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Marc Spenle, éleveur bovin, menant avec son fils Thomas, Candy, star du SIA 2011.. © Inra, Pascal Xicluna  - Min.Agri.Fr

Les agricultures familiales

Travailler moins ? Oui, mais sans perdre le sens de son travail

Les éleveurs qui cherchent à alléger leur travail souvent dense se confrontent au sens qu’ils lui donnent et en particulier aux dimensions « familiales » de leur activité. Il faut les prendre en compte si l’on veut bien les accompagner pour améliorer leurs conditions de vie au travail.

Mis à jour le 18/02/2014
Publié le 14/02/2014

Ferme familiale.  AGRICULTURE  familiale dans le Périgord. Elevage de moutons. Tourisme rural.. © Inra, MAITRE Christophe
Ferme familiale. AGRICULTURE familiale dans le Périgord. Elevage de moutons. Tourisme rural. © Inra, MAITRE Christophe

« Le passage aux trente-cinq heures « chez les autres », a renvoyé aux agriculteurs leur différence de rythme de travail qui ne cadre plus avec la norme « salariale » de la société où l’on sépare le travail des loisirs et où l’on profite des week-ends et des vacances en famille » explique Benoît Dedieu, directeur de recherche en zootechnie à l’Inra. Mais réduire le temps de travail sur les exploitations agricoles ne va pas sans poser de questions. « Un couple d’éleveurs de vaches laitières souhaitant réduire leur quantité de travail et renouveler leur salle de traite s’interroge sur la pertinence d’investir dans un robot de traite. L’agricultrice jusqu’alors en charge de la traite matin et soir, nous fait part de ses interrogations : « mais, moi, qu’est-ce que je ferai ? », « et puis, qu’est-ce qu’on fera ensemble ? La traite, c’était le moment où on travaillait tous les deux  à l’exception des périodes de récoltes» », illustre Cécile Fiorelli ingénieure de recherche à l’Inra, qui se penche depuis une dizaine d’années sur le travail des agriculteurs. Elle analyse la façon dont ils trouvent des compromis d’organisation entre le sens donné à leur travail et leurs contraintes de productions. « Pour améliorer les conditions de vie au travail, au-delà du « vivable », il ne suffit pas d’optimiser le travail sur les plans horaires, techniques et économiques » ajoute-t-elle.  

Le travail en famille

La chercheuse a enquêté auprès d’une quinzaine d’éleveurs pluriactifs, combinant la gestion de leur ferme avec un emploi à l’extérieur. Auprès d’eux, elle a étudié la manière dont ils organisent leur travail dans ces situations de contraintes organisationnelles exacerbées : quantité importante de travail, difficulté d'articulation des rythmes, absences de la ferme. Elle s’attendait à identifier des organisations de l’élevage optimisées et des modalités de simplification des tâches agricoles afin de réduire le temps dédié à l’élevage. Et, au contraire, la chercheuse y découvre parfois des situations où l’on consacre le plus de temps possible à l’élevage ! Car c’est aussi, pour ces éleveurs, du temps en couple, en famille. Travailler ensemble a parfois plus d’importance que de se partager des tâches pour gagner du temps. C’est également du temps consacré à un travail qui leur permet de davantage se réaliser que l’autre emploi : ils peuvent prendre des initiatives, créer des liens avec des animaux et des membres de sa famille, être au contact de la nature, pérenniser une exploitation et une activité familiale héritée.

Le sens donné au travail ne se résume pas au revenu et au temps passé pour l’obtenir. Pour proposer une gestion des élevages innovante et économe en travail il faut tenir compte du sens que l’éleveur lui donne : travailler en élevage, c’est certes produire, mais aussi vivre ensemble, et se construire. Ces recherches aident les conseillers des chambre d’agriculture, des réseaux institutionnels ou associatifs à accompagner les éleveurs dans leurs réorganisations en respectant le sens qu’ils donnent à leur travail. « Il faut les sensibiliser à une nouvelle façon d’écouter les éleveurs parler de leur travail, au-delà  des dimensions techniques et économiques, dont ils ont l’habitude. Cela questionne la formation et les compétences du conseiller pour aborder un sujet qui concerne les personnes, leurs valeurs, leur sensibilité, et non plus seulement le fonctionnement technico-économique de l’exploitation agricole».

Productivité des élevages : jusqu’où peut-on aller ?

Gérard Servière, ingénieur à l’Institut de l’élevage et animateur du RMT travail en élevage:
« Moins d’exploitants avec plus d’hectares à travailler, plus de bétail, plus de performance des végétaux et des animaux… L'agriculture est le secteur  qui en cinquante ans a gagné le plus de productivité, progressant deux fois plus rapidement que l'ensemble de l'économie. Entre terre, cheptel, matériel-équipements et main-d'œuvre, la combinaison devient très délicate : doit-on mécaniser-robotiser ? Simplifier les conduites techniques ?  Embaucher un salarié et s’agrandir ou réduire son cheptel et miser sur la double activité ?  Cette intensification du travail pèse sur la transmission des exploitations et l’installation des jeunes. Pour le renforcement de l'attractivité des métiers de l'élevage, l'amélioration de leur vivabilité est indispensable ».