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Marc Spenle, éleveur bovin, menant avec son fils Thomas, Candy, star du SIA 2011.. © Inra, Pascal Xicluna  - Min.Agri.Fr

Les agricultures familiales

Le recul des politiques nationales en faveur de l’agriculture

Jean Pluvinage, ancien économiste à l’Inra revient sur les 50 dernières années de politique agricole française. Après l’interventionnisme musclé des années 1960-1980 sur les questions agricoles, il observe que l’Etat s’efface progressivement face à la politique agricole commune et les collectivités régionales pour le développement rural. L’Etat est selon lui actuellement impuissant à résoudre les excès d’un modèle d’agriculture qu’il a encouragé pendant des années.

Mis à jour le 19/02/2014
Publié le 18/02/2014

Entretien avec Jean Pluvinage, ancien économiste à l’Inra

 

Q: En quoi l’aide publique façonne la manière de produire des exploitants et la physionomie de leur exploitation ?

Jean Pluvinage: Nous avons prôné en France un modèle familial d’exploitation agricole à deux travailleurs au travers d’un cadre institutionnel adopté dans les lois d’orientation agricoles des années 1960. On veut à cette époque façonner un modèle d’exploitation familiale, multi-compétente et d’une grande souplesse d’adaptation. Malgré ce cadre institutionnel puissant, les écarts entre petites et grandes exploitations s’accroissent constamment.

Q:Les politiques agricoles nationales puis européennes ont-elles abouti à l’agriculture que l’on souhaitait ?

JP: Après avoir favorisé l’agriculture familiale, elles ont encouragés la productivité et l’augmentation des surfaces ces 25 dernières années. Les exploitations ont gardé leurs revenus en s’agrandissant constamment, et en produisant plus, ce que l’on cherchait à l’époque. Mais nous n’avons pas réussi à réduire les inégalités entre les agriculteurs qui ont entraîné des mouvements sociaux contradictoires : « être agri-exportateur avec moins de fermes » ou bien « diversifier  les productions dans l’exploitation » pour mieux faire face aux questions sociales et environnementales en agriculture. Le modèle agricole que l’on promouvait a entrainé des excès que l’on corrige difficilement, par exemple les algues vertes en Bretagne, induites par la surproduction de porcs dans des ateliers hors sol de très grande taille. La France travaille depuis dix ans sur la question mais n’a plus le pouvoir politique de le règlementer, ni en même temps la capacité d’agir devant la crise du secteur. Idem pour les pesticides avec la tentative d’Ecophyto, tout à fait intéressante comme voie de progrès. La capacité d’action des règlements publics a beaucoup diminué et les politiques d’incitation ne sont pas suffisantes au vu de l’ampleur des problématiques de crise à traiter aujourd’hui.

Q: Et demain ?

JP: Réinventer un autre modèle agricole est nécessaire car nous ne sommes plus maître des dégâts collatéraux engendrés par le modèle actuel. Malgré les discours souvent très généreux des pouvoirs publics, la situation actuelle ne se transforme qu’à la marge. L’Etat perd progressivement de son pouvoir dans l’agriculture au profit l’Europe ou les régions et surtout des firmes privées. D’ailleurs on le voit bien : les normes gérées par le privé se substituent progressivement à la règlementation de l’Etat : la certification privée Eurepgap par exemple a été imposée à la filière légumes par la grande distribution. Elle a su imposer des normes de production légèrement améliorées à un grand nombre de producteurs beaucoup plus facilement que l’Etat.  

Q: Et le modèle « agroécologique » que l’Etat cherche à promouvoir ?

JP: Sous la pression de l’opinion les pouvoirs publics ont pris conscience qu’il fallait produire autrement. Reconnaître la nécessaire diversité des modèles de production est un pas positif. Accompagner un  nouveau modèle sur le terrain, beaucoup plus écologique, et plus égalitaire demande  beaucoup de moyens que le pouvoir politique est incapable de fournir, dans la période de restrictions budgétaires que nous connaissons. Le Grenelle de l’environnement a été ainsi été un bon départ mais son effritement progressif est un peu désespérant. Par contre reconnaissons que l’Etat est actif sur la protection des signes qualité AOP et autres labels qui valorisent les producteurs et leur territoire, ce qui est un autre moyen de protéger une agriculture  de qualité plus familiale que celle qui se consacre à la fabrication de produits de masse.