• Réduire le texte

    Réduire le texte
  • Rétablir taille du texte

    Rétablir taille du texte
  • Augmenter le texte

    Augmenter le texte
  • Imprimer

    Imprimer

Les biocarburants sur la sellette

À l’issue des controverses sur leur bilan environnemental, l’Europe a infléchi cet automne sa politique d’incitation en faveur des biocarburants de première génération. Au centre des interrogations de la communauté scientifique : la nécessité d’une évaluation plus complète de l’impact de ces biocarburants tenant compte des émissions de gaz à effet de serre liées au changement d’affectation des sols. Explications.

Colza à DAMPIERRE dans les YVELINES. © WEBER Jean
Par Cécile Poulain
Mis à jour le 15/01/2014
Publié le 22/01/2013

« Oui au développement des énergies renouvelables, mollo sur les biocarburants de première génération ». C’est en quelque sorte le message qu’a transmis la Commission européenne le 17 octobre 2012 en limitant à 5 % la part des biocarburants de première génération dans les transports. Alors qu’elle avait préalablement adopté, via le paquet énergie climat en 2008, l’objectif ambitieux des « 10 % d’énergie renouvelable dans les transports en 2020 », elle en limite aujourd’hui la portée pour les biocarburants de première génération.
Ce revirement de l’Europe, inattendu compte tenu de sa politique volontariste mise en place depuis 2005, intervient à la suite de nombreuses critiques sur l’impact de la production des matières agricoles sur l’environnement. Ces controverses ont pour origine un article publié en 2008 (par Searchinger et al.) qui dévoile le rôle essentiel du « changement d’affectation des sols » (CAS) dans l’établissement du bilan des émissions de gaz à effet de serre des biocarburants de première génération.

Critères de durabilité non respectés

La demande supplémentaire due aux biocarburants suscite un ajustement de l’offre agricole dont une partie peut se traduire par une expansion des terres agricoles, dans un contexte général d’accroissement de ces surfaces pour répondre conjointement aux besoins alimentaires. Les conversions qui en résultent peuvent être alors responsables d’émissions de CO2 (carbone précédemment contenu dans les sols et/ou biomasse relâchée dans l’atmosphère), alourdissant ainsi le bilan en gaz à effet de serre. Ces émissions sont très dépendantes des usages antérieurs des terres qui sont converties.
Une étude récente menée par l’Inra à la demande de l’Ademe* a fait le point sur l’ensemble des évaluations disponibles dans la littérature de l’effet du CAS. En tenant compte des émissions des CAS, les 2/3 des évaluations existantes prouvent que les biocarburants de première génération ne respectent pas les critères de durabilité définis au niveau européen. Pour une plante et une technologie données, le bilan environnemental varie fortement selon les conditions pédoclimatiques, les pratiques agricoles, les technologies… et la méthodologie employée. La Commission a en effet, depuis 2009, imposé aux biocarburants des critères de durabilité pour empêcher que des forêts, des zones humides et des terres riches en biodiversité soient directement converties à la production de biocarburants. En outre, leurs émissions de GES doivent être inférieures d’au moins 35 % à celles des carburants fossiles qu’ils remplacent. À partir de 2017, cette réduction devra être d’au moins 50 % puis de 60 % en 2018.

Usages concurrents des sols

Selon Stéphane De Cara, économiste à l’Inra, qui a coordonné l’étude pour l’Ademe, « le soutien public au développement des biocarburants a été largement justifié par leur contribution à la réduction des émissions de GES. Or, les études disponibles récentes montrent que la prise en compte des changements d’affectation des sols est susceptible de changer la donne dans ce domaine. S’il est délicat d’évaluer précisément l’ampleur de cet effet (les estimations disponibles varient d’ailleurs fortement en fonction des modèles, des données et des hypothèses utilisés), cela doit nous amener à intégrer plus systématiquement dans les évaluations la tension entre des usages concurrents des sols (énergie, alimentation humaine et animale, urbanisation...) et des ressources en terres limitées ».

* Revue critique des études évaluant l’effet des changements d’affectation des sols sur les bilans environnementaux des biocarburants, étude réalisée pour le compte de l’Ademe par l’Inra, Stéphane De Cara, mars 2012.

Un bilan énergétique fiable ?

Actuellement, les valeurs - rapport entre l’énergie produite et l’énergie consommée pour fabriquer le biocarburant de première génération - estimées au niveau mondial sont comprises entre 1 et 4 pour le biodiesel issu du tournesol, du colza ou du soja. Il est inférieur à 2 pour le bioéthanol provenant du maïs et compris entre 2 et 8 pour le bioéthanol issu de la canne à sucre. Ce bilan énergétique varie fortement selon le type de carburant considéré, la localisation géographique de la production, les technologies utilisées… et la méthodologie employée.