• Réduire le texte

    Réduire le texte
  • Rétablir taille du texte

    Rétablir taille du texte
  • Augmenter le texte

    Augmenter le texte
  • Imprimer

    Imprimer
Marc Spenle, éleveur bovin, menant avec son fils Thomas, Candy, star du SIA 2011.. © Inra, Pascal Xicluna  - Min.Agri.Fr

Les agricultures familiales

Disparition des exploitations agricoles : un déclin inéluctable ?

Des économistes tentent de prévoir la dynamique d’installation des agriculteurs, l’agrandissement de leurs exploitations ou leur départ pour mieux accompagner ces mutations par des politiques publiques adaptées.

Mis à jour le 17/04/2014
Publié le 14/02/2014

FERME  familiale.  AGRICULTURE  familiale dans le Périgord. Tourisme rural. © MAITRE Christophe
FERME familiale. AGRICULTURE familiale dans le Périgord. Tourisme rural. © MAITRE Christophe

La France compte aujourd’hui cinq fois moins d’exploitations qu’en 1955. Elles s’agrandissent, devenant quatre fois plus grandes en presque cinquante ans, pour atteindre, en 2010, 55 hectares en moyenne. Et demain ? Avec une population agricole vieillissante et la faible rentabilité de certaines productions, les pouvoirs publics craignent la disparition des fermes sur certains territoires.

« En 2010, selon le dernier recensement du ministère de l’agriculture, un chef d’exploitation sur 5 avait plus de 60 ans ! Seront-ils remplacés ? Toujours selon ce recensement, 30 % des « moyennes et grandes » exploitations n’ont pas ou ne connaissent pas encore de repreneurs. Et c’est plus de la moitié des « petites » qui est sans successeur connu » illustre Laurent Piet, Ingénieur de recherche au sein de l’unité SMART-LERECO à l’Inra de Rennes. Il est l’un des rares économistes européens à tenter de modéliser la dynamique des structures agricoles, c’est-à-dire de prédire les installations, les cessations d’activité, l’agrandissement ou la réduction de la taille des exploitations. But du jeu : déterminer les facteurs ou politiques publiques ayant le plus d’effet pour, à terme, accompagner ces mutations.

La tâche est ardue. « Il est très difficile de réaliser des projections sur le nombre des exploitations à un horizon donné : de nombreux facteurs influencent leur dynamique. Si, en 1980, l’on avait suivi les tendances observées entre 1955 et 1979, on aurait prédit une disparition de l’ensemble des exploitations françaises en 2006 ! » explique-t-il. Le chercheur imagine le paysage agricole de demain - essentiellement en nombre et en taille des exploitations - à partir de différents facteurs : la démographie, bien-sûr, mais aussi la rentabilité relative des différentes activités agricoles et vis-à-vis des autres secteurs de l’économie, le progrès technique, ou encore les politiques publiques françaises et européennes en matière d’agriculture et d’environnement. Ses premières projections tablent sur un ralentissement du rythme de disparition de ces exploitations par rapport à celui observé sur les deux dernières décennies : entre -1% et -2% par an entre 2010 et 2020 contre -3% par an entre 1990 et 2000 et -2% par an entre 2000 et 2010.

La politique foncière : un impact majeur sur l’agriculture

« Selon moi, les facteurs qui sont les plus susceptibles d’influencer l’évolution des structures agricoles sont les variables « de long terme », en particulier la démographie et les politiques dites « de structure » (soutien à l’installation, préretraites… qui jouent sur le travail), le marché foncier et les régulations foncières (qui jouent sur la terre), le juridique et le fiscal (qui jouent sur le capital). D’autres politiques, comme les mesures du premier pilier de la PAC, ne joueraient que de façon secondaire. L’affirmation selon laquelle « la politique agricole européenne a concentré l’agriculture » n’est, selon mes premiers résultats, sans doute pas juste… Elle n’a seulement pas pu l’empêcher ! Le nombre des exploitations a diminué mais elles ont conservé une certaine diversité dans leurs tailles. Les aides couplées par hectare ont certes pu inciter les agriculteurs à s’agrandir individuellement… mais tous n’ont pas pu trouver les terres disponibles pour le faire. Les quotas laitiers - qui limitent la quantité de production de chaque exploitation - ont plutôt figé les structures. C’est surtout le fonctionnement du marché foncier qui joue sur l’installation des agriculteurs ou l’agrandissement des exploitations. De ce point de vue, les aides distribuées par l’Europe jouent moins que la régulation foncière de la France ».

Contact(s)
Contact(s) scientifique(s) :

  • Piet Laurent SMART-LERECO

Comment la France régule ses terres agricoles ?

En matière de foncier agricole, la France est partagée par une ligne la Rochelle-Genève. Au nord, une majorité d’agriculteurs sont locataires. Le marché de la location est encadré par le bail rural qui permet une location -le fermage- de la terre à usage agricole à un prix encadré et sur une période d’au minimum neuf ans, son renouvellement ne pouvant être refusé au fermier que dans des conditions très précises.  Au sud de cette ligne, la majorité des agriculteurs sont propriétaires.

En France, les ventes de terres sont pour partie régulées par les SAFER, créés en 1960 pour « réorganiser les exploitations pour une agriculture plus productive et installer des jeunes ». Elles peuvent ainsi intervenir sur le marché foncier de façon à limiter la spéculation sur les prix et à favoriser l’accès des jeunes agriculteurs à la terre.