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Consommer viandes et produits carnés sans mettre en danger la santé de notre tube digestif

Le lien est désormais bien établi : la consommation excessive de viande rouge et de charcuterie entraîne un risque accru de cancer du côlon. Une équipe de chercheurs a trouvé les mécanismes par lesquels ces aliments peuvent provoquer des lésions cancéreuses. Mais ils ont aussi trouvé une parade permettant de réduire considérablement ces effets négatifs.

. © ag visuell - Fotolia
Par Sebastián Escalón pour Inra
Mis à jour le 25/09/2015
Publié le 20/07/2015

C’est bien triste, mais il arrive que nos aliments préférés aient un effet néfaste pour notre santé si on les consomme en excès. Par exemple, une consommation élevée de viande et de charcuterie entraine une augmentation du risque de cancer du côlon. 25% des cancers colorectaux sont dus à ces aliments. Voilà pourquoi les autorités sanitaires recommandent de fortement limiter la consommation de charcuterie et celle de viande rouge à moins de 500 grammes par semaine.
Une équipe menée par des chercheurs Inra du laboratoire Toxalim a voulu comprendre les mécanismes par lesquels ces aliments affectent les cellules du côlon et du rectum. Pour cela, ils ont fourni à des rats une alimentation riche en charcuteries ou viandes rouges ou en molécules mimant la viande. Les chercheurs ont ainsi mis en lumière le rôle du fer héminique dans l’apparition de lésions cancéreuses. Le fer héminique, composé d’un atome de fer entouré de protéines, donne leur couleur aux viandes rouges. Lors de la digestion, celui-ci réagit avec les lipides pour produire, par une réaction d’oxydation, des aldéhydes.
Les chercheurs ont alors montré que ces aldéhydes sont toxiques pour les cellules. Ils sont en effet capables de produire des mutations au niveau de l’ADN ou de conduire à la mort les cellules du côlon et du rectum. Avec une exception : les cellules précancéreuses résistent très bien à cette agression. De cette façon, une consommation excessive de viandes rouges et charcuterie, non seulement abîme le tissu du côlon et du rectum, mais en plus, sélectionne les cellules précancéreuses.
Nous en arrivons à un paradoxe, comme l’explique Fabrice Pierre, chercheur à l’Unité de recherche Toxicologie alimentaire : « D’une part, le fer héminique est bénéfique car c’est sous cette forme que le fer est le plus facilement assimilable par l’organisme. Voilà pourquoi la viande rouge reste un excellent aliment. Mais d’autre part, ce même fer augmente le risque d’apparition de lésions cancéreuses. »
Il existe heureusement un autre composé qui permettrait de résoudre cette contradiction. Il s’agit, tout simplement, de la vitamine E.

Les antioxydants à la rescousse

Les chercheurs de Toxalim ont obtenu un résultat encourageant pour limiter l’effet indésirable de la viande rouge et des charcuteries. Pour cela, ils ont fourni à deux groupes d’animaux et de volontaires sains, durant 3 jours, un régime composé de ces aliments. Mais à la viande de l’un des groupes avait été rajouté un composé appelé tocophérol. Mieux connu sous le nom de vitamine E, cet antioxydant se trouve dans les huiles végétales comme celle de tournesol ou de germe de blé.
Les résultats de l’expérience sont très clairs : l’ajout de vitamine E directement dans la viande diminue notablement la réaction d’oxydation qui transforme les lipides de la viande en aldéhydes. Les effets délétères de la viande rouge et des charcuteries sur les cellules du côlon en sont notablement réduits.  
Dans le cadre de ce projet, les chercheurs se sont rapprochés des producteurs de charcuterie. « Nous pensons qu’en enrichissant ces produits en tocophérol on pourrait réduire leur impact sur la carcinogenèse colorectale», explique Fabrice Pierre. L’idée est d’autant plus intéressante que l’ajout de vitamine E ne modifie en rien l’aspect et le goût de ces mets. Quant à la viande rouge, les chercheurs imaginent déjà d’enrichir le régime des animaux en tocophérol. Ceci semble effectivement modifier les propriétés de la viande de façon à la rendre moins agressive pour les cellules du côlon.
Bientôt, nous pourrons profiter des steaks, jambons et saucissons sans nous sentir coupables envers notre corps… en évitant les excès, bien entendu !

Contact(s)
Contact(s) scientifique(s) :

Département(s) associé(s) :
Alimentation humaine, Santé animale
Centre(s) associé(s) :
Toulouse Midi-Pyrénées

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