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Cet ouvrage est un outil pour mieux comprendre les motivations, les choix, politiques et techniques, des différentes options prises pour « faire de l’agroécologie ». On trouvera des repères pour saisir comment l’agroécologie s’est déployée et quelles sont les dynamiques en cours.

Les mondes de l'agroécologie

Cet ouvrage est un outil pour mieux comprendre les motivations, les choix, politiques et techniques, des différentes options prises pour « faire de l’agroécologie ». On trouvera des repères pour saisir comment l’agroécologie s’est déployée et quelles sont les dynamiques en cours.

Publié le 29/08/2019

Depuis quelques années, l’agroécologie connaît un essor en phase avec des désirs de rupture par rapport aux formes conventionnelles d’agriculture. L’usage du terme a dépassé le cercle des spécialistes de l’agriculture. Mais qui sait vraiment ce qui se cache derrière ce terme ? D’où vient l’agroécologie ? Quels en sont les divers promoteurs ? Comment s’est-elle déployée ? Quelles en sont les formes contemporaines, agricoles mais aussi sociales ? Comment s’articulent les multiples dimensions et acteurs de l’agroécologie ? Quels sont ses enjeux, ses modalités de développement et ses valeurs ? Pour répondre à ces questions, les auteurs s’appuient sur leurs expériences de recherche et de formation, en France et à l’étranger. Ils montrent que les visages de l’agroécologie sont multiples, car elle se déploie selon toute une gamme de situations historiques, géographiques, institutionnelles, sociales. Loin de n’être qu’un ensemble de techniques agricoles, l’agroécologie doit s’appréhender de différentes manières dont se saisissent de multiples acteurs pour refonder une alliance entre l’agriculture, l’environnement, la science et la société.    

 

Les auteurs

Thierry Doré, ingénieur agronome, est professeur d’agronomie, directeur de la recherche et de la valorisation d’AgroParisTech.  

Stéphane Bellon, agronome de formation, est chercheur dans l’unité Écodéveloppement de l’Inra.  

 

Les mondes de l’agroécologie 

Editions Quae – coll. Enjeux sciences, 176 pages, août 2019 – 12 euros

EXTRAITS

• Ceux qui se revendiquent de l’agroécologie ne partagent pas tous les mêmes principes, on l’a vu. En revanche, tous adoptent la même position d’une nécessaire évolution des pratiques agricoles actuelles. Cette convergence suggère, systématique- ment ou presque - car certains, minoritaires, ne voient dans l’agroécologie que le retour à une agriculture du xixe siècle idéalisée -, que pour changer de système il faut produire de nouvelles connaissances, ce qui explique sa présence à un haut niveau dans l’agenda des organismes de recherche comme l’Inra et le Cirad en France. Prises globalement, les différentes acceptions de l’agroécologie motivent à la fois de nouvelles questions de recherche et de nouvelles manières de pratiquer la recherche. 

C’est une des constantes de l’agroécologie : travailler avec la nature plutôt que la contraindre, et donc substituer des moyens naturels aux moyens d’artificialisation de l’agriculture (usage d’engrais et de pesticides, mécanisation) qui ont marqué l’évolution des systèmes agricoles au cours des soixante-dix dernières années. De manière simplifiée, il s’agit d’une part de mobiliser les processus écologiques pour assurer l’alimentation et la protection des cultures et des animaux d’élevage, et d’autre part de valoriser la diversité de ces cultures et de ces espèces animales. Les bénéfices qu’on en attend sont une moindre atteinte aux ressources renouvelables (eau, air) et non renouvelables (sols, phosphore minéral, biodiversité), une meilleure efficience énergétique (réduction de l’usage du pétrole et de ses dérivés, meilleure valorisation de la photosynthèse et de la fixation symbiotique d’azote de l’air), une baisse des contributions aux émissions de gaz à effet de serre (bien que cette préoccupation soit beaucoup plus récente en agroécologie), ainsi que de moindres risques sanitaires. 

Pour aboutir à ces résultats vertueux, trois voies principales sont valorisées. Tout d’abord, un choix judicieux de productions (combinaison culture/élevage), de leur organisation dans l’espace et de leur mode de conduite permet à la fois de mieux utiliser les ressources minérales et hydriques naturelles, et de limiter les « fuites » dans l’environnement. En second lieu, des techniques de culture appropriées préservent un état physique, chimique et biologique du sol favorable à la pérennité d’une activité agricole. Enfin, la baisse de l’emploi de produits de synthèse comme les pesticides ou les antibiotiques conduit mécaniquement à leur moindre présence dans les écosystèmes, et à une diminution des impacts environnementaux et sanitaires. Mais les connaissances pour valoriser ces trois voies sont loin d’être actuellement suffisantes pour permettre de concevoir et de piloter les systèmes agricoles en atteignant simultanément toutes les performances productives et environnementales souhaitées.  

 

• La recherche agronomique procède classiquement par accumulation de savoir sur la base du capital de connaissances existant, lequel permet de générer des hypothèses qui sont testées soit par modélisation soit par expérimentation, en général en conditions contrôlées (chambre de culture, serre, station expérimentale). Ces simulations et expérimentations débouchent sur des résultats susceptibles d’engendrer de nouvelles hypothèses. 

Les recherches en agroécologie diversifient les manières de produire des connaissances, en recourant à d’autres sources de savoirs que ceux issus de la littérature scientifique et technique, et en inventant de nouvelles manières de produire et de traiter les données sur les agroécosystèmes et leur conduite. 

Comprendre le fonctionnement écologique des agroécosystèmes et réduire l’artificialisation de l’agriculture ont entraîné un regain d’intérêt pour les systèmes naturels comme source d’inspiration pour le fonctionnement des systèmes agricoles. On a ainsi pu parler de l’agroécologie comme d’une entreprise « d’imitation de la nature ». Cette expression peut cependant prêter à confusion, car même s’ils obéissent aux mêmes lois écologiques, par construction les systèmes agricoles ne peuvent pas être similaires aux systèmes naturels ne serait-ce que, par exemple, parce qu’on exporte chaque année une quantité importante de biomasse hors du système -, tout comme certaines caractéristiques des systèmes naturels ne sont pas favorables à la production des services attendus de l’agriculture (pullulation saisonnière de certaines espèces, régulation par le feu, etc.). Il serait donc plus pertinent d’évoquer une « inspiration issue de la nature ». De ce point de vue, il existe une vraie richesse, par exemple dans la compréhension du fonctionnement des réseaux trophiques et des processus de facilitation entre espèces (l’inverse en quelque sorte de la compétition), ou dans l’identification des conditions de stabilité, de résilience ou de renouvellement des systèmes. Ce ne sont d’ailleurs pas seulement les processus naturels, mais aussi les méthodes retenues par les écologues pour les analyser qui sont d’intérêt pour les agronomes.