Depuis une quinzaine d’années, les circuits courts de commercialisation de produits alimentaires font leur grand retour en France. Crises alimentaires aidant, les consommateurs veulent aujourd’hui savoir d’où viennent leurs aliments et comment ils ont été produits.

Et si on mangeait local ?

Depuis une quinzaine d’années, les circuits courts de commercialisation de produits alimentaires font leur grand retour en France. Crises alimentaires aidant, les consommateurs veulent aujourd’hui savoir d’où viennent leurs aliments et comment ils ont été produits.

Mis à jour le 03/07/2017
Publié le 22/06/2017

une plus juste rétribution de l'agriculteur

La vente directe par le producteur et l’approvisionnement local des artisans et petits commerces, pourtant millénaires, avaient en effet quasiment disparu au profit des supermarchés. Crises alimentaires aidant, et en particulier celle de la « vache folle », les consommateurs veulent aujourd'hui savoir d’où viennent leurs aliments et comment ils ont été produits. D’où un renouveau des pratiques anciennes, comme les marchés ou la vente à la ferme, mais aussi l’apparition de formes inédites, reposant par exemple sur Internet. Un mouvement finalement très divers et assez éloigné de l’image souvent réductrice véhiculée dans certains médias. Après avoir planté le décor historique, cet ouvrage se place délibérément du côté du consommateur curieux. Il répond à des questions quotidiennes : où puis-je trouver ces produits ? Sont-ils plus chers, moins chers, vraiment meilleurs de goût ? Quelle différence entre une Amap et la vente à la ferme ? Il élargit ensuite la réflexion aux implications de cette forme d’achat : quel effet sur l’emploi et l’économie locale ? Quel impact sur l’environnement et sur le paysage périurbain ? Quelles pistes pour toucher aussi les plus démunis ? Manger local : une « bonne idée » ou pas, finalement ? 

 

Les auteurs 

Frédéric Wallet est économiste à l’Inra et anime l’équipe Proximités. Auteur de plusieurs ouvrages sur les nouvelles dynamiques territoriales, il est aussi membre du réseau mixte technologique Alimentation locale. 

Patrick Philipon est journaliste et auteur, spécialisé en vulgarisation scientifique. Il s’intéresse particulièrement aux problématiques environnementales. 

Yuna Chiffoleau, agronome et sociologue à l’Inra, elle travaille sur les systèmes alimentaires durables. Très impliquée dans l’appui aux organisations professionnelles, elle co-anime le réseau mixte technologique Alimentation locale. 

Préface de Nicolas Hulot, président de la Fondation pour la nature et l’homme.    

 

Et si on mangeait local ? Ce que les circuits courts vont changer dans mon quotidien

Editions Quae – juin 2017, 168 pages – 17 euros 

EXTRAITS

« Originaire du Nord-Ouest de la France, j’ai des racines à la fois agricoles et ouvrières. Après avoir envisagé une carrière dans l’humanitaire, j’ai suivi une formation d’ingénieur agronome pour travailler dans le domaine du développement local. Mes premières expériences en Afrique et au Vietnam m’ont toutefois fait comprendre que les solutions techniques ne suffisaient pas. J’ai donc complété ma formation par une thèse en sociologie et je me suis intéressée, à partir des coopératives viticoles du Sud de la France, aux conditions sociales de l’innovation collective en agriculture. J’ai été recrutée à l’Inra en 2001, au sein du département SAD, aujourd’hui « Sciences pour l’action et le développement », dont la mission est d’observer les transformations du monde agricole et rural mais aussi de les accompagner. Très proche des acteurs, j’ai ainsi pu observer l’augmentation de la précarité chez les agriculteurs mais aussi le manque de reconnaissance que beaucoup ressentaient, en particulier les nouveaux venus ne suivant pas le modèle de l’agriculture industrielle. 

En collaboration avec un animateur des Civam, je me suis alors intéressée aux circuits courts comme un moyen possible de lutter contre la fragilisation, économique et sociale, du monde agricole. C’était en 2005, bien avant que ces circuits ne deviennent à la mode. Au contraire, à cette époque, ces circuits étaient décrédibilisés, marginalisés, y compris au sein du monde de la recherche, parce que peu importants économiquement et/ou considérés comme trop militants. Pour moi, en revanche, il s’agissait de « signaux faibles », qui témoignaient de nouvelles dynamiques sociales et économiques, dans le monde agricole comme dans la société, allant dans le sens d’une économie à la fois plus juste et plus écologique. 

Depuis 2005, j’ai coordonné ou participé à une dizaine de projets de recherche-développement sur ces circuits, et encadré de nombreux travaux d’étudiants. J’ai également été associée aux dispositifs de politiques publiques mis en place par l’État pour soutenir leur développement, à commencer par le groupe de travail du ministère de l’Agriculture, qui, en 2009, a établi leur définition officielle. Mon expérience m’a amenée à être retenue comme expert pour la Commission européenne et je co-anime, depuis 2015, le réseau mixte technologique Alimentation locale, qui fédère l’ensemble des organismes contribuant au développement de ces circuits. 

J’observe finalement que les effets des circuits courts
vont bien au-delà de ce qu’on en dit ou attend. Bien sûr,
pas dans tous les cas ni dans n’importe quelles conditions.
Mon métier est justement de porter sur eux un regard exigeant, pour éclairer les choix, éviter les désillusions. Néanmoins, face à ceux qui n’y voient qu’un repli identi
taire, ce qui m’intéresse avant tout, c’est l’espoir démocratique que les circuits courts font naître, ou renaître. » Yuna Chiffoleau  

 

« Né dans le Nord, une région marquée par la crise économique, et issu d’une famille d’urbains, je me suis d’abord intéressé aux processus de reconversion des territoires industriels. Mes réflexions portaient alors sur la capacité différenciée des systèmes productifs locaux à modifier leur organisation, leurs règles de fonctionnement et leurs pratiques pour éviter de sombrer dans une crise durable et s’inscrire dans une trajectoire de revitalisation du territoire.

 Les bases étaient posées pour déboucher entre autres sur une thèse en économie régionale, portant en particulier sur l’influence des dispositifs de gouvernance et les processus d’innovation sur les territoires.  Au tournant des années 2000, je suis recruté comme enseignant-chercheur en économie à l’école d’ingénieurs de Purpan à Toulouse, assurant également l’animation de la spécialisation dédiée au développement rural. J’y acquiers une culture plus large des problématiques agricoles et rurales, à une époque où l’on commence à sentir quelques frémissements en faveur d’une évolution des modèles agricoles et du développement des territoires, en réponse aux impasses et aux crises associées aux principes dominants. (...)

En 2005, souhaitant approfondir ma réflexion dans une perspective internationale, j’entre à l’Inra Toulouse pour y piloter un projet de recherche européen consacré à la comparaison des systèmes de protection des indications géographiques (AOC, IGP...) dans le monde. La volonté de valoriser et de protéger des produits locaux apparaît comme un trait commun à de nombreux collectifs d’agriculteurs à travers le monde. Toutefois, ces démarches restent limitées à des produits à forte dimension patrimoniale alors que le besoin de confiance des consommateurs concerne toute la gamme de l’alimentation quotidienne. 

Mon intérêt pour les circuits de proximité viendra d’un concours de circonstances. D’abord le suivi d’un mémoire de master consacré au développement des poli- tiques agricoles urbaines dans plusieurs agglomérations du Sud-Ouest européen ; et plusieurs sollicitations, notamment une conférence effectuée dans le cadre du projet Casdar Interval sur la comparaison des systèmes de protections des indications géographiques et des circuits courts. Parallèlement, ma fonction d’animateur national des programmes « Pour et sur le développement régional » (PSDR) depuis 2008 m’avait permis d’acquérir une connaissance précise de quelques projets de recherche structurants sur la thématique des circuits courts. 

Depuis 2015, la création du réseau mixte technologique Alimentation locale et les nouvelles orientations scientifiques du département SAD de l’Inra, ont été une  opportunité nouvelle pour accompagner les acteurs agricoles et les territoires, et chercher à renforcer la résilience
 de modèles souvent considérés dans l’impasse. Mon engagement de chercheur consiste ainsi à apporter des connaissances et à appuyer l’expérimentation de solutions innovantes en matière de circuits de proximité, sur
les enjeux logistiques ou la gouvernance alimentaire territoriale, mais aussi sur la place des problématiques agricoles et alimentaires dans le développement des villes en transition. » Frédéric Wallet

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Dossier Les circuits courts rapprochent les producteurs des consommateurs. © Inra, Christian Slagmulder
© Inra, Christian Slagmulder

Le dossier "Les circuits courts rapprochent les producteurs des consommateurs"

Réduire les barrières qui se dressent entre les producteurs et les consommateurs, en revalorisant les intermédiaires qui s’engagent pour soutenir l’agriculture locale, voilà le pari des circuits courts. Il en existe une vingtaine de formes, depuis la vente directe jusqu’à la jusqu’à la restauration collective, en passant par les Amap ou le e-commerce. Depuis les années 2000, l’Inra étudie ces modes de commercialisation, innovants ou en renouvellement, et s’efforce d’accompagner leur développement.