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L’agroécologie au carrefour des sciences et des pratiques

Priorité de l’Inra, l’agroécologie explore de nouvelles voies pour améliorer les performances environnementale et économique des exploitations. L’apparition de modèles innovants change la vision scientifique, ce qui tend à modifier la représentation des acteurs du monde agricole.

Environs de Mur de Barrez,  AVEYRON .  © WEBER Jean
Par Eric Lecluyse pour Inra
Mis à jour le 14/10/2013
Publié le 20/06/2013

Le clivage historique entre les sciences agronomiques et l’écologie n’a plus lieu d’être. « Ces disciplines - élevage, génétique, santé végétale et animale… - convergent, et nous travaillons sur les bases théoriques et les applications de ces carrefours, explique Jean-François Soussana, directeur scientifique Environnement de l’Inra. L’enjeu est de taille : il s’agit d'améliorer les performances des systèmes agricoles, menacés par la montée des aléas, qu’il s’agisse de la variabilité du climat ou de la volatilité des prix ».

En réalité, l'agroécologie, un néologisme apparu dans les années 1930, est déjà bien représentée dans la littérature scientifique, notamment à l’Inra, sans forcément être identifiée sous ce vocable. Les mots-clés des articles publiés dans ce domaine sont plutôt « biodiversité », « paysage », « écosystème » ou « agriculture biologique »...

Concrètement, il s’agit de passer d’une approche individuelle à une approche globale du système agricole. Au lieu d’essayer d’obtenir « l’individu le plus performant dans un environnement optimal » en apportant pesticides et engrais et en spécialisant les territoires, les équipes étudient les « arrangements les plus performants dans des environnements hétérogènes », moins fragiles du point de vue économique et environnemental.

Comment favoriser la présence d’espèces auxiliaires qui peuvent aider à contrôler les adventices ou les parasites ? Quelles cultures associer pour valoriser les ressources naturelles ? Comment intégrer au mieux élevage et production végétale sur une exploitation ? Quel est l’impact sur les pollinisateurs de la présence de prairies ?

Ces questions sont au cœur de la démarche de certains paysans pionniers de l’agroécologie, tel Pierre Rabhi. « Des gens ont été innovants et ont apporté de la réflexion, note Jean-François Soussana. Nous devons maintenant disposer d'innovations accessibles à tous, afin d’avoir un effet d'entraînement sur les multiples systèmes de production.»

Travailler ensemble pour explorer de nouvelles pistes

Présentation de l'expérimentation système PIC (Protection intégrée des cultures) de  DIJON  à des agriculteurs.. © inra
Présentation de l'expérimentation système PIC (Protection intégrée des cultures) de DIJON à des agriculteurs. © inra

Le chantier de l’Inra sur l’agroécologie s’inscrit dans le prolongement d’un mouvement scientifique de fond qui associe dix des treize départements de recherche de l’Inra et qui s’accompagne d’un fort potentiel d’innovation. « Il est caricatural de dire que l’Inra est au service de telle ou telle forme d'agriculture, relève Jean-François Soussana. Il n’y a pas de rupture, mais une prise de conscience de la nécessité de travailler ensemble, pour explorer de nouvelles pistes ». Au domaine expérimental d’Epoisses, par exemple, des essais menés depuis plus de dix ans par l’Inra montrent qu’il est possible d’avoir très peu recours aux herbicides à condition d’optimiser les rotations des cultures.

La démarche « Produisons autrement » du ministère de l’Agriculture, de l'Agroalimentaire et de la Forêt encourage cette évolution. Lors de la remise de son rapport sur l’agroécologie le 11 juin dernier au ministre Stéphane Le Foll, Marion Guillou, ancienne présidente directrice générale de l’Inra, a notamment relevé que « l’agroécologie ne fait pas baisser les rendements mais prend plus de temps ».

Du temps, il en faudra, admet Jean-François Soussana, « mais en développant des théories, des modèles, nous changeons la vision scientifique, ce qui changera la représentation des acteurs à terme. » À ce jour, à l’Inra, neuf centres de recherche possèdent un identifiant en rapport avec l’agroécologie (trois autres ont des activités qui relèvent de l’agroécologie) et le nouveau méta-programme (Ecoserv) est entièrement tourné vers les « services de l’agriculture, de la forêt et des hydrosystèmes en fonction des pratiques de gestion ».

Signe des temps, un important colloque organisé par l’Inra sur l’agroécologie, le premier du genre, est programmé en octobre 2013. « Jusqu'à récemment, nous n’avions pas conscience d’avoir autant de travaux en cours dans le domaine. Grâce à cette nouvelle animation scientifique transversale, nous changeons d'échelle », se réjouit Jean-François Soussana.

« SOS  santé des plantes » : une innovation agroécologique sur smartphone

Lancée en 2011 par une équipe de l’UMR Santé et agro-écologie du vignoble (Inra - Bordeaux Sciences Agro), la plateforme Web ePhytia est rapidement devenue une référence nationale (voire internationale) pour les professionnels et les jardiniers avertis. En quelques clics, guidé par des photos, l’utilisateur peut diagnostiquer la maladie qui affecte ses tomates, salades ou melons. Des versions pour Androïd ou iPhone, baptisées Di@gnoplant, disponibles également pour le tabac et la vigne, sont également téléchargées en nombre. Prévue dans le courant de l’année 2013, l'application Vigipl@nt fera la part belle à la science participative : « Un réseau d’observateurs géolocalisera les maladies, ce qui nous permettra d’anticiper leur développement sur un territoire », précise Dominique Blancard, l’ingénieur de recherche à l’origine du projet. C’est logiquement dans le monde viticole, mieux équipé en smartphones, que ces applications mobiles connaissent la plus forte progression.