• Réduire le texte

    Réduire le texte
  • Rétablir taille du texte

    Rétablir taille du texte
  • Augmenter le texte

    Augmenter le texte
  • Imprimer

    Imprimer
Dossier grand public- Vers un retour en grâce des protéines végétales. © science photo - Fotolia

Vers un retour en grâce des protéines végétales

Des protéines made in France pour alimenter nos animaux

L’élevage français dépend des importations de soja. Or, les légumineuses comme le pois ou la féverole sont d’excellents fournisseurs de protéines pour l’alimentation animale. Le développement de leur culture pourrait diminuer cette dépendance, et améliorer la traçabilité des produits animaux.

Par Sebastián Escalón
Mis à jour le 09/08/2017
Publié le 06/04/2016

Tourteaux pour l'alimentation animale. © W. Beaucardet
Tourteaux pour l'alimentation animale © W. Beaucardet

Qu’est ce qui donne du muscle aux animaux des élevages français ? Ni plus ni moins que le soja. L’alimentation animale reste très dépendante de cette graine à très forte teneur en protéines, même si les autres constituants de la ration comme les céréales, les tourteaux de colza ou de tournesol par exemple, contribuent aussi à la couverture des besoins en protéines des animaux. Ainsi, l’élevage en France et en Europe dépend d’une matière première produite essentiellement aux USA, au Brésil et en Argentine.

Mais alors, que se passerait-il si un jour, une mauvaise récolte venait interrompre ces importations ? Ou encore, si l’appétit de pays émergents, la Chine en particulier, rendait plus cher et plus instable cet afflux de soja ? Réduire cette dépendance vis-à-vis des protéines importées est une vraie question stratégique européenne.

Les légumineuses sont la voie royale pour réduire cette dépendance. D’autant plus que ces cultures ont d’autres atouts. Elles pourraient en effet répondre au problème de la traçabilité de l’alimentation animale. Rappelons que le bio, le label rouge et certaines marques commerciales exigent aux éleveurs de proscrire le soja OGM. Ceci pourrait aiguiller un retour à la production de protéines produites localement.

Profils alimentaires

Mais, pour Michel Lessire, spécialiste de l’alimentation animale, l’argument décisif en faveur du pois, de la féverole ou du lupin est qu’ils sont bons pour les animaux. Les légumineuses sont d’excellentes sources de protéines et d’énergie. Leurs teneurs en acides aminés sont plus proches des besoins des animaux que celles du soja. Ainsi, les producteurs d’aliments ne verraient que des avantages à les incorporer aux formules destinées aux porcs, ruminants et volailles. Les chercheurs ont montré que les pois peuvent parfaitement se substituer au soja dans les aliments pour les porcs. Leurs régimes pourraient contenir jusqu’à 30% de ces graines. De même, pois et féveroles pourraient constituer entre 15 et 20 % de la ration des poulets et des ruminants. Les légumineuses pourraient même se substituer en partie aux farines de poissons destinées à l’aquaculture.

Dans un autre registre, les légumineuses fourragères présentent un grand intérêt pour l’élevage bovin. Ainsi, les prairies qui associent des légumineuses comme le trèfle à des graminées ont un effet positif sur la croissance des ruminants. Quelques bémols, cependant, à l’utilisation des légumineuses. La féverole ou le pois contiennent des éléments dits « antinutritionnels » qui peuvent réduire la digestibilité de leurs protéines et diminuer les performances de croissance des animaux. Mais les chercheurs Inra travaillent à combattre ces nuisances. En partenariat avec des instituts techniques, l’interprofession et des entreprises, ils testent l’efficacité de certains traitements technologiques. « Une partie de ces éléments peut être détruite par chauffage. Le dépelliculage des féveroles permet d’augmenter de quelques pour cents le taux de protéines et de réduire le taux d’éléments non digestibles », rappelle Michel Lessire.

La loi de l’offre et de la demande

Alors, que manque-t-il aux légumineuses pour accroître leur part, encore marginale, dans l’alimentation animale ? Pour Michel Lessire, le verrou se trouve au niveau de l’offre. Avec moins de 200 mille hectares cultivés, les légumineuses ne peuvent pas encore prendre des parts de marché au soja importé. Mais les atouts des légumineuses sont tels que rien n’empêche d’imaginer, pour un avenir proche, une production dynamisée par la demande des éleveurs français. Ces protéines maison pourraient ainsi donner de nouveaux muscles à toute la filière agroalimentaire.

Contact(s)
Contact(s) scientifique(s) :

Département(s) associé(s) :
Physiologie animale et systèmes d’élevage, Génétique animale
Centre(s) associé(s) :
Val de Loire

En savoir plus

L’efficience protéique

Vache laitière de race Prim'holstein.. © Inra, NORMANT Sophie
Vache laitière de race Prim'holstein. © Inra, NORMANT Sophie
Les ruminants convertissent en protéines animales certains constituants des fourrages en particulier la cellulose qui ne sont pas consommables par l’homme. Les vaches laitières transforment le pâturage en protéines laitières à haute valeur biologique, mais dans les systèmes exclusivement herbagers la production est faible. Aussi, pour accroitre la production laitière, des concentrés protéiques renfermant différents tourteaux sont ajoutés. Dans ces conditions plus intensives, seulement 50% environ des protéines ingérées sont exportées sous forme de lait ou de muscle. Les animaux monogastriques, porc et volaille, sont tributaires des apports protéiques de leur ration car ils sont incapables de transformer en protéines les constituants pariétaux des fourrages. Dans les conditions d’une alimentation parfaitement équilibrée, les porcs, les volailles ont une efficacité protéique de l’ordre de 50-60%. Ainsi, pour être de bons transformateurs des aliments qu’ils ingèrent et fournir des produits de qualité, les animaux d’élevage ont besoin de recevoir des rations parfaitement équilibrées. Cet équilibre peut être atteint par la distribution d’aliments renfermant des sources protéiques métropolitaines comme par exemple des tourteaux de colza et tournesol, ou des protéagineux tels que le pois, la féverole… Chez les ruminants, les prairies associant graminées et légumineuses fourragères accroissent la production des animaux et améliorent l’autonomie protéique des exploitations.