Dossier grand public- Vers un retour en grâce des protéines végétales. © science photo - Fotolia

Vers un retour en grâce des protéines végétales

« Dans une alimentation équilibrée, les protéines végétales viennent tout naturellement »

Jean Michel Chardigny est directeur de recherches Inra au Département Alimentation Humaine, chargé de mission pour le département et la Direction Scientifique Alimentation et Bioéconomie. Il anime notamment une réflexion à l’Inra sur la question des protéines « durables ».

Par Sebastián Escalón
Mis à jour le 28/04/2016
Publié le 05/04/2016

Jean-Michel Chardigny. © Inra, C. Maitre
© Inra, C. Maitre

En 2050, la terre portera 9 milliards d’êtres humains. Quel sera alors le rôle des protéines végétales ?

Jean-Michel Chardigny : Les études prospectives montrent en effet que la tension alimentaire reposera sur les protéines plutôt que sur les lipides et glucides. Or, les protéines végétales peuvent être produites à un moindre coût environnemental et énergétique. Voilà pourquoi il faut trouver un équilibre entre sources végétales et animales de protéines. En Occident, on consomme un tiers de protéines végétales pour deux tiers de protéines animales, alors que les recommandations internationales préconisent plutôt que ce soit moitié moitié. Nous devons donc consommer un peu moins de protéines animales et un peu plus de protéines végétales, et permettre ainsi l’accès aux produits animaux à une plus grande partie de la population mondiale.

Les protéines végétales sont donc un élément majeur de l’alimentation durable ?

J.-M. Chardigny : Oui. Elles font partie d’un ensemble de leviers pour atteindre cet objectif, et qui peut inclure d’autres sources de protéines émergentes comme les algues, les insectes, les levures, qui sont des approches plus biotechnologiques. En tout cas, couvrir les besoins en protéines, reste un challenge à l’échelle de 2050.

Doit-on parler de compétition entre protéines végétales et animales ?

J.-M. Chardigny : Ce n’est surtout pas une compétition, mais une complémentarité, basée notamment sur des apports équilibrés en acides aminés, les briques qui constituent les protéines. A la différence des sucres et des matières grasses, nous n’avons pas la capacité de stocker des acides aminés. On doit donc trouver des apports réguliers et équilibrés dans notre alimentation afin de maintenir notre masse musculaire et les fonctions liées aux protéines.

Pensez-vous qu’au niveau politique, l’on a conscience de l’importance des protéines végétales ?

J.-M. Chardigny : Probablement pas assez. Par exemple, en France, les légumineuses sont encore classées parmi les féculents qui ont cette connotation négative d’aliments riches en sucre. On en est encore aux schémas des manuels scolaires : les protéines proviennent du trio viande, poisson, œufs, et l’on oublie les lentilles, les pois, les haricots secs. Il y a donc encore un peu de chemin à faire au niveau des politiques publiques et des recommandations alimentaires.

Voit-on une intensification de l’effort de recherche, notamment à l’Inra, autour des protéines végétales ?

J.-M. Chardigny : L’Inra s’intéresse aux légumineuses depuis des dizaines d’années, notamment sur leur génétique et l’amélioration des variétés. Mais il y a bien un regain d’intérêt, en lien notamment avec les tensions que l’on peut anticiper au niveau mondial vis-à-vis des besoins en protéines. Ce que l’on essaie de faire aujourd’hui, c’est de voir les protéines végétales de façon intégrée, dans une approche système qui inclut aussi l’économie ou la relation avec les territoires.

Quels sont les verrous à lever pour augmenter la part des protéines végétales ?

J.-M. Chardigny : Il y a des verrous au niveau de la production. La culture des légumineuses permet de réduire l’utilisation d’engrais azotés, mais, dans la comptabilité des agriculteurs, ce bénéfice n’est pas mesuré. L’une de nos priorités est de mesurer la valeur des services écosystémiques, tels que l’enrichissement en azote du sol, qu’offrent les légumineuses. D’autres verrous se trouvent au niveau de l’offre en produits contenant des protéines végétales. Celle-ci est encore limitée si on compare à l’offre en viandes ou produits laitiers.  Il faut pouvoir lever ces verrous ensemble, sinon, on ne pourra développer une filière qui est encore fragile.

De nouveaux produits permettraient donc de rééquilibrer la balance en faveur des protéines végétales ?

J.-M. Chardigny : On peut l’espérer. Il y a des chercheurs et des entreprises qui travaillent sur des produits innovants acceptables par le consommateur et qui s’adaptent au mode de vie du 21éme siècle. Ceux-ci pourraient changer l’image des protéines végétales qui sont encore considérées comme l’aliment du pauvre. Ce sont de vieux préjugés contre lesquels il faut lutter.

Et vous, comment consommez-vous les protéines végétales ?

J.-M. Chardigny : Là-dessus, je ne suis pas très innovant ! Je consomme des pois-chiches en salades, dans le couscous et la paella. J’aime aussi les lentilles dans des plats cuisinés. Cela fait partie de mon alimentation et je ne me demande pas si les protéines végétales sont bonnes pour ma santé, ou si je me dois d’en consommer. Quand on a une alimentation équilibrée, les protéines végétales viennent tout naturellement.