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Sélection des blés tendres bios : encore du grain à moudre

L'Inra conduit plusieurs programmes sur la sélection des blés tendres pour l'agriculture biologique.

Pains au levain. © BOSSENNEC Jean-Marie
Par Pascale Mollier
Mis à jour le 01/07/2014
Publié le 11/06/2014

L’agriculture biologique est actuellement encouragée par les politiques publiques (1) et la demande des consommateurs est forte.

Pourtant, la production française n’atteint pas les objectifs visés et peine à couvrir la demande. C’est vrai en particulier pour le blé tendre panifiable, puisqu’en 2012-2013, près de 24% de la farine bio était importée.

Entre autres facteurs pénalisants, les agriculteurs bios manquent de variétés adaptées à leurs conditions de culture très spécifiques. En effet, les variétés sélectionnées en conditions de bas intrants, résistantes aux maladies, ou les variétés anciennes ne donnent pas forcément de bons résultats en agriculture biologique, qui nécessite donc une sélection « sur mesure ». Ce n’est qu’en 2011 que sont apparues les deux premières variétés de blé tendre sélectionnées spécifiquement pour l’agriculture biologique par l’Inra. Elles ont été inscrites au catalogue après une adaptation des critères d’inscription pour prendre en compte la spécificité des besoins de l’agriculture biologique.

Plusieurs stratégies de sélection

Un champ s’ouvre donc pour la sélection de variétés « bios ». Celle-ci a recours à plusieurs stratégies, principalement la sélection classique et la sélection paysanne (ou participative).

La première est le fait des sélectionneurs professionnels et aboutit à des variétés commercialisées selon des critères très stricts.

La deuxième est à la fois très ancienne et innovante car elle s’appuie maintenant sur des méthodologies modernes. Dans ce modèle, ce sont les agriculteurs eux-mêmes qui sélectionnent leurs variétés dans leur champ en mélangeant des individus choisis. Ces variétés dites « populations » peuvent évoluer progressivement de générations en générations et s’adapter ainsi en continu aux fluctuations du milieu. Elles participent ainsi au maintien de la biodiversité au champ. Elles répondent aux besoins de certains agriculteurs, typiquement les paysans boulangers qui assurent l’ensemble de la chaine, de la culture du blé à la fabrication et à la vente du pain.

Débat réglementaire

Cependant, les variétés populations, qui sont par définition hétérogènes et parfois évolutives, ne répondent pas aux critères de commercialisation actuels (en particulier homogénéité et stabilité), ce qui peut freiner leur développement, même au sein d’échanges locaux. La réglementation de ces variétés hétérogènes, pour lesquelles il faut définir de nouveaux critères d’identification, fait débat actuellement au niveau européen et au sein de la profession agricole.

(1) La loi Grenelle ambitionnait de faire passer les surfaces cultivées en bio de 2% à 6% de la SAU en 2012 et à 20% en 2020. En réalité, les surfaces cultivées en bio en France étaient  de 3,8% fin 2012 (Agence Bio).

Population de blé tendre issue de croisements de variétés dites « anciennes » (dont la variété Rouge de Bordeaux), suivie dans le cadre d’une thèse sur la méthodologie de la sélection participative (projet européen Solibam). Ferme de Port Sainte Marie.. © Inra, Véronique Chable

Voir le dossier

Dossier Sélection classique ou participative : plusieurs stratégies pour les blés bios

Ce dossier donne des éléments pour comprendre les enjeux et les débats en cours sur les modèles de sélection classique et participative. L’Inra conduit des recherches sur les deux modèles. « C'est la diversité des stratégies qui conduira à plus de diversité cultivée dans les champs, et permettra in fine de progresser dans la maitrise et la résilience des systèmes de culture en agriculture biologique face aux aléas climatiques », souligne Isabelle Goldringer (1), qui étudie l’évolution des populations de blé tendre.

(1) Directrice de recherche  à l'UMR Génétique végétale (Inra Versailles-Grignon).

Semences utilisées en agriculture biologique pour les céréales à paille en 2010-2011.. © Inra, Véronique Gavalda

Céréales à paille bio en chiffres

- En rose : 43% des semences sont des semences achetées dans le commerce. Parmi elles, on trouve une proportion variant entre 45 et 70% de semences certifiées agriculture biologique (1). Les autres sont des semences conventionnelles non traitées après récolte, que les agriculteurs en AB utilisent par dérogation.

- En orange : 57% sont des semences de ferme (semences paysannes incluses), c’est-à-dire des semences préparées par les agriculteurs à partir de leur propre récolte. Ces proportions de semences de ferme sont proches de celles rencontrées en agriculture conventionnelle.