Le jardin créole, un modèle d’agroécologie

Des recherches sur les jardins créoles ont montré que certaines plantes associées avec des cultures peuvent leur rendre des services écologiques utiles pour gagner en productivité.

Jardin créole. Article Reportage Inra Magazine n°21 © Harry Ozier-Lafontaine
Par Cécile Poulain
Mis à jour le 11/10/2013
Publié le 16/09/2012

Longtemps ignorés par les agriculteurs, les jardins créoles retrouvent depuis quelques années leurs lettres de noblesse. Leur surface n’excède rarement plus de 200 m mais plus d’une douzaine d’espèces végétales herbacées, arbustives et arborées, y fourmillent et servent à la fois de garde-manger, de pharmacie et de réservoir de biodiversité. Comme dans une forêt, les espèces sont agencées de manière à occuper une « niche écologique » permettant leur coexistence et la facilitation de processus profitant à l’ensemble. Ils sont souvent combinés à un petit élevage.

Jardin créole : on trouve une multitude d'espèces vivrières, fruitières, aromatiques, médicinales destinées principalement à l'autoconsommation familiale. © Harry Ozier-Lafontaine
Jardin créole : on trouve une multitude d'espèces vivrières, fruitières, aromatiques, médicinales destinées principalement à l'autoconsommation familiale. © Harry Ozier-Lafontaine
Depuis une trentaine d’années, des chercheurs du centre Inra Antilles-Guyane étudient les associations végétales de ces jardins créoles et les techniques traditionnelles qui y fleurissent. Une quinzaine d’agronomes, mathématiciens, informaticiens et écologues conçoivent ensemble des outils de diagnostic agronomique. L’évaluation des performances y est délicate ! La multiplicité des espèces, l’hétérogénéité de leur assemblage et de leur cycle, mais également les différents usages (consommation, vente, rituel...) compliquent les analyses.

Ils veulent pouvoir expliquer scientifiquement comment et pourquoi sont conçues les associations entre les différentes espèces, pourquoi l’igname est plantée à côté des taros ou le haricot entre les rangs de maïs. Car ces combinaisons apportent des rendements souvent supérieurs à ceux des cultures d’une seule espèce !

Des associations culturales plus efficaces

Sur 54 essais comparant des cultures pures et des cultures associées binaires, des chercheurs se sont ainsi aperçus que 70 % des associations culturales affichent des rendements supérieurs aux cultures pures ! Selon Harry Ozier-Lafontaine, chercheur à l’unité Agrosystèmes tropicaux Astro Inra des Antilles-Guyane, « après avoir été moquées par les agriculteurs qui ne comprenaient pas l’intérêt que l’on portait au jardin créole, nos recherches suscitent aujourd’hui un vif intérêt auprès des professionnels. Depuis une dizaine d’années, les problèmes de pollutions agricoles ont modifié leurs visions de l’agriculture. Ils viennent maintenant vers nous pour voir ce que l’agroécologie peut apporter dans leurs cultures ».

Certaines plantes offrent en effet des « services » : elles peuvent être utilisées à capter puis fournir de l’azote aux autres plantes, mieux couvrir le sol et éviter l’érosion. Et dissuadent parfois des parasites de s’approcher de trop près ! Le Cirad et l’Inra proposent ainsi une collection de plantes de service testées pour ces différents services écosystémiques. Plusieurs espèces sont déjà intégrées dans les pratiques culturales des planteurs de bananes, comme la Drymaria cordata, la Styloxantes ou encore les Crotalaria et le Canavalia ensiformis. Les crotalaires sont déjà adoptées par de nombreux planteurs dans des jachères pour assainir les parcelles. « Les professionnels de l’agriculture sont intéressés par nos plantes de service. La filière 'banane dessert' », notamment, très organisée sur notre territoire, intègre rapidement les innovations dans ses pratiques culturales » précise Harry Ozier-Lafontaine. Les chercheurs de l’unité réfléchissent aujourd’hui aux manières d’utiliser à plus grande échelle les techniques employées dans les jardins créoles.

Jardin créole

Jardin « créole » aux Caraïbes, « bo kay » en Martinique, « lakou » en Haïti, « taungya » en Asie, il concerne aussi bien l’Amérique centrale et tropicale, les Antilles, que les régions d’Afrique, d’Asie du Sud-Est, d’Inde et même d’Europe. Dans les îles de la Caraïbe, le jardin créole s’est construit à la confluence des civilisations amérindiennes et de l’esclavage et fournit aux populations une petite autonomie alimentaire. C’est un élément incontournable du paysage rural et culturel des Antilles.