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Ces majestés les mouches

Cinq laboratoires Inra participent à l’aventure Desirable, projet de recherche de quatre ans d'une enveloppe de 990 000 €, pour imaginer l'ento-raffinerie de demain. Cet outil éco-industriel combine l’élevage de larves d’insectes sélectionnées et leurs transformations en ingrédients à haute valeur ajoutée pour alimenter les animaux d’élevage.

Tenebrio molitor. Insectes.. © Ynsect, Hong Do
Mis à jour le 17/02/2015
Publié le 16/10/2013

Mouches et vers, futures vaches à lait de la production animale française ? Bourrés de protéines et de bonnes matières grasses, les insectes seraient l’alimentation idéale, nutritive et écologique pour satisfaire une population en croissance sur une terre arable en peau de chagrin. La FAO recommande même leur consommation ! Produire un kilo de boeuf nécessite en effet dix kilos de maïs, tandis qu'il ne faut qu'un kilo de maïs pour un kilo d'insectes. En attendant la réceptivité des palais occidentaux, une cinquantaine de chercheurs français élèvent déjà vers de la farine et mouches soldat, candidats prometteurs d’une entomo-production industrielle saine et durable… Pour les animaux d’élevage.

Depuis janvier 2013, ces scientifiques du projet Desirable conçoivent la bioraffinerie de demain, capable de fabriquer des tonnes de protéines d’insectes pour les poulets et poissons d’élevage. « Nous devons tout imaginer ! Une matière première durable en grande quantité - comme les déchets des industries agro-alimentaires ou de l’agriculture actuellement non valorisés - qui alimentera les mouches. Des conditions de cultures économiquement viables, la formulation d’une farine optimale qui entrera dans des repas des poissons ou les poulets. Le bilan environnemental de ce nouvel élevage. Jusqu’à la réaction des consommateurs ! » explique Samir Mezdour coordinateur du projet. Qu’ils soient en Thaïlande, au Cameroun au Mexique ou encore en Australie, plus de deux milliards d’habitants sur quatre continents en consomment déjà, crus, grillés, bouillis ou frits. Commercialisés frais, séchés, fumés ou en conserves, ils sont issus de captures ou des élevages artisanaux mais aucune filière de production à grande échelle n’a encore été créée. Dans l’immédiat, personne en Europe ne sait encore produire des insectes à l’échelle industrielle et la recherche s’y intéresse depuis peu.

Un petit saut pour la puce un grand pas pour l’humanité ?

Les laboratoires publics et privés du projet configurent des élevages à petite échelle, formulent la composition nutritionnelle et travaillent sur l’hygiène de l’aliment… Pour Samir Mezdour, « l’extraction et la séparation des protéines et de la chitine des insectes est un défi  technologique. Les coûts de production sont aujourd’hui prohibitifs mais les premières pistes sont très encourageantes. D’ici 2016, on a grand espoir de voir dans les auges de la farine d’insecte ! » Le menu mouche-vers de farine conviendra-t-il aux poissons et aux poulets ? Deux laboratoires de l’Inra étudient les caractéristiques nutritives et physicochimiques des farines d’insectes et leur impact sur la croissance des animaux. Une autre équipe se penche sur l’analyse sensorielle et l’appétence de ces farines pour les animaux. Sans oublier l’autre bout de la chaîne, le consommateur final. « Nous anticipons l’arrivée sur le marché de ces poissons et poulets nourris aux farines d’insectes : combien les consommateurs seront-ils prêts à payer et quels sont les mécanismes d’incitation pour changer les comportements ? » s’interroge Sabrina Teyssier économiste à l’Inra qui dévoile « un deuxième volet de recherche portera sur l’acceptabilité de consommer des insectes par les Occidentaux ». On y arrive on y arrive… Vous prendrez bien un petit vers ?

Des milliers de mouches à nourrir

Plus de 1 600 espèces d’insectes sont consommées par l’homme dans le monde et l’inventaire n’est pas exhaustif. Pour Frédéric Marion-Poll, chercheur du projet, « nous avons choisi deux espèces faciles à élever : le ver de farine, Tenebrio molitor et la mouche soldat Hermetia illucens. Le premier est élevé à l’échelle pré-industrielle pour les animaleries et la consommation humaine, et il a des besoins en température et en humidité très modestes. Le second est capable de consommer des déchets carnés et du lisier : c’est notre spécimen « développement durable » pour produire des protéines issues de déchets valorisables en alimentation animale ! Comme à l’époque pour le ver à soie, envisager une production industrielle de ces insectes nous engage dans un processus de domestication et c’est une aventure passionnante car il va falloir adapter et inventer de nouvelles techniques d’élevage, de nourrissage, d’extraction de protéines …»