• Réduire le texte

    Réduire le texte
  • Rétablir taille du texte

    Rétablir taille du texte
  • Augmenter le texte

    Augmenter le texte
  • Imprimer

    Imprimer

Nano-aliments ou nano-emballages : les consommateurs méfiants

Les consommateurs français et allemands ballotés entre indifférence et méfiance devant une possible introduction des nanotechnologies dans l’agroalimentaire, selon une étude socio-économique à laquelle a participé l’Inra en 2011.

Gros plan sur du petit matériel de laboratoire. © BEAUCARDET William
Par Patricia Léveillé
Mis à jour le 27/03/2015
Publié le 15/03/2013

Les « nanos » sont un secteur en pleine expansion. Apparus dans les années 1980, ces processus de conception et de transformation des produits à l’échelle de l’atome sont déjà largement utilisés en électronique, informatique, dans la médecine, l’énergie… Le secteur agroalimentaire n’échappe pas à l’appel de ces possibles applications : pour enrichir des aliments ou améliorer les emballages par exemple. Mais, il existe encore de nombreuses interrogations. Et ce, d’autant plus que les scientifiques restent circonspects sur leurs risques potentiels.

Des consommateurs réticents

Une équipe d’économistes et de sociologues français et allemands* ont analysé le comportement des consommateurs de ces deux pays vis-à-vis de deux nanoproduits alimentaires : un jus d’orange enrichi en vitamine D et une bouteille de jus d’orange protégeant les nutriments des UV. (Les produits n’étant pas disponibles dans le commerce, ils ont été inventés ainsi que leurs caractéristiques pour les besoins de l’étude).

Premier constat : une large majorité des Français (81,5 %) et des Allemands (66,4 %) méconnaissent les nanotechnologies. Les personnes les plus familières des nanotechnologies sont celles qui en ont la perception la plus pessimiste. Plus largement, l’étude souligne que la perception générale et initiale qu’ont les participants des sciences et de la technologie influence de manière déterminante leur option finale sur les nanotechnologies.

Les informations sur la santé influencent le plus les consommateurs

Dans un deuxième temps, les scientifiques se sont attachés à savoir si les informations sur l’utilisation et les conséquences présumées des nanotechnologies influençaient la disposition à payer des consommateurs. Les participants à l’expérience en laboratoire ont reçu trois types d’informations :

  1. brève présentation du produit (le jus d’orange) et de son prix sans mention du recours aux nanotechnologies ;
  2. information simple sur le recours aux nanotechnologies pour l’enrichissement en vitamine D du jus d’orange ou pour la fabrication de la bouteille protégeant des UV ;
  3. information détaillée expliquant l’impact présumé des nanotechnologies sur la santé, l’environnement ou la société. (Les chercheurs ont délivré  des messages contenant des informations positives et négatives du fait de l’incertitude scientifique).

Ces informations entraînent une baisse significative du prix maximum que les consommateurs sont prêts à payer, traduisant ainsi leurs réserves face aux nanotechnologies. D’emblée, les consommateurs ont une perception négative de l’innovation (information 1). Même une information plus détaillée (information 2) sur les avantages pour l’enrichissement en vitamines ou un emballage protecteur ne corrige pas ce sentiment initial de méfiance ni les réserves exprimées au tour précédent.

Pour plus de 80% des participants, l’information sur la santé apparaît comme prioritaire (information 3) et entame leurs dispositions à payer des nano-produits. Ainsi, selon l’étude, « la partie du message mentionnant un bénéfice est complètement éclipsée par les informations portant sur les risques potentiels. L’information détaillée ciblée sur la santé et la sécurité des jus d’orange ne corrige pas les réserves exprimées à la suite de la simple information mentionnant la présence de nanotechnologies ».

*L’étude a été réalisée dans le cadre du Projet franco-allemand financé par l’Agence nationale de la recherche (ANR) et la Deutsche Forschungsgemeinschaft (DFG). Deux équipes Inra ont participé à cette étude : l'unité Met@Risk (Paris) et l'unité mixte de recherche Economie Publique Inra-AgroParisTech (Paris-Grignon).

Contact(s)
Contact(s) scientifique(s) :

En savoir plus

Télécharger le résumé de l'étude : Inra Sciences sociales - Juillet 2011 (PDF)

Avis sur les nanosciences et les nanotechnologies

Avis 4 sur les nanosciences et les nanotechnologies.. © inra
Avis 4 sur les nanosciences et les nanotechnologies. © inra
Le Comité consultatif d’éthique pour la recherche agronomique commun à l'Inra et au Cirad a rendu son quatrième avis relatif aux nanosciences et aux nanotechnologies. Cette question de politique scientifique, caractéristique de cette époque de l’économie de la connaissance, n’a pas seulement pour finalité d’articuler différents secteurs de recherche, mais aussi d’inclure la société civile, au double sens du monde économique et des citoyens. Les notions de progrès et d’innovation sont au cœur de l’ambivalence qui caractérise les nanotechnologies, puisqu’on innove, puis on se pose la question du progrès. L’apport original du Comité d’éthique tient aussi à la réflexion approfondie qu’il mène pour comprendre le lien ou l’absence de lien qui existe entre progrès et innovation dans une économie marquée par un flux constant d’innovations, et redonner sens au progrès.
> Télécharger l'avis (PDF, 2,2 MO) : Comité d éthique Inra-Cirad - Avis 4

Définitions

Nano vient du grec nanos qui signifie nain. Utilisé comme préfixe devant une unité de mesure, il en exprime le milliardième. Le nanomètre (nm) est donc égal à un milliardième de mètre : un objet d’un nanomètre est 500 000 fois plus petit que l’épaisseur d’un cheveu. Les nanosciences ont émergé dans les années 80 avec la mise au point de nouveaux outils d’observation à l’échelle atomique, les microscopes à effet tunnel, qui ont permis de franchir un pas décisif dans l’observation et le déplacement des atomes. Les nanotechnologies regroupent les instruments, les techniques de fabrication et les applications dérivées exploitant les phénomènes spécifiques liés à cette échelle nanométrique.
Source : Ministère de l’écologie, du développement durable et de l’énergie