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Marc Spenle, éleveur bovin, menant avec son fils Thomas, Candy, star du SIA 2011.. © Inra, Pascal Xicluna  - Min.Agri.Fr

Les agricultures familiales

Des agricultures familiales tropicales en voie de disparition ?

Confrontés à la diminution du nombre d’exploitations agricoles des Antilles Guadeloupe, agronomes, écologues et mathématiciens modélisent les trajectoires des exploitations agricoles en milieu insulaire tropical pour simuler leur relative résilience face à des chocs socio-économiques ou agri-environnementaux.

Par Cécile Poulain
Mis à jour le 20/02/2014
Publié le 18/02/2014

 

Paysage agricole de Petit-Bourg - Guadeloupe. © Inra, Véronique Gavalda
Paysage agricole de Petit-Bourg - Guadeloupe © Inra, Véronique Gavalda

 « En dix ans nous avons perdu plus du tiers des exploitations agricoles recensées aux Antilles et on s'accorde à dire qu'en moyenne 1 000 hectares de terres agricoles finissent chaque année en friche ou en terrains à bâtir. Dans l'outremer français les exploitations agricoles sont très majoritairement familiales et de petite superficie. Pour obtenir un revenu décent et assurer la viabilité économique de leur ménage, les petits agriculteurs exercent souvent une activité hors de leur exploitation, ce qui explique en partie la faible transmissibilité de l’outil de production seul...» analyse Jean-Louis Diman, agroéconomiste à l’Inra Antilles-Guyane. « On a longtemps sous-estimé l’importance socio-économique de l’agriculture à échelle familiale dans nos territoires. Les politiques publiques ont par le passé été orientées principalement vers la professionnalisation du secteur agricole sur des modèles d’exploitation plutôt spécialisés tournés dans leur grande majorité vers les productions d’exportation (banane, canne à sucre…)».

Les crises successives,- crise de la pollution par la chlordécone, crise alimentaire mondiale en 2008, crise sociale dans les Régions d’Outre-mer en 2009 qui a fortement perturbé l’approvisionnement des ménages en produits importés par la grande distribution pendant plus d’un mois -, ont mis en évidence la nécessité impérieuse de reconstruire un lien essentiel entre la demande du consommateur ilien et une offre de produits de qualité proposés par l’agriculture insulaire. Les conclusions des Etats généraux de l’Outre-mer en 2009 ont permis d’amorcer la réduction des contrastes entre filières agro-exportatrices et productions destinées au marché intérieur sur le plan des aides publiques perçues, la loi d’avenir tente aujourd’hui d’étendre aux petites exploitations familiales non affiliées aux organisations professionnelles agricoles reconnues, l’accompagnement des Pouvoirs Publics. Comment adapter les mécanismes d’appui classiques à cette agriculture familiale nombreuse, diverse et complexe ?

 Pour Harry Ozier-Lafontaine, directeur de recherche à l’Inra Antilles-Guyane « la petite agriculture familiale est multifonctionnelle et rend des services connexes : elle permet une certaine autonomie alimentaire des ménages ruraux et contribue de façon non négligeable à l’approvisionnement du marché intérieur. Gardienne de coutumes et de savoirs locaux, c’est un vecteur identitaire via l’organisation du paysage et la participation au maintien de produits à forte valence culturelle... Ce sont des agricultures très flexibles économiquement qui occupent des espaces difficiles et entretiennent les paysages ». Il s’agit ainsi de développer une agriculture diversifiée, respectueuse de l’environnement dans un contexte de forte pression parasitaire, de post-crise chlordécone et de menace sur les filières traditionnelles canne à sucre (fin des quotas sucrier en 2017) et banane (arrêt de l’épandage aérien).

Modéliser la résilience des exploitations

En milieu tropical insulaire peut-être plus qu’ailleurs, l’agriculture est soumise des à niveaux d’incertitude importants tant sur le plan climatique que sur le plan des marchés. Et à la récolte, - hors cultures d’exportation pour lesquelles les marchés sont structurés -, l’instabilité du marché intérieur est permanente. Pour les petits agriculteurs le risque est gros de vendre sa production à bas prix alors qu’il n’y a pas d’aides publiques sur ces marchés.

Jean-Louis Diman travaille au sein du programme de recherche GAIA-TROP (http://gaia-trop.fr/), où agronomes, mathématiciens, écologistes et économistes tentent de modéliser les exploitations agricoles tropicales et leur résilience aux nombreux aléas économiques et climatiques qui touchent les milieux insulaires. « Nous adaptons des théories mathématiques sur la viabilité aux exploitations agricoles soumises à des chocs incertains. Nos agriculteurs ont très peu de maîtrise sur le marché et le climat et le système des aides agricoles ne permet pas d’encaisser les chocs. Comment l’exploitation survit-elle malgré les accidents ? Quelles sont les décisions de l’agriculteur qui lui confèrent une viabilité ? A terme, nous voulons trouver les meilleurs choix pour les exploitants, les facteurs de durabilité : doivent-ils s’intégrer à des circuits de distribution au risque de dépendre d’un seul marché et d’une seule culture ? Doivent-ils privilégier la polyculture-élevage, peu prévisible économiquement malgré un vrai potentiel de viabilité…  Autant de choix, qui, si nous réussissons à évaluer leur résistance aux aléas, pourraient permettre de mieux conseiller ou cibler les aides agricoles ».

Cultiver en Guadeloupe et Martinique : un défi permanent !

Très intensive ou au contraire très peu mécanisée, l’agriculture y est très contrastée. Elle est cependant majoritairement constituée par des petites productions en polyculture élevage. Grignotée, mitée par l’urbanisation sauvage, l’agriculture est aussi maltraitée par le climat, propice aux bioagresseurs et à l’arrivée de nouvelles maladies. Sans compter la fragilité des sols à l’érosion… et leur pollution par la chlordécone pour 11 à 19% d’entre eux. La transition agroécologique y prend ainsi une dimension toute particulière et reste une priorité pour la recherche agronomique, les décideurs et les acteurs socio-professionnels.