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Eric Justes

Des cultures à vocation multiple

Limiter l’utilisation d’engrais chimiques et de pesticides grâce à des pratiques et techniques agronomiques qui, de plus, permettent d’améliorer le taux de matière organique et la fertilité des sols, réduisent leur érosion ou contribuent au maintien de la qualité des nappes phréatiques et de la biodiversité : tels sont les atouts des cultures intermédiaires multiservices. L’Inra a consacré à ce thème un Carrefour de l’innovation agronomique à Toulouse en octobre 2017. Interview d’Éric Justes, coordinateur scientifique de l’événement, sur les avantages et les freins de ces cultures ainsi que leur place potentielle dans l’agriculture de demain.

Mis à jour le 19/03/2018
Publié le 15/12/2017

Les cultures intermédiaires multiservices, ou Cims, sont au cœur de l’actualité agricole et environnementale. « Elles n’en ont peut-être pas l’air, mais elles pourraient être un des piliers de l’agroécologie et de l’agriculture de demain en France », assure Eric Justes qui a coordonné le Carrefour de l’innovation agronomique sur le sujet ainsi que la journée de visites-ateliers qui a suivi le colloque. Les cultures intermédiaires multiservices ne sont pas quelque chose de nouveau. Le concept a évolué en fonction du service recherché : engrais vert dans les années 1970-80, piège à nitrate dans les années 1990-2000, les cultures intermédiaires sont qualifiées de multiservices depuis les années 2010 pour mettre l’accent sur les bénéfices des Cims pour les écosystèmes, l’agriculteur et la société.

Aller vers l’écologisation de l’agriculture

Le principe d’une culture intermédiaire, c’est de profiter d’une période entre deux cultures principales (blé, soja, maïs, tournesol…) pour mettre en place une culture supplémentaire. Des légumineuses (pois, fèveroles…) comme engrais vert pour l’apport d’azote ; des crucifères (moutarde, radis...) ou des graminées (avoine rude, moha, raygrass…) pour piéger l’azote sous forme de nitrate. Les Cims n’ont pas vocation à être récoltées, elles seront restituées entièrement au sol. « Le but recherché, qui fait leur spécificité, est d’agir sur l’agro-écosystème », résumait Guy Richard, chef du département Environnement et Agronomie, au cours de son introduction du colloque, « c’est une pratique qui a beaucoup d’intérêt pour réduire les externalités ou services négatifs de l’agriculture, typiquement la pollution des ressources en eau par les ions nitrate ». Les cultures intermédiaires multiservices contribuent à la structuration des sols, au stockage du carbone, à la réduction de l’érosion hydrique et/ou éolienne, en plus du recyclage des éléments minéraux. Elles participent au maintien de la biodiversité dite associée, celle qui regroupe les organismes vivants qui peuvent être impactés : pollinisateurs, auxiliaires, micro-organismes du sol, ravageurs, pathogènes, adventices…

Pourtant, malgré leurs atouts, les Cims sont encore trop peu utilisées par les agriculteurs. Les freins sont notamment techniques : l’agriculteur doit savoir choisir ses espèces, quand semer, quand récolter, enfouir, détruire… surtout si les cultures sont implantées dans une région où il y a une sécheresse de fin d’été. « On sème les Cims dans la période estivale où des stress thermiques ou hydriques peuvent freiner et parfois annihiler la bonne réussite de l’implantation. L’agriculteur doit adapter l’utilisation des espèces et des techniques à la situation pour réussir ses cultures, et des solutions existent, comme le choix des espèces » explique Eric Justes. Autant d’enjeux et de questions non résolues qui se posent aux chercheurs. Pour Guy Richard, passer d’une vision où on cherchait à corriger des effets négatifs à une culture avec laquelle on veut rendre des services, c’est une nouvelle façon de concevoir les systèmes agricoles. « Demain, il va falloir associer l’ensemble des cultures pour concevoir de nouveaux systèmes. »

Pour aller plus loin

Vidéos

Ciag CIMS 4 octobre 2017

Le carrefour de l’innovation agronomique (Ciag) organisé par l’Inra le 4 octobre à Toulouse a présenté les intérêts des cultures intermédiaires multi-services pour l’agriculture agroécologique d’aujourd’hui et de demain. L’objectif de ce Ciag était de faire le point, d’une part, sur les processus écologiques sous-jacents à la production des services écosystémiques de ces couverts, d’autre part, de présenter les façons de les conduire pour proposer des solutions adaptées aux objectifs de durabilité des exploitations agricoles. Pour cela, le colloque a été suivi d’une journée de démonstrations sur le terrain sur le domaine expérimental Inra d’Auzeville à l’aide d’exemples concrets (effets sur les sols, le changement climatique, les adventices, etc.) couvrant différentes situations agronomiques et des démonstrations au champ (espèces/variétés, capteurs/outils de phénotypage des variétés, machinisme, insertion dans la rotation) ont été présentés à un public soucieux de comprendre le fonctionnement des Cims, la nature de leurs effets, leur niveau d’expression et de performance en fonction de leur gestion, et aussi identifier les travaux de recherche qui restent à mener. > Retrouvez les vidéos et exposés du colloque