Tiques. Femelles Ixodes ricinus © Gwenaël Vourc'h

Réservoir de recherches, vecteur de solutions : rôle clé de l'Inra sur les maladies à tiques

Homme, animal, environnement : une seule santé

Santé de l’Homme, santé des animaux et santé de l’environnement : toutes trois sont inexorablement imbriquées. C’est aujourd’hui une évidence… et une dynamique planétaire nommée « One Health ». Thierry Pineau, directeur du métaprogramme Inra Gestion Intégrée de la Santé des Animaux (Gisa) et ancien chef du département Inra « Santé animale », apporte son éclairage sur la nécessité d’une approche globale de la santé face à la mondialisation des risques sanitaires – maladies zoonotiques, antibiorésistance, écotoxicologie – et la contribution de l’Inra à cette dynamique.

Par Patricia Léveillé
Mis à jour le 09/05/2017
Publié le 14/02/2017

« One Health », qu’est-ce que cela signifie ?

Thierry Pineau : Près de 60 % des maladies humaines sont causées par des agents pathogènes qui affectent aussi les animaux. « One Health », c’est envisager la santé comme un tout. La santé de l’Homme et la santé de l’animal s’articulent l’une à l’autre. Grippes, tuberculose, brucellose, maladie de Lyme, fièvre hémorragique Congo-Crimée sont quelques exemples qui illustrent cette problématique de pathogènes qui ont la capacité de s’attaquer à plusieurs espèces. Par extension, la dynamique « One Health », une seule santé, irrigue également désormais le champ de la santé environnementale et de l’exposition, des humains comme des animaux, aux polluants environnementaux ou aux contaminants alimentaires.

C’est une approche forcément planétaire ?

T.P. : Oui. En 2004, la nécessité d’une approche globale a vu le jour après la survenue de différentes épidémies comme Ebola, le Sras et la grippe aviaire de 2003. Les épidémies mêlant l’Homme et l’animal se déclinent de plus en plus à l’échelle mondiale. Plus proche de nous, la fièvre hémorragique Congo-Crimée a été détectée chez 2 personnes, dont l’une est décédée, à l’été 2016 en Espagne. Cette zoonose a progressé selon un axe Inde-Turquie-Balkans. On imaginait la France sans risque de devenir une zone d’endémie pour cette maladie, mais une équipe de chercheurs Inra/Cirad/IRD a montré que la tique responsable de sa transmission est présente en Camargue. On comptabilise une émergence ou ré- émergence de maladies d’ampleur planétaire en moyenne tous les 8 mois.

Est-ce la même chose pour les élevages ?

T.P. : La fréquence d’apparition des maladies est également élevée pour les espèces d’élevage. Les émergences s’observent à l’échelle du continent. Par exemple, en Europe, on a vu circuler plusieurs sérotypes de fièvre catarrhale ovine, la tuberculose bovine constitue une préoccupation dans plusieurs états, le virus Schmallenberg a émergé en 2011-12. Certains facteurs favorisent ces maladies comme le changement climatique, les modifications des pratiques d’élevage, la déforestation, les mouvements des espèces, l’urbanisation qui empiète sur les milieux sauvages, les transports internationaux, le commerce mondial…

Face à ces risques de pandémie, qu’apporte « One Health » ?

T.P. : La dynamique « One Health » permet de structurer une veille ou une surveillance épidémiologique pour la santé globale. Il existe des centres pour le contrôle des maladies aux USA  et en Europe (CDC, ECDC). La communauté scientifique se structure autour d’initiatives autoportées qui ne sont pas encore pleinement harmonisées ou intégrées. Cependant, dans un contexte où l’on sait que des émergences vont immanquablement survenir, l’anticipation par la coordination des communautés de santé publique, de santé publique vétérinaire et de santé animale est le meilleur angle de travail pour faire face aux défis.

« One Health » dépasse aujourd’hui le cadre du risque zoonotique ?

T.P. : En effet, le raisonnement d’une approche globale s’applique désormais aux problèmes de résistance des bactéries aux antibiotiques. Elles affectent aussi bien l’Homme que l’animal. Il y a aujourd’hui encore de mauvais usages des antibiotiques en médecine humaine comme animale. Une étude établit que si les pays d’Asie du Sud-Est ne modifient pas leurs usages d’antibiotiques dans les élevages de porcs et de volailles, on prévoit une hausse de 66 % de leur consommation de ces produits d’ici à 2030. Il y a de réels risques d’émergence et de diffusion de bactéries résistantes  à l’échelle de la planète. La solution est obligatoirement planétaire. Tout un champ de recherche existe, en particulier à l’Inra, qui tend vers un usage raisonné, c’est-à-dire pour utiliser moins et mieux, les antibiotiques en médecine vétérinaire. Un premier objectif a été atteint par la France avec le plan Ecoantibio2017 : en cinq ans, le recours aux antibiotiques en élevage a baissé de 25 % !

Et qu’en est-il de la santé environnementale ?

T.P. : En à peine 10 ans, « One Health » s’est également ouvert au domaine de l’écotoxicologie et de la santé environnementale qui s’intéresse aux impacts des contaminants alimentaires et environnementaux sur l’Homme, les animaux et les écosystèmes. Nous étudions en particulier le potentiel perturbateur endocrinien ou perturbateur métabolique.  Il s’agit de perturbateurs endocriniens issus de produits de la plasturgie ou de perturbateurs métaboliques, comme certains pesticides dont les effets sont délétères même à faibles doses et dont les impacts sont renforcés lorsqu’ils se présentent en mélange .

Comment l’Inra a intégré cette dynamique « One Health » ?

T.P. : Pour faire usage d’une métaphore : c’est comme la prose pour Monsieur Jourdain ! Nos activités scientifiques s’inscrivent spontanément et de longue date dans cette dynamique, même si cela n’a pas constitué notre premier angle d’affichage et de communication. One Health prédispose naturellement l’Inra à étudier les agents pathogènes zoonotiques, communs à l’Homme et aux animaux. Le concept s’étend désormais à réduire l’incidence des résistances aux antibiotiques et à réduire les expositions aux polluants environnementaux et contaminants des aliments.  Plus largement, la santé unifiée se décline à l’Inra en un continuum d’actions de promotion et de préservation de la santé dans les activités liées à l’agriculture, l’alimentation et l’environnement.

Quels résultats de recherche à l’Inra pourraient être ‘labellisés’ « One health » ?

T.P. : Au sujet de l’adaptation des  prions à des espèces nouvelles (agents de la « vache folle » et de la tremblante), des développements originaux se profilent. Ainsi, une méthode de détection de la forme pathologique du prion dans le sang, a été développée. Elle permet de réaliser des diagnostics très précoces ou de contrôler l’innocuité de produits sanguins.
D’autres résultats sont d’ores et déjà acquis, par exemple sur le virus du Nil occidental (« West Nile ») responsable d’encéphalites chez l’homme et le cheval.
Nous abordons les infections respiratoires du veau (bronco-pneumopathie) et du nourrisson (bronchiolite, 460 000 cas annuels) sous un angle unique de recherche et de vaccination contre les VRS (Virus Respiratoire Syncytial). Nos recherches sur des virus spécifiquement animaux, ceux des poissons par exemple, débouchent sur des stratégies vaccinales innovantes pour l’homme.

La dynamique « One Health » appliquée au domaine des maladies transmises par les tiques ou par les insectes, a pris également un essor notable. Ces maladies pour lesquelles la faune sauvage (micromammifères, oiseaux, grands mammifères) et d'élevage constituent des réservoirs pour les bactéries pathogènes  transmises à l'Homme par les tiques sont un exemple prototypique de préoccupation « One Health » pour laquelle l'Inra est en pointe.

Des travaux de l’Inra et de ses partenaires sur des médicaments antiparasitaires (avermectines) contre les parasites intestinaux, pulmonaires ou cutanés qui affectent les animaux, ont contribué à mieux décrire leur efficacité et leur sureté d’usage dans une variété d’espèces animales. Un chercheur britannique, W. Campbell, et un japonais, S. Omura  ont justement été distingués par le prix Nobel de Médecine 2015 pour avoir développé cette famille de médicaments vétérinaires et en avoir promu les usages au bénéfice de la santé de l’Homme.

*Programme international qui vise à affirmer « le partage des responsabilités et la coordination des actions globales pour gérer les risques sanitaires aux interfaces animal-homme-écosystèmes ». Le cadre de référence de « One medecine, « One health » a été élaboré en 2008 par la WCS et associant la FAO, l’OMS, l’OIE, l’Unicef, l’Unsic et la banque mondiale.

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Santé animale

Homme, animal, environnement : la santé en partage

Vidéos du colloque Inra #SIA2017

Colloque One Health, Une seule santé. 28 février 2017 au Salon de l'Agriculture. © Inra
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La santé est une préoccupation primordiale qui irrigue une part déterminante des travaux de l’Inra d’une manière transversale.

À l’occasion du Salon international de l’agriculture 2017, l'Institut a ainsi choisi de consacrer son colloque scientifique au thème Homme, animal, environnement : la santé en partage.

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