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Cet ouvrage, appuyé sur de nombreuses données de terrain, décrit un phénomène foisonnant encore largement méconnu, qui contribue à construire une économie plus solidaire.

Les circuits courts alimentaires

Cet ouvrage, appuyé sur de nombreuses données de terrain, décrit un phénomène foisonnant encore largement méconnu, qui contribue à construire une économie plus solidaire.

Publié le 18/01/2019

construire une économie plus solidaire

Les circuits courts alimentaires préfigurent-ils une transition vers une « autre » économie ? En France, ils sont en plein renouvellement depuis la fin des années 1990. Que se joue-t-il dans ce renouveau ? Que nous apprend la diffusion actuelle de ces circuits, au-delà des militants qui ont contribué à les remettre sur le devant de la scène ? Etayé sur une longue expérience de recherche-action et de médiation, cet ouvrage, ancré dans la sociologie économique et des réseaux, constitue avant tout une synthèse scientifique inédite d’un phénomène encore méconnu, qui va bien au-delà des systèmes alimentaires alternatifs décrits par ailleurs. 

 

 

L'auteur, Yuna Chiffoleau, est ingénieur agronome et sociologue, directrice de recherche à l’Inra. Lire son portrait

 

Les circuits courts alimentaires 

Entre marché et innovation sociale  

Editions érès, coll. Sociologie économique - 176 pages, janvier 2019 - 20 euros

EXTRAITS

 Dans l’immédiat, dans un contexte où, selon la FAO (Food and Agriculture Organization), 75 % de la biodiversité génétique cultivée aurait été perdue en un siècle, les circuits courts n’inversent pas encore la tendance. Toutefois, ils permettent non seulement de faire connaître et de revaloriser des variétés anciennes mais aussi, par la mise en culture de leurs semences, d’adapter continuellement leur patrimoine génétique à des environnements divers et changeants. C’est le cas en maraîchage mais aussi en grandes cultures, dans un cadre réglementaire pourtant beaucoup plus contraignant pour l’inscription de variétés au catalogue, donnant peu de possibilités aux variétés anciennes. Plus largement, dans les filières animales également, les circuits courts sont un moyen de valoriser, de préserver, d’adapter des races locales, à petits effectifs et/ou de conformation non standard, qui ne peuvent trouver de débouché dans la grande distribution. 

Au regard des semences et de la biodiversité, l’enjeu environnemental se couple ainsi à des enjeux économiques et politiques : les circuits courts contribuent à rendre visibles, à questionner les règles qui limitent la capacité des producteurs à accéder à toute la biodiversité cultivée disponible, ce qui, de l’avis d’experts, a sans doute contribué au fait que ces règles vont changer prochainement*. Les mobilisations autour de l’accès au foncier ou de sa préservation, avec l’appui du circuit court, combinent aussi étroitement ces trois types d’enjeux. Rappelons qu’à travers la création de la première AMAP en 2001, à Aubagne, il s’agissait d’abord, pour les producteurs comme pour les consommateurs associés, de « maintenir » une exploitation située en zone périurbaine et menacée par l’expansion d’un supermarché. Le réseau des AMAP est d’ailleurs souvent associé à Terre de Liens, mouvement citoyen né en 1998 dans l’objectif de préserver le foncier, de diminuer le poids de l’acquisition foncière par les porteurs de projets agricoles**, et de lutter contre l’artificialisation des terres agricoles.

(...)  Maintien de la biodiversité cultivée, préservation du foncier agricole, services écologiques..., ce ne sont ici que quelques exemples de « nouveaux » indicateurs, à forte dimension environnementale, que le développement des circuits courts fait émerger, et dont les acteurs montrent en outre la dimension économique et l’enjeu politique. D’autres indicateurs, tels que la préservation des paysages ou la réduction des emballages, sont aussi souvent mis en avant à travers ces circuits. Le manque de données quantifiées limite toutefois leur prise en compte dans le débat public. 

* La Commission européenne a en effet décidé d’autoriser en 2020 l’échange de semences non inscrites, produites par les agriculteurs. De l’avis d’experts, le développement des circuits courts dans toute l’Europe a sans doute contribué à cette évolution de la réglementation. Selon l’agence de communication qui a conseillé l’enseigne Carrefour, « Le marché interdit » a sans doute aussi joué un rôle dans cette décision.

** Le prix d’un hectare de terre agricole a augmenté de 52 % en vingt ans, en valeur constante, pour atteindre un peu plus de 6 000 euros en moyenne en 2017. Toutefois, ce dernier n’est pas le principal facteur bloquant l’installation de nouveaux venus : le problème est qu’il leur est souvent impossible d’accéder à aux terres qui se libèrent, qui bénéficient d’abord à l’agrandissement des exploitations existantes.