Les circuits courts rapprochent les producteurs des consommateurs. dossier grand public. © Inra, Christian Slagmulder

Les circuits courts rapprochent les producteurs des consommateurs

La France des circuits courts

Un exploitant agricole sur cinq vend tout ou partie de sa production en circuits courts. Avec une vingtaine de modes de commercialisation, les opportunités ne manquent pas de rapprocher producteurs et consommateurs. Mais, comme le montrent les études récentes, toutes les régions n’évoluent pas au même rythme. Notamment en raison de pratiques agricoles locales, encore peu compatibles avec ces modes de distribution.

Par Phiilppe Fontaine
Mis à jour le 03/01/2017
Publié le 29/11/2016

Implication contrastée dans les circuits courts, en % des exploitations du canton pour la France métropolitaine; en % des communes pour les départements d'Outre-mer.. © IGN 2010
Implication contrastée dans les circuits courts, en % des exploitations du canton pour la France métropolitaine; en % des communes pour les départements d'Outre-mer. © IGN 2010

Zéro ou un intermédiaire entre producteur et consommateur. Une phrase suffit à résumer la notion de circuit court. Mais à y regarder de plus près, que de possibilités de commercer en respectant ce simple précepte ! La preuve, une étude menée par l’unité Innovation de l’Inra en 2007 a permis d’identifier et d’analyser une vingtaine de circuits courts. Certains très anciens, tels que la vente directe à la ferme ou sur les marchés. D’autres qui se renouvellent, notamment l’approvisionnement direct et local des artisans, des cantines ou des grandes surfaces. Et enfin les nouveaux, à commencer par les Amap, les boutiques de producteurs, et bien sûr, la vente par internet. En raison notamment de ce dernier mode de commercialisation, la notion de distance n’est pas prise en compte dans la définition des circuits courts. Ainsi, un éleveur peut vendre sa production directement auprès de consommateurs disséminés dans la France entière. Néanmoins, l’approche régionale est privilégiée par les acteurs impliqués dans le soutien à ces circuits, des politiques publiques aux citoyens. Tant mieux car, après le miel, ce sont les fruits et légumes qui sont les plus vendus en circuits court : des produits que les consommateurs achètent avant tout pour leur fraicheur et leurs qualités gustatives intimement liées à la faible latence qui sépare la fourche de la fourchette.

Un rythme de progression inégal suivant les régions

Cela dit, si les circuits courts se pratiquent sur l’ensemble du territoire, on constate de larges disparités dans les pratiques, comme le montre le recensement agricole conduit par le ministère de l’agriculture en 2010. Sans grande surprise, du fait de leur relatif isolement, c’est en Corse et dans les départements d’outre-mer que la vente directe, ou avec un intermédiaire, est la plus répandue. Deux-tiers des agriculteurs corses écoulent tout ou partie de leur production en circuit court. A l’opposé, les régions qui sont spécialisées dans la culture intensive d’une faible variété de produits écoulent leur production via des circuits longs, ancrés de longue date dans le territoire. Par exemple, un peu plus de 10 % seulement d’agriculteurs bretons pratiquent la vente en circuit court.

Plus généralement, le recensement montre que les territoires où la production est diversifiée comptent plus d’exploitants impliqués dans les circuits courts. Ces derniers disposent en outre, sauf pour ce qui concerne les viticulteurs, d’exploitations plus petites que ceux impliqués dans les circuits traditionnels. En contrepartie, la main d’œuvre y est plus abondante. Ainsi, en 2010, les agriculteurs d’Ile-de-France écoulant une partie de leur production en circuit court disposaient d’une surface agricole moyenne de 76 hectares et employaient 4,4 personnes à plein temps. Les exploitations opérant via les circuits longs ne disposaient que d’1,2 employé (incluant le chef d’exploitation) pour 136 ha. Ça n’est pas étonnant. D’abord parce que la diversification des cultures, nécessaire pour proposer une offre variée à la clientèle, entraîne une surcharge de travail. Mais surtout parce qu’un agriculteur travaillant en circuit court cumule souvent trois métiers : producteur, transformateur, vendeur, en plus de devoir être bon gestionnaire, ce qui l’oblige à embaucher. Notons enfin que 10 % des exploitants en circuits courts pratiquent une agriculture biologique, soit 5 fois plus qu’en circuits traditionnels. D’après les observations d’organisations agricoles et des travaux du département Sad de l’Inra, ils sont en outre plus nombreux encore à adopter des comportements respectueux de l’environnement, que ce soit par conviction personnelle, pour répondre aux préoccupations des consommateurs auxquels ils sont souvent directement confrontés ou bien parce que l’entrée en circuits courts les met en contact avec des producteurs plus avancés qu’eux en matière d’environnement. Toutefois, l’écologisation des pratiques est parfois davantage subie que choisie, pour simplifier l’organisation du travail devenue compliquée en circuits courts, ce qui n’est pas sans risques pour la qualité de la production.

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