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Dans son cinquième numéro, Sesame consacre un dossier de huit pages au cannabis thérapeutique. Parallèlement à ce débat, difficile de ne pas faire un pas de côté pour effleurer les questions que soulève sa consommation à des fins récréatives, en l’abordant sous un angle peu commun, celui des marchés interdits et de leurs effets. Parmi les autres sujets, le gaspillage alimentaire, les nouvelles routes de la soie : la sino-mondialisation, la biodiversité...

Revue Sesame numéro 5

Dans son cinquième numéro, Sesame consacre un dossier de huit pages au cannabis thérapeutique. Parallèlement à ce débat, difficile de ne pas faire un pas de côté pour effleurer les questions que soulève sa consommation à des fins récréatives, en l’abordant sous un angle peu commun, celui des marchés interdits et de leurs effets. Parmi les autres sujets, le gaspillage alimentaire, les nouvelles routes de la soie : la sino-mondialisation, la biodiversité...

Publié le 22/05/2019

Au sommaire : 

Terroirs turcs : mettre les fraudeurs au tapis ?

Cannabis : une feuille de soins à parfaire. Entretien filmé avec l’économiste Emmanuelle Auriol.

L’Europe et les lobbies : et si on réglait ça ? 

Sols : il est temps de mettre le couvert 

Abattage : mourir dans la dignité

Hybridation du loup : autopsie d’une controverse

Gaspillage alimentaire : la prévention, un défi de politique publique

Oasis : même les oiseaux sont de retour !   

 

Revue Sesame n° 5 - 64 pages – mai 2019

Revue de la mission Agrobiosciences-Inra

EXTRAITS

Gaspillage alimentaire - La prévention d’un défi de politique publique 

Comment réduire les pertes et gaspillages alimentaires ? Cette question interpelle les décideurs politiques, compte tenu des enjeux environnementaux, économiques et sociaux. Depuis plusieurs années, diverses mesures d’action publique ont été testées en France. À l’échelle européenne différents secteurs d’activités et pays membres élaborent des stratégies pour infléchir le phénomène 

Définition : faire le tri. Depuis près de dix ans, les discussions sur la définition des pertes et gaspillages alimentaires n’ont cessé d’animer les groupes de travail, rassemblant des institutions, des décideurs et des ONG, résolus à se saisir du sujet. Le résultat a évolué dans le temps et selon les groupes. En France, le gaspillage alimentaire a été défini en 2013 comme « toute nourriture destinée à la consommation humaine qui, à une étape de la chaîne alimentaire, est perdue, jetée ou dégradée ». Cette définition a été arrêtée dans le cadre du « Pacte national de lutte contre le gaspillage alimentaire », réunissant, sur la base du volontariat, des acteurs de la chaîne alimentaire, des ONG et des associations qui s’engagent collectivement à contribuer à la réduction du gaspillage. Le terme « gaspillage » est associé à toutes les situations, de la production agricole à la consommation, où des denrées alimentaires se retrouvent écartées de la consommation humaine quelles que soient leu destination ou leur utilisation. La FAO se réfère d’ailleurs à une définition similaire du gaspillage. Parfois, le terme « pertes » est utilisé en référence aux stades de la production agricole, des post-récoltes et de la transformation agroalimentaire, alors que le « gaspillage » renvoie généralement aux stades de la distribution, de la restauration, des métiers de bouche et des ménages. Parfois, comme dans le présent article, les deux termes sont utilisés ensemble, soit « pertes et gaspillages alimentaires ». Une définition différente a été retenue à l’échelle européenne, suite à de longues discussions dans le cadre du projet européen Fusions* autour de l’expression anglaise Food Waste qui se réfère à la fois aux « pertes et gaspillages » et aux « déchets ». Cette définition inclut non seulement les denrées alimentaires, mais aussi leurs parties non consommables qui sont séparées lors de la transformation agroalimentaire ou de la préparation culinaire. L’autre différence consiste à ne pas considérer comme pertes et gaspillages les denrées et leurs parties non consommables utilisées pour l’alimentation animale ou pour des produits biosourcés (par exemple des emballages). En revanche, ces mêmes denrées compostées, méthanisées, laissées au champ et retournées au sol sont considérées comme des pertes et gaspillages.

(...)  Les pouvoirs publics français se sont saisis du sujet depuis plusieurs années, mobilisant divers leviers et instruments politiques (Lascoumes et Le Galès, 2007) : instruments réglementaires et législatifs d’une part et fiscaux d’autre part, ainsi que mobilisation des acteurs, information et communication. La mobilisation des acteurs, l’information et la communication ont joué un rôle particulièrement important. L’Ademe a lancé sa première campagne de sensibilisation à partir de 2009. Le Pacte national de lutte contre le gaspillage alimentaire a été signé en 2013. La mobilisation concerne aussi l’État et ses établissements, avec une démarche obligatoire de réduction du gaspillage dans leurs services de restauration collective selon la loi pour la transition énergétique et la croissance verte de 2015. À l’échelle locale, le Code de l’environnement prévoit que les conseils régionaux inscrivent la prévention du gaspillage alimentaire ainsi que la collecte et la valorisation des biodéchets, dont le gaspillage fait partie, dans leur plan régional de prévention et de gestion des déchets. Enfin, la France a été le premier pays à voter, en 2016, une loi dédiée à la lutte contre le gaspillage. L’obligation pour les distributeurs d’orienter leurs invendus encore consommables vers l’aide alimentaire a été le plus médiatisé des deux volets de la loi. L’autre volet prévoit la sensibilisation et la formation de tous les acteurs. La loi Egalim (n° 2018-938) du 30 octobre 2018 étend aux restaurants et aux industries de transformation l’obligation du don. Rappelons par ailleurs que le don alimentaire est entré dans le champ classique de la défiscalisation des dons dès 2003 et figure depuis dans le Code général des impôts (art. 238 bis). La mise en place de ces mesures est récente et il est difficile à ce jour d’évaluer leur effet. 

(...) L’action publique donne un cadre. Elle favorise par exemple le don d’excédents alimentaires et promeut des pratiques domestiques plus économes, comme la bonne compréhension des dates de péremption et la cuisine des restes. Mais, malgré l’abondance des initiatives publiques et privées, les acteurs de « Du champ à l’assiette » ne semblent pas être amenés à changer profondément et durablement leurs pratiques (Mourad, 2016). Les grands traits du fonctionnement de nos systèmes alimentaires, comme l’hyperchoix, l’accessibilité à toute heure et la promotion de prix bas restent les mêmes. Ils continuent à promouvoir la quantité plus que la qualité, et l’abondance aux dépens de pratiques économes. Alors que la plus grande partie du gaspillage, jusqu’à 50 % selon les études, est à imputer aux ménages, ces derniers n’ont pas fait l’objet de mesures politiques au-delà de campagnes de communication, voire de culpabilisation. S’il y a consensus autour de la nécessité impérative, pour réduire le gaspillage, de changer les pratiques domestiques, comment y arriver ? Faut-il faire appel à la responsabilité des individus ou plutôt initier de profonds changements dans les structures qui les entourent et codéterminent leurs pratiques, y compris les pratiques de gaspillage ?  

* https://www.eu-fusions.org/ 

par Barbara Redlingshöfer, ingénieure à l’Inra, travaille depuis 2009 sur le sujet des pertes et gaspillages alimentaires.