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Lutte contre la pauvreté : un programme qui fait la différence au Nicaragua

Les transferts d’argent conditionnés sont l’un des moyens en vogue pour lutter contre la pauvreté dans les pays du tiers monde. Des chercheurs travaillant au Nicaragua ont montré que ces sommes d’argent versées aux mères de famille ont un effet positif sur la santé et le développement cognitif des enfants sur le long terme.

Lutter contre la pauvreté : un programme qui fait la différence au Nicaragua.. © Fotolia, Robert Lerich
Par Sebastián Escalón
Mis à jour le 30/06/2017
Publié le 23/02/2016

Des idées pour lutter contre la pauvreté, voilà ce qui ne manque pas. Mais comment savoir si elles fonctionnent vraiment ou si elles ne sont que de la poudre aux yeux ?  Aujourd’hui les chercheurs tentent d’aborder de façon scientifique l’efficacité des programmes d’aide aux plus démunis dans les pays du tiers monde.
C’est le cas de Karen Macours, économiste Inra rattachée à l’École d’Economie de Paris qui s’intéresse aux transferts monétaires conditionnés. Cette méthode qui vise à réduire la pauvreté et ses effets les plus néfastes sur les enfants est née au Mexique et au Brésil dans les années 1990. Depuis elle a essaimé dans de nombreux pays d’Amérique Latine et d’Afrique.
Le principe est simple : l’État donne aux mères de famille de populations très appauvries, très souvent rurales, une certaine somme d’argent, en général assez modeste. En échange, la mère s’engage à envoyer ses enfants à l’école et à leur faire passer des visites médicales. De plus, les mères reçoivent de l’information sur l’alimentation et les soins à apporter aux plus jeunes. Enfin, elles sont encouragées à investir cet argent dans l’éducation et la nourriture des enfants.
La question que s’est posé l’équipe de Karen Macours est si ces programmes ont un impact sur le long terme sur le développement physique et cognitif des enfants. En effet, les capacités cognitives sont très corrélées avec la capacité de l’individu à s’en sortir, à s’extraire du cycle de la pauvreté.

Le cas du Nicaragua sous la loupe

Depuis le début des années 2000, l’équipe de Karen Macours suit le destin d’enfants d’une zone rurale assez isolée à l’Ouest du Nicaragua. Ce pays d’Amérique Centrale est le deuxième le plus pauvre du continent américain, juste devant Haïti. Le programme local de transferts monétaires conditionnés a bien fonctionné durant quelques années, puis, en 2007, il a été suspendu après un changement de gouvernement.
Dès l’année 2000, les chercheurs ont mesuré la taille, le poids et la réussite à certains tests cognitifs des enfants âgés de 0 à 6 ans, tant dans les villages ayant bénéficié du programme que dans les villages qui n’en ont pas profité. Ceci, afin de comparer les enfants qui ont été exposés ou pas à ces transferts d’argent conditionnés durant leurs premières années de vie. Cette comparaison a pu se poursuivre entre enfants même dix ans après le début du programme.
Les résultats sont clairs : les enfants ayant bénéficié de ce programme réussissent mieux aux tests que les autres, et présentent un meilleur développement physique grâce à une alimentation plus riche et des soins plus réguliers. Les chercheurs ont aussi montré que l’impact du programme est maximum durant la grossesse et pour les enfants ou âgés entre 0 et 2 ans. En effet, c’est durant la « fenêtre des 1000 jours », qui va de la conception au deuxième anniversaire, que la malnutrition et les maladies entraînent les effets néfastes et persistants sur les personnes.

Un laboratoire grandeur nature

L’un des points forts de cette étude est le long recul vis-à-vis du déroulement du programme : celui-ci s’est terminé il y a bientôt dix ans, et pourtant, ses bénéfices ne se sont pas estompés avec le temps.
Par ailleurs, les chercheurs ont montré que l’impact bénéfique sur la santé et le développement cognitif des enfants n’est pas seulement dû à l’augmentation des revenus des ménages bénéficiaires. L’aspect social du programme, les encouragements à mieux s’occuper des enfants, à les nourrir de façon plus saine et adaptée ont leur part dans le succès à long terme des transferts d’argent conditionnés.
Mais les chercheurs ne veulent pas s’arrêter là : en suivant le destin des jeunes nicaraguayens qui ont bénéficié de ce programme, ils veulent voir si, au-delà des aspects physiques et cognitifs, le programme constitue réellement une chance pour qu’ils puissent échapper du cercle de la pauvreté.

Contact(s)
Contact(s) scientifique(s) :

  • Karen Macours Paris-Jourdan Sciences Economiques (PSE)
Département(s) associé(s) :
Sciences sociales, agriculture et alimentation, espace et environnement
Centre(s) associé(s) :
Versailles-Grignon