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Pourquoi le retour du loup est-il difficile pour l’élevage ?

Environ 300 loups sont répertoriés en France, c’est peu. Mais les crispations entre bergers et éleveurs d’un côté, protecteurs des loups de l’autre, durent depuis environ vingt ans. Aujourd’hui, les termes de ce nouveau défi sont mieux connus, même s’ils ne sont pas toujours partagés.

Collines des Alpilles entretenues par le passage d'un troupeau de moutons, Bouches du Rhône.. © Inra, Marc Vincent
Par Brigitte Cauvin - Marc Vincent
Mis à jour le 13/05/2016
Publié le 15/07/2014

C’est principalement dans les Alpes que des loups vivent en permanence, l’animal repeuplant peu à peu les massifs montagneux. Dans d’autres régions, pas seulement forestières, des loups isolés sont aperçus de temps en temps, et des dégâts sur des animaux domestiques leur sont attribués. Le public découvre le sujet grâce aux médias ou lors d'activités relevant de tourisme. Les acteurs sur le terrain, quant à eux, cherchent à trouver des modalités de protection, d’entente, et d’actions, avec des résultats parfois assez décourageants.

Le problème est-il si particulier ?

En un sens, oui ! Puisque le loup avait systématiquement été exterminé en France, pour préserver les petits élevages, la basse-cour, les ongulés chassés et même l’homme ; ce qui provoque sa disparition totale il y a près de cent ans.

Vers les années 1970-80, pour enrayer la désertification d’une partie du territoire rural français, des actions volontaristes sont entreprises par l’État et les collectivités territoriales pour soutenir les activités économiques. Elles concernent notamment celles qui s’exercent en terrains difficiles, en montagne ou en région méditerranéenne. Elles sont parfois couplées au développement de productions de "haut de gamme", qu’elles soient alimentaires ou non, ou construites en relation avec les accueils de loisir et le maintien de paysages. Il était alors nécessaire d’organiser l’entretien régulier de grands pans de territoire : espaces ouverts pour le tourisme d’été, chemins ruraux, pistes de ski,… Avec pour finalités complémentaires : une présence humaine, la prévention d'avalanches ou la défense contre les incendies de forêts. L’animal qui pâture ou débroussaille était une solution plus « naturelle » que de mettre en œuvre des machines, là où c’est possible… ou d'employer des désherbants ailleurs.

Ainsi les métiers d’éleveurs ou de bergers d’estive ont été encouragés, redéployés, souvent aidés. Des communes ont réfléchi à des manières douces de gérer leurs espaces en accueillant des animaux domestiques, ruminants, sédentaires ou de passage. Le retour des loups à partir du début de la décennie 90 n’était pas prévu au scénario.

Expliquer les nouveaux enjeux

Après des années de travail au plus près du sujet, Michel Meuret et Marc Vincent (laboratoire d’Écodéveloppement Inra-Avignon) mettaient en partage, dans deux livres, leurs expériences et enquêtes de terrain, que ce soit sur le métier de berger ou sur le problème plus spécifique des loups. Ils montraient combien le défi de la cohabitation avec la gestion d’élevages serait compliqué.

Aujourd’hui, c’est la constatation de l’échec à contenir le prédateur, et l’augmentation régulière des coûts, pour protéger des moutons puis indemniser les éleveurs. Le loup a dépassé sur le terrain toutes les prévisions, les précautions, les protections. Ce fait avéré posera question dans des zones de plus en plus étendues : en 2014, il touchait déjà plus d'un quart du territoire français.

Quelques indicateurs

  • De 250 loups comptabilisés sur l'année précédente, la population était plutôt estimée à 300 individus en 2013-2014, selon les données de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage. A l'issue de l'hiver 2014/15 et après une évolution très importante de ses méthodologies de travail, l'ONCFS estimait la population aux alentours de 280 individus, avec une marge d'incertitude importante. Cependant, son constat plus fin des variations du nombre d'individus montrait que la population ne semblait pas stagner, avec un taux de croissance ne fléchissant pas. Les "zones de présence permanente" sont plus nombreuses, notamment en Massif central et sur la partie orientale des Pyrénées.
  • Plus de 500 communes étaient concernées (2014-2015), réparties sur 30 départements situés dans l'est de la France.
  • En zone d'alpage, le temps de travail supplémentaire occasionné pour le berger est mesuré à 7h/jour (étude CERPAM-Institut de l'Elevage-OREAM), en partie compensé par l’arrivée d’un aide-berger. Le soutien au pastoralisme représente 15 millions d’euros en 2014, somme qui subventionne en partie les clôtures, les aides-bergers, les chiens de protection et leur entretien pendant la période d'estive. Les cabanes supplémentaires en montagne dépendent des aides apportées par les collectivités locales.
  • 9 000 animaux domestiques dont près de 95 % de moutons ont été indemnisés en 2015, pour un montant approchant les 3 millions d'euros.

D'alpages...en pages, deux livres aux Éditions Quæ

« Un savoir-faire de bergers »

Un savoir-faire de bergers. © inra, Michel Meuret
© inra, Michel Meuret
Coordination : Michel Meuret, chercheur à l’Inra. En co-édition Quæ-Éducagri, en 2010.

Hommes et animaux gèrent des territoires avec des métiers et un savoir-faire complexes qu'il faut connaître et transmettre au long terme, ce qui ne s’improvise en aucun cas. C'est un ouvrage collectif et pédagogique.

En librairie ou sur le site de Quæ. Également disponible en anglais, dans une version augmentée et adaptée.

« Les alpages à l’épreuve des loups »

couverture alpage epreuve loup. © quae
© quae

Auteur : Marc Vincent, zootechnicien à l’Inra-Avignon, unité d’Écodéveloppement. En co-édition Quæ-Maison des sciences de l'homme, en 2011.

À partir d'enquêtes et d'analyses, ce livre explore, de l'intérieur, les contradictions entre la présence des loups dans les Alpes françaises et l'exercice d’un pastoralisme encouragé au XXe siècle pour entretenir le territoire.

En librairie ou sur le site de Quæ.

Informations de référence
  • L’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) étudie pour la France les populations de loups : il agrège les données recueillies sur le terrain par ses correspondants et rédige des synthèses lorsqu'une thématique évolue. Cartographie, photos, analyses ou bilans sont régulièrement restitués, deux fois par an, dans le bulletin du «réseau loup». Ce travail de fourmi est réalisé par des professionnels assistés de bénévoles spécialement formés : suivis, repérages, collectes de photos ou d'indices permettant des identifications fiables.
  • Le site de l’État consacré au loup donne accès aux contextes du retour du loup ainsi qu'aux publications et actualités. On y trouve notamment le document « Plan d’action national sur le loup 2013–2017 » qui succèdait aux précédents plans quadriennaux.