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Patricia Parnet,unité Physiologie des adaptations nutritionnelles(Phan), Inra Pays de la Loire

Quand les situations nutritionnelles de la mère laissent une empreinte chez l’enfant

L’influence du contexte familial sur les habitudes alimentaires ne fait plus aucun doute. Le fait que l’état nutritionnel, métabolique et hormonal des parents avant la conception, puis de la mère pendant la gestation et l’allaitement puissent influencer le comportement alimentaire futur de l’enfant est un concept novateur. Patricia Parnet, neurobiologiste, revient sur des travaux conduits dans son laboratoire expliquant quand et comment ce comportement est formaté par les apports nutritionnels précoces.

Par Patricia Léveillé
Mis à jour le 02/05/2018
Publié le 02/05/2018

Comment se construit notre comportement alimentaire ? In utero, le fœtus dépend des ressources, des choix et des rythmes alimentaires de sa mère. À la naissance, les besoins énergétiques de l’enfant dictent le rythme et le volume des tétées. Par la suite, lors de l’exposition progressive à la palette alimentaire « locale », l’enfant affine ses prédilections pour finir par acquérir ses propres habitudes de consommation. L’idée que l’alimentation de la mère et son état métabolique influencent notablement la santé de sa descendance est apparue au début des années 2000. Depuis l’on sait, que pendant la période périnatale, outre le fait que l’alimentation de la future maman agit sur la croissance fœtale, tout un programme de différenciation cellulaire est à l’œuvre et sera impacté par le type d’aliments reçus. Ainsi, l’alimentation de la mère, celle du père et même des grands-parents, va orienter la physiologie et le comportement alimentaire de la descendance et créer un terrain favorable à l’émergence de maladies métaboliques comme l’obésité ou le diabète.  C’est ce qu’on appelle l’origine développementale de la santé et des maladies de l’adulte (concept DOHAD).

L’empreinte nutritionnelle

À Nantes, des scientifiques de l’unité Physiologie des adaptations nutritionnelles (Phan) étudient le comportement de modèles animaux (rongeurs) pour comprendre cette question. Selon leurs résultats, un régime riche en lipides pendant la période de gestation puis de lactation de la mère a un impact sur les préférences alimentaires du petit. En effet, juste après le sevrage (25 jours), des rates dont les mères avaient consommé des régimes riches en lipides et glucides affichaient une préférence pour le gras. Ce comportement est-il amené à durer ? Pas forcément. Si l’on suspend ce régime riche en lipides, à l’adolescence, les rats ne sont pas plus attirés que les animaux témoins vers des aliments gras. Et à l’âge adulte, il ne subsiste plus aucune différence entre les deux groupes. « Ces résultats étaient intéressants parce qu’ils étaient en opposition avec ce qui avait été montré au préalable par une équipe américaine qui affirmait que la consommation par la mère de régimes riches en énergie entrainait chez les petits une consommation elle aussi riche en énergie qui perdurait dans le temps, » explique Patricia Parnet, directrice de l’unité Phan. « Dans le protocole américain, les animaux, une fois sevrés, avaient toujours le choix de consommer des aliments riches en lipides. Ce qu’ils continuaient de faire. Avec l’expérimentation de Vincent Paillé, on voit que l’influence de la mère s’installe dans les premières phases de la vie. Elle perdure pendant quelques semaines mais petit à petit, elle s’efface pour ne plus avoir d’effets ». Il y a donc bien un impact de l’alimentation maternelle pendant la période périnatale. La bonne nouvelle, s’il en faut, est qu’il réversible. Cette possibilité d’un effacement d’une empreinte entrainée par l’alimentation de la mère est intéressante pour l’orientation des politiques publiques. Elle rappelle l’importance de promouvoir une alimentation saine pour les enfants et les adolescents, de réduire la pression publicitaire à leur égard et la disponibilité de nourritures enrichies en sucre/sel et en gras dans leurs milieux de vie familiaux et extra-familiaux (scolaires, loisirs).
 

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Alimentation humaine
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Pays de la Loire

Le saviez-vous ?

Il est maintenant admis que l’alimentation est une source d’information biologique dont la signification physiologique est décodée et potentiellement gardée en mémoire à plus ou moins long terme par le génome lui-même. L’exposition périnatale à la flaveur de carotte engendre une préférence pour cet arôme chez les nourrissons de 5-6 mois. De même, l’odeur de camomille associée aux premières tétées induit une préférence pour des objets portant cette odeur à 21 mois, et le fait d’avoir été exposé à l’ail in utero en modifie positivement l’appréciation à l’âge de 8-9 ans. L’exposition à des formules lactées vanillées favorise une préférence pour la vanille détectable en moyenne à 28 ans. Enfin, l’exposition précoce à des laits acides ou amers (hydrolysats de protéines) augmente une acceptabilité généralisée des boissons acides à 4-5 ans. En ce qui concerne les macronutriments, la consommation de protéines et de lipides chez des enfants de 10 ans est corrélée à la consommation de ces mêmes nutriments par leur mère pendant la grossesse.

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