Le numéro 2 de la revue Sesame vient de paraître. À découvrir, parmi bien d’autres papiers, les grands dossiers : le bien-être animal en tension, le lait sous pression, la vigne en résistance, l’agriculteur et son statu quo, les sols artificialisés à sonder...

Sesame

Le numéro 2 de la revue Sesame vient de paraître. À découvrir, parmi bien d’autres papiers, les grands dossiers : le bien-être animal en tension, le lait sous pression, la vigne en résistance, l’agriculteur et son statu quo, les sols artificialisés à sonder... Sesame, c’est également un blog alimenté tout au long de l’année, proposant d’autres sujets n’attendant que vos commentaires.

Mis à jour le 23/11/2017
Publié le 08/11/2017

Sesame, c'est également un blog tout au long de l'année

Sommaire : - Par ailleurs : Les pâtes italiennes ont du grain à moudre / - Bien-être animal : Un sujet qui avance tant bien que mal / - Vignes : Les vieux cépages reviennent dans le rang / - Artificialisation des sols : Une notion à creuser ! / - Frontières : Entre science et croyance : la leçon du rhino / - Quand les omnivores minorent la souffrance animale / - On a sauvé carignan blanc / - La sol revisite les carrefours disciplinaires / - Par la racine : Le scandale, c’est bon pour la morale ! / - Lieux dits : La Creuse : quand se dessine une nouvelle toile / - Lait : Quel est le juste prix du lait ? / - Agriculteurs : Le statut des libertés ? / - Tout un monde : Migrations de détresse africaines / - « Il n’y a de fatalité pour aucun territoire » / - Pascal Massol, agile pour ne plus être fragile / - Publications scientifiques : Le numérique passé en revue(s) / - Déchiffrage : La dernière Tentation du bio ! / - Développement, l’art d’accepter l’interdépendance / - Damien Lacombe mise sur le bio et la Chine / - PCI : Extension du domaine de l’édition / - Instantanés / - Quelle durabilité pour les oasis du Sahara algérien / - La transition à tout prix / - La vache Montbéliarde emportée par la génomique / - Des vignes sous l’aile des chauves-souris  

 

Sesame, numéro 2, 64 pages, novembre 2017 - Agrobiosciences Faire controverses

Blog Sesame

EXTRAIT

PCI : Extension du domaine de l’édition scientifique 

Onéreux, opaque, lent... Très critiques envers le modèle actuel de publication scientifique, Thomas Guillemaud (Inra Isa), Denis Bourguet (Inra CBGP) et Benoît Facon (Inra PVBMT) proposent un nouveau système, le Peer Community in (PCI), grâce auquel ils comptent bien bousculer le monde de l’édition scientifique... Questions réponses - par écrit - avec ces trois chercheurs.

(…) Le système Peer Community in (PCI) repose sur la publication d’évaluations critiques et de recommandations d’articles non encore publiés, mais déposés - et gratuitement accessibles - sous forme électronique dans des archives ouvertes disponibles sur internet. Ces évaluations et recommandations sont réalisées bénévolement par les chercheurs sans aucun lien avec des éditeurs privés. Les frais de publication disparaissent : PCI offre la possibilité de valider, diffuser et consulter gratuitement les articles qui lui sont soumis. Les délais d’accès à l’information sont nuls : les articles scientifiques évalués sont déposés dans les archives ouvertes dès la fin de leur écriture. Le système devient transparent : les critiques, les décisions éditoriales, les réponses des auteurs et les recommandations sont publiées sur le site de la communauté scientifique concernée1 (telles que Peer Community in Evolutionary biology). 

Quelles sont les limites de ce nouveau système de publication ? 

La principale limite est son originalité et sa jeunesse : PCI reste méconnu et les chercheurs, les agences de financement et les instituts de recherche ont tendance à accorder encore une très grande importance aux journaux scientifiques classiques et aux IF associés. Par ailleurs, sachant que les chercheurs sont actuellement recrutés, évalués et obtiennent des financements sur la base de leur curriculum vitæ, on comprend leur frilosité à utiliser ce nouveau système. Les chercheurs et les comités d’évaluation des projets et des carrières des scientifiques pourraient décider de considérer les articles recommandés par PCI comme des articles « classiques ». C’est ce qui est en train de se produire, par exemple au Comité National de la Recherche Scientifique (CoNRS) dans le domaine de l’évolution et de l’écologie.  

Dans le livre « Malscience : de la fraude dans les labos »2, Nicolas Chevassus-au-Louis affirme que la fraude scientifique est quasi impossible à éradiquer dans un contexte de compétition internationale où la course aux publications s’apparente à la loi de la jungle. Pensez-vous que votre système puisse moraliser les pratiques ? 

La transparence des évaluations des articles conduira sûrement à de meilleures pratiques, car le travail d’évaluation critique des articles est mieux fait lorsqu’il est exposé publiquement. Les problèmes de conflit d’intérêt dans les évaluations critiques seront certainement moins fréquents avec ce système. En effet, les situations de conflit d’intérêts sont interdites dans les PCI, les recommandations sont signées et nous encourageons les relecteurs à signer leurs évaluations critiques. Ce mode de fonctionnement devrait freiner les velléités de « copinage » ou de représailles chez les évaluateurs. Par ailleurs, les PCI n’ont pas vocation à entreprendre l’évaluation de tous les articles qui leur sont soumis. En effet, les évaluations reposent sur un travail volontaire des membres des communautés, qui choisissent les articles qui leur semblent pertinents. Cela aura pour conséquence de limiter les articles « alimentaires » sans intérêt, destinés à « gonfler » les listes de publications. 

Quel avenir pour les PCI ? Que manque-t-il pour que le système se généralise ? 

Après le lancement de PCI Evolutionary Biology en janvier 2017, PCI Ecology, PCI paleotology et PCI Computational Statistics devraient démarrer fin 2017 ou début 2018. Nous souhaitons augmenter rapidement le nombre de nouveaux PCI afin de couvrir un large éventail de thématiques scientifiques. Pour permettre cette impulsion et assurer la gestion de ces PCI, nous espérons obtenir le soutien en moyens financiers et humains des institutions de recherche (universités, grands instituts de recherche et agences de financement), ceci au plan national3 et international. Nos besoins de soutien sont particulièrement peu onéreux et sans comparaison avec les sommes actuellement dépensées par nos institutions pour la publication et l’accès aux publications. 

1 PCI est composé de plusieurs communautés scientifiques thématiques (par exemple en biologie évolutive, statistiques,  écologie...), elles-mêmes composées d’un grand nombre de chercheurs.

2 Seuil, septembre 2016.

3 Nous avons déjà le soutien de l’Inra, de certains Labex et d’une section du Comité National de la Recherche Scientifique (CoNRS).