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Marc Spenle, éleveur bovin, menant avec son fils Thomas, Candy, star du SIA 2011.. © Inra, Pascal Xicluna  - Min.Agri.Fr

Les agricultures familiales

Argentine : agriculture de firme contre agriculture de ferme

L’agriculture familiale, nouvelle priorité de l'Etat Argentin ? Après plus de 6 décennies de politiques favorables à une agriculture spécialisée et exportatrice, intensive en intrants et en capital, l’Argentine a revu sa copie. Sans abandonner son soutien à « l’agribusiness », elle promeut aujourd’hui une politique de développement favorisant les structures familiales.

Mis à jour le 18/02/2014
Publié le 18/02/2014

En 2009, l’Argentine élève au statut de ministère « l’agriculture » jusqu’à présent cantonnée à un secrétariat. Elle y institue également le « secrétariat de l’agriculture familiale et du développement rural » ! Surprenant changement de cap après plus d’une soixantaine d’années de libéralisation de l’agriculture ! Dès les années 1950 l’état argentin décide en effet de moderniser son agriculture pour réduire sa dépendance aux importations. Il a pour ambition d’alimenter le monde avec ses productions en devenant une des « fermes du monde » à l’image du Brésil. Le secteur est soumis dans les années 1990 à une dérégulation très forte. Certaines exploitations se concentrent et s’agrandissent, aidées par l’introduction des paquets technologiques associant des semences transgéniques, de puissants herbicides (le glyphosate), de nouvelles techniques de semis sans labour et de nouvelles technologies de l’information et de la communication. L’exode rural et l’expulsion des petits producteurs s’accélèrent, créant des paysages agricoles très contrastés. Héritage de ce développement accéléré, la coexistence des deux modèles, l’agriculture familiale et l’agriculture entrepreneuriale (aussi appelée agriculture de firme) est encore plus flagrante qu’en France. Dans la Pampa, à quelques centaines de kilomètres de Buenos Aires, des fonds d’investissements sans terre, qualifiés d’agribusiness, louent des dizaines de milliers d’hectares, parfois à d’anciens agriculteurs devenus rentiers, et les mettent en culture en passant des contrats avec des prestataires de travaux agricoles. Ces structures, connues sous le nom de « pooles de siembra », peuvent cohabiter avec des exploitations familiales de 100 à 1 000 hectares.

Equilibrer les territoires

Roberto Cittadini est chercheur argentin en sociologie accueilli à l’Inra. Il compare les recherches des deux pays sur les dynamiques territoriales pour comprendre comment et dans quelle mesure ces connaissances aident les acteurs du territoire à mieux maîtriser ses enjeux. Il tempère : « L’intérêt politique envers l’agriculture familiale en Argentine est le fruit d’une longue évolution. Il y a toujours eu, en parallèle de l’investissement vers l’agribusiness, des programmes de recherches et de développement à destination des agriculteurs familiaux. Mais depuis les changements politiques de 2003, cette agriculture commence vraiment à être considérée comme une orientation prioritaire des politiques publiques. Elle représente aujourd’hui la garantie d’une sécurité alimentaire : sa production diversifiée couvre une part importante des besoins nationaux. Plus à même d’œuvrer  au développement territorial, l’agriculture familiale est aussi plus génératrice d’emploi ».

Mais, aider à la fois une agriculture exportatrice qui procure des devises et une plus familiale garante d’une certaine autonomie alimentaire est une tâche délicate : quels traitements différenciés proposer ? Il faut pouvoir circonscrire et définir ces deux modèles… Tout le travail des sociologues qui arpentent le terrain! Roberto Cittadini détaille : « Institutionnaliser l’agriculture familiale nécessite de construire une identité collective entre producteurs finalement très différents ».