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Manger sainement n’est pas forcément meilleur pour la planète

On dit souvent que les régimes alimentaires sains ont un faible impact sur l’environnement. Pas si évident ! Pour une même quantité de calories ingérées, ceux qui aujourd’hui mangent le plus sainement ont en moyenne un impact carbone* plus élevé, selon une analyse menée par des chercheurs de l’Inra PACA.

Une entrée de légumes frais. © CARRERAS Florence
Par Patricia Léveillé d'après Service de presse
Mis à jour le 08/03/2013
Publié le 07/03/2013

Si vous mangez beaucoup de fruits et légumes (et des produits végétaux en général), moins de produits sucrés et encas salés, vous avez une alimentation de bonne qualité nutritionnelle. En d’autres termes, votre alimentation se rapproche le plus des recommandations d’apports en protéines, fibres, vitamines et minéraux sans trop dépasser les limites fixées pour le sel, les acides gras saturés et le sucre ajouté. Vous consommez aussi un peu moins de calories que les personnes qui ont une alimentation déséquilibrée, et des produits animaux de meilleure qualité nutritionnelle.

Mais, l’impact environnemental de vos repas n’est pas nécessairement plus faible que celui d’une personne ayant une alimentation déséquilibrée. C’est ce qu’ont montré des chercheurs de l’Inra PACA1 qui ont évalué les relations entre la qualité nutritionnelle et l'impact carbone de l'alimentation de près de 2 000 adultes (en se basant sur les données d'impact carbone d’environ 400 aliments les plus couramment consommés). Ainsi, à apport équivalent en calories, manger sainement revient à émettre des émissions de gaz à effet de serre plus importantes qu’une alimentation de moins bonne qualité nutritionnelle. Cette différence d'impact a même été chiffrée à + 9 % chez les hommes et + 22 % chez les femmes.

Plus on mange, plus on impacte

Les chercheurs se sont rendu compte que l'impact environnemental de l'alimentation est très lié aux quantités totales consommées. Les personnes qui ont une alimentation équilibrée ingèrent des quantités importantes parce qu’elles se tournent vers des aliments qui ne sont pas trop riches en calories : fruits, légumes, viandes maigres, laitages, poissons… Au contraire, les personnes qui ont une alimentation déséquilibrée mangent plutôt des aliments dans lesquels les calories sont concentrées : produits sucrés, encas salés, viandes grasses, charcuterie, fromage et autres produits gras….  « Du coup, les personnes qui mangent bien en général consomment de plus grosses quantités que celles qui mangent mal. Ceci explique en partie pourquoi l'alimentation des bons mangeurs a en moyenne un plus fort impact carbone que celle des mauvais mangeurs. Et c’est encore plus vrai quand on raisonne à 'apports caloriques équivalents', par exemple quand on compare 2 000 kcal d'une alimentation équilibrée à 2 000 kcal d'une alimentation déséquilibrée », explique Nicole Darmon de l'équipe Inra PACA qui a publié l'étude.

Mieux manger, moins impacter

Le secteur alimentaire serait responsable de 15 à 30 % des émissions de gaz à effet de serre dans les pays développés. En collaboration avec le WWF (World Wildlife Fund), les scientifiques ont modélisé des choix alimentaires qui permettraient de diminuer de 25 % les gaz à effet de serre de l’alimentation des Français tout en respectant les recommandations nutritionnelles. Pour bien faire, il faudrait consommer très peu de viande de bœuf, car c'est l'aliment le plus impactant ; mais davantage de céréales complètes, de légumes secs et de fruits oléagineux2. En effet, ces trois catégories d'aliments sont incontournables pour avoir une alimentation équilibrée et peu impactante car il n'est pas nécessaire d'en consommer des quantités importantes pour avoir des apports significatifs en calories et en nutriments essentiels (protéines, vitamines, minéraux, fibres...). Théoriquement, il est donc possible d’avoir une alimentation nutritionnellement adéquate et peu impactante. Mais cela nécessite de faire des choix alimentaires très particuliers. Pour l’instant, ce ne sont pas ceux de l’ensemble des personnes qui aujourd’hui en France couvrent le mieux leurs besoins nutritionnels.

* L’estimation de l’impact carbone des aliments désigne, en équivalent CO2, la quantité de gaz à effet de serre émis par la production, la transformation et le transport des produits.

(1) Unité mixte de recherche Nutrition, obésité et risques thrombotiques (Inra/Inserm/Unité Aix-Marseille), centre Inra PACA.

(2) Noix, noisettes, amandes mais…non salés !

La consommation des aliments gras, sucrés et salés est associée à un moindre impact environnemental

 © N. Darmon
© N. Darmon

Des corrélations ont été établies entre la consommation de chaque catégorie d’aliments et les émissions journalières de GES, après ajustement pour le sexe, l’âge et les apports énergétiques. Les résultats montrent que l’augmentation de la consommation des féculents, des matières grasses et des produits sucrés et encas salés est associée à de plus faibles émissions de GES. Au contraire, l’augmentation de la consommation des produits animaux et des fruits et légumes est associée à de plus fortes émissions de GES.