La mission Agrobiosciences de l’Inra vient de publier sa nouvelle revue Sesame qui se veut un espace d’ouverture dans les domaines de l’alimentation, de l’agriculture ou de l’environnement avec une intention d’équilibre de points de vue, l’absence de parti-pris et l’indépendance de sa ligne éditoriale.

Sesame

La mission Agrobiosciences de l’Inra vient de publier sa nouvelle revue Sesame qui se veut un espace d’ouverture dans les domaines de l’alimentation, de l’agriculture ou de l’environnement avec une intention d’équilibre de points de vue, l’absence de parti-pris et l’indépendance de sa ligne éditoriale.

Publié le 18/05/2017

Sesame concourra à sa manière au débat public et proposera l'éclairage d'enjeux sociétaux primordiaux

Les champs alimentaires, agricoles et environnementaux sont aujourd’hui traversés par de multiples questionnements, tiraillés par des points de vue et des systèmes d’intérêt ou de valeurs antagonistes, bousculés par des changements de pratiques ou de représentation plus ou moins explicites. C’est ce paysage fait d’incertitudes et de tensions que Sesame propose d’explorer, en donnant à lire les éclairages de chercheurs de toutes disciplines et de praticiens divers : quels sont les ressorts des conflits et des controverses qui émergent au fil de l’actualité, que révèlent-ils de notre société, quels en sont les impensés ou les points aveugles ? 

Sesame, dans la lignée du Courrier de l’Environnement, est à même d’intéresser un large lectorat, dans les communautés scientifiques, éducatives et associatives, mais aussi parmi les acteurs économiques et politiques.  

Cette publication paraîtra deux fois par an, en mai et en novembre, avec pour principales rubriques : Bruits de fond. L’actualité semestrielle en un panorama de tendances lourdes, de paradoxes, de décryptages. Quel heurt est-il ? L’instruction de conflits en cours, de controverses sociotechniques, de disputes. Croiser le faire. Quand des acteurs sur le terrain se heurtent à des difficultés insoupçonnées qui peuvent révéler de nouveaux modèles ou de nouvelles questions. A mots (dé)couverts. Pour capter et interpréter les signaux faibles et les impensés. De l’eau au moulin

 

 

Au long de ces pages, des sujets abordés et des manières de les traiter, chacun trouvera matière à découvrir, réfléchir, réquestionner, approfondir et même réagir ou proposer de nouvelles pistes, grâce au tout nouveau blog, http://revue-sesame-inra.fr, voué à faire vivre et enrichir la revue papier, y compris à travers photos, sons et vidéos. 

Sesame, numéro 1, 64 pages – mai 2017 Agrobiosciences - Faire controverses

Extrait de la rubrique

Quel heurt est-il ?

Propos d’un dialogue entre Catherine Larrère, philosophe et membre du comité d’éthique de l’Inra, et Florence Burgat, philosophe, directrice de recherche à l’Inra, pour la parution de son livre « L’humanité carnivore ». 

 

« Florence Burgat, pourquoi avoir écrit ce livre et pourquoi ce titre, « L’humanité carnivore », alors que l’on dit de l’homme qu’il est omnivore ?


F. Burgat : Ce livre s’inscrit dans le prolongement de recherches que je mène depuis une vingtaine d’années. J’ai essayé d’écrire un ouvrage de fond qui pose une question qui, à mon avis, n’est pas véritablement posée : pourquoi l’humanité est-elle carnivore ? Nombre de disciplines comme la nutrition, l’histoire et la sociologie de l’alimentation ont répondu à cette question et apportent des éclairages mais, malgré cela, il m’a semblé qu’il restait un noyau qui n’était pas interrogé et qui le mérite pourtant. 

C. Larrère : La consommation de viande, la condition animale sont des sujets sensibles, et 
le livre de Florence est un travail de très grande qualité, accessible à beaucoup. Extrêmement clair et très argumenté, il va dans le sens de mon travail sur la nature. Il est très important que
 é&sur des questions d’actualité, on ne cède pas sur l’importance d’une réflexion de fond.


F. Burgat : Ma question est « Pourquoi l’humanité mange-t-elle des animaux ? », et non « pourquoi mange-t-elle de la viande ? » Je ne parle pas ici d’un régime alimentaire, qui est effectivement omnivore, mais bien du fait que l’humanité a institué l’alimentation carnée. Par ailleurs, l’humanité carnivore est un thème qui apparaît dans la littérature, dans les mythes...


C. Larrère : Je rappellerai la distinction entre carnassier et carnivore. Si l’humanité ne mangeait que de la viande par besoin physiologique, comme le font les loups, les chats, elle serait carnassière. Carnivore signifie que l’on mange de la viande, avec une référence qui dépasse de beaucoup l’apport
 de protéines dans un régime omnivore. D’où la question que se pose Florence : alors que l’humanité est omnivore, pourquoi la consommation de viande a-t-elle un rôle central, et non anecdotique ou passager ? Elle l’aborde philosophiquement, comme une question sur l’humanité dans son unité et son rapport, ou son absence de rapport à sa nature. 

F. Burgat : C’est cela. Car même si l’humanité
 était physiologiquement carnassière, elle 
pourrait souhaiter moralement s’écarter de cette nature, comme elle le fait par exemple pour la reproduction. Mais il n’en est rien. Alors que l’humanité peut désormais choisir son régime et 
où elle peut se passer de viande, puisque que nous disposons des connaissances en nutrition et de savoir-faire, pourquoi choisit-elle de manger des animaux dans des proportions qui vont de façon croissante ? L’institution de l’alimentation carnée se radicalise, se développe et s’universalise. La question de l’humanité carnivore se pose donc encore plus nettement aujourd’hui. C’est là que l’on s’écarte d’une question simplement biologique ou nutritionnelle. »