qui se raréfient… L’agriculture familiale française serait-elle au XXIe siècle un mode de production en voie de disparition ?

Devenue à la sortie de la Seconde guerre mondiale une véritable institution, choyée par les politiques publiques, cette agriculture familiale a failli être enterrée en 2005 au bénéfice de « l’entreprise agricole » nous explique Jacques Rémy, sociologue à l’Inra, mais la réforme de la politique agricole commune en a décidé autrement en soutenant spécifiquement les petites exploitations. Ailleurs également, on la remet au goût du jour ; l’Argentine, après avoir libéralisé le secteur et promu une agriculture de monoculture et d’exportation, vante les mérites de l’agriculture familiale. En Outre-mer aussi les politiques publiques tentent de cibler les aides vers les petites exploitations… L’agriculture familiale sera même, en 2014 célébrée lors d’une année internationale votée par l’Assemblée générale des Nations unies.

Produire « plus, autre chose et mieux ». On en demande beaucoup aux agriculteurs. Trop ? Malaise social, malaise économique aussi… L’activité agricole se complexifie, les aspirations des agriculteurs en matière de conditions de travail évoluent comme celles de la société française, illustre Cécile Fiorelli, ingénieure de recherche à l’Inra.

Au centre des politiques publiques, les agricultures sont garantes d’un tissu rural, d’une organisation du paysage et d’une sécurité alimentaire. Encore faut-il pouvoir les définir. Le modèle familial n’est plus la seule référence. Comprendre ces mouvements est une nécessité pour aider aux changements et à la conception de politiques agricoles, environnementales ou rurales efficaces et acceptées. Quelle organisation promouvoir, comment soutenir les agriculteurs pour conserver un territoire riche et dynamique ?

Contact(s)
Contact(s) scientifique(s) :

  • Pierre Gasselin, géographe au département de Sciences pour l'action et le développement
Département(s) associé(s) :
Sciences pour l’action et le développement, Sciences sociales, agriculture et alimentation, espace et environnement

Les agricultures familiales, tout un univers

« L’agriculture familiale correspond à des formes sociales d’agriculture qui se caractérisent par l’importance de la famille dans leur fonctionnement et parfois dans leur transmission, qu’il s’agisse de la prise de décision, de l’organisation du travail et/ou de la superposition du patrimoine familial et du capital de production ». Mais au-delà de cette définition, Pierre Gasselin, géographe à l’Inra et coéditeur d’un ouvrage à paraître sur les recompositions de l’exploitation agricole familiale, signale que l’agriculture familiale recouvre une grande diversité de situations, où l’on reconnaîtra des petites et des grandes exploitations, spécialisées ou diversifiées, en filière longue et/ou engagées dans des circuits courts de proximité, et mobilisant des systèmes techniques plus ou moins exigeants en intrants.

Les figures de l’agriculture familiale composent une large mosaïque faite d’entrepreneurs familiaux, d’agriculteurs indépendants sans repreneur, de groupes où seuls quelques-uns des partenaires sont liés par une relation de famille, d’« agriculteurs » qui délèguent tout le travail à des prestataires de services, de jeunes installés « hors cadre familial » et parfois même non issus du milieu agricole, d’agriculteurs pluriactifs pour qui l’agriculture n’est qu’une des activités rémunératrices, etc. Derrière cette diversité se cache une large palette de modèles de développement agricole. Ainsi, le syndicalisme agricole français se rassemble sous la bannière de l’agriculture familiale mais définit des horizons politiques contrastés.