Cet ouvrage a pour objet de caractériser les différents paramètres, politiques, institutionnels, économiques, sociaux et technologiques de la sécurité alimentaire et de poser un diagnostic de la situation à l’échelle mondiale et par grande filière agricole et agroalimentaire. Il propose également des visions prospectives et des éléments d’action pour aller vers plus de sécurité alimentaire dans les prochaines décennies.

La sécurité alimentaire mondiale

Cet ouvrage a pour objet de caractériser les différents paramètres, politiques, institutionnels, économiques, sociaux et technologiques de la sécurité alimentaire et de poser un diagnostic de la situation à l’échelle mondiale et par grande filière agricole et agroalimentaire. Il propose également des visions prospectives et des éléments d’action pour aller vers plus de sécurité alimentaire dans les prochaines décennies.

Mis à jour le 04/10/2017
Publié le 04/10/2017

Chaque pays, chaque territoire devra trouver sa propre trajectoire

La quête de la sécurité alimentaire a une histoire aussi longue que celle de l’humanité. Les grandes civilisations ont toutes été marquées par le souci des dirigeants à assurer la disponibilité de grains (blé, riz, ou maïs) pour leurs peuples, conscients des risques de troubles violents générés par le défaut de nourriture. Famines et émeutes de la faim n’ont cessé, depuis des millénaires, de jalonner l’histoire du monde. Très longtemps, la sécurité alimentaire a été définie en termes de quantité de nourriture accessible. Au tournant des années 1990, avec la crise de la vache folle en Europe, puis avec les pandémies imputables aux maladies chroniques d’origine alimentaire, est apparue une composante qualitative de la sécurité alimentaire. 

Cette publication collective fait suite aux analyses d’un groupe de travail de l’Académie d’agriculture de France à travers les contributions de 34 auteurs, membres de l’Académie ou spécialistes du sujet auditionnés. 

 

 

Ouvrage coordonné par Jean-Louis Rastoin et Christian Ferault

Parmi les auteurs : Christian Ferault, directeur de recherche honoraire à l'Inra. Il a été chercheur en virologie puis en production intégrée des végétaux - André Gallais a été responsable des programmes de génétique et d'amélioration du maïs à la station de génétique végétale du Moulon - Chantal Le Mouël est directrice de recherche à l'Inra. Elle a été chef de département adjoint du département sciences sociales de l'Inra - Olivier Mora est prospectiviste à la délégation à l'expertise et à la prospective de l'Inra - Jean-Marc Touzard est directeur de recherche à l'Inra où il étudie des processus d'innovation dans l'agriculture et l'agroalimentaire face aux enjeux du changement climatique et de sécurité alimentaire

Sommaire : cinq grandes parties : Besoins, attentes et comportements des consommateurs / Prospectives des filières agroalimentaires / Innovations techniques et organisationnelles / Institutions et gouvernance / Politiques publiques, société civile, science et sécurité alimentaire 

 

La sécurité alimentaire mondiale - Etats des lieux et prospectives

Editions l’Harmattan – 316 pages, septembre 2017 – 34 euros

EXTRAITS

1) La question de la faim et des famines – et donc de l’insécurité alimentaire « classique » – est une question aussi vieille que l’Homo sapiens, car liée aux ressources biologiques naturelles puis artificialisées avec l’apparition de l’agriculture au néolithique il y a plus de 10 000 ans, ces ressources étant elles-mêmes dépendantes de conditions agroclimatiques. Cependant, les spécialistes attribuent beaucoup plus les famines à des causes anthropologiques (principalement politiques et militaires) qu’à des catastrophes naturelles. 

Pendant des siècles, un difficile équilibre entre la population et les ressources alimentaires a été recherché. Souvent rompu, il a conduit à d’épouvantables famines, dont les plus récentes ont concerné certains pays d’Afrique ou d’Asie. Contrairement à une opinion largement répandue, inspirée par le positivisme comtien, le XXe siècle a causé bien plus de ravages par la famine que tous les siècles qui l’ont précédé. Un spécialiste de l’université du Sussex, S. Devereux, estime à plus de 75 millions le nombre de morts de faim entre 1903 et 1998, contre 2 millions au XVIIe, 10 millions au XVIIIe et 25 millions au XIXe (dont plus d’un million de personnes en Irlande entre 1845 et 1850). Cette évolution correspond à une aggravation dans le temps de la mortalité par famine jusqu’au milieu du XXe siècle1, avec un facteur de progression de 37 fois entre le XVIIe et le XXe siècle, alors que la population n’a été multipliée que par 8 dans le même temps. Sur les 32 famines de grande ampleur recensées au siècle dernier, 11 sont imputables à des catastrophes naturelles (sécheresses dans 9 cas, inondation et tremblement de terre dans 1 cas) et 21 à des causes humaines (conflits armés parfois aggravés par des sécheresses et politiques gouvernementales) (Devereux, 2002). On relève en particulier les génocides par la faim perpétrés par Staline en Ukraine (7 à 8 millions de morts entre 1932 et 1934), Mao Tsé-Toung en Chine (30 à 33 millions de morts, lors du « grand bond en avant » de 1958-62) et Pol Pot au Cambodge (1,5 à 2 millions de morts en 1979). 

Au total, la folie des dictatures s’est révélée bien plus meurtrière que les éléments puisque les 3⁄4 des victimes ont été privées de nourriture du fait de déplacements massifs de populations ou de guerres. Nous sommes alors sur le registre de décisions totalement exogènes au système alimentaire qui ne peuvent qu’inspirer l’appel à la raison et à la sagesse, mais qui posent néanmoins le problème de l’acheminement de nourriture en situation de crise et de l’aide alimentaire. 

Dans les années 1950, la sous-alimentation – entendue comme un déficit calorique produisant la sensation de faim – faisait des ravages et concernait environ le tiers de l’humanité, principalement dans les pays du Sud. Josué de Castro, géographe brésilien et figure emblématique des organisations internationales, décrivait une « géopolitique de la faim », liée à la pauvreté, et frappant principalement les zones rurales (de Castro, 1951). En ces temps de bipartition politique et idéologique du monde et de guerre froide, le souhait des pays « non-alignés » était de s’affranchir des importations en provenance des pays du Nord en développant leurs agricultures. Les fondements de cette conception de la sécurité alimentaire sont cependant plus anciens et plus larges, ils remontent à la Conférence internationale de Hot Springs (États-Unis), en 1943, au cours de laquelle l’ambition des gouvernements présents était de « mettre l’humanité à l’abri du besoin alimentaire » qui devait conduire à la création de la FAO en 1945 et à une mention, dans la Déclaration universelle des Droits de l’Homme de 1948 du droit à l’alimentation : « Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille, notamment pour l’alimentation... » (article 25). 

(…) Les crises sanitaires d’origine alimentaire, liées à des problèmes bactériologiques (toxicité) remontent également loin dans le temps : que l’on songe, par exemple au « mal des ardents » ou ergotisme dû à une mycotoxine parasite du seigle qui aurait tué en l’an 994 plus de 40 000 personnes en France, et causé de nombreux morts depuis le Moyen-Age jusqu’au milieu du XXe siècle (Delaigue, 2002). Ces crises de la qualité de nos aliments ont été fortement médiatisées depuis 1995, date de l’encéphalopathie spongiforme bovine (ESB) et ont impulsé à cette date l’émergence de la notion de « sûreté alimentaire en Europe et dans les pays riches », puis abouti à l’élargissement de la définition première de la sécurité alimentaire traitée ci-dessus. La montée des maladies de l’excès alimentaire, et notamment de l’obésité, justifie ainsi une nouvelle approche dite de « sécurité alimentaire et nutritionnelle » aujourd’hui promue par les agences spécialisées des Nations unies : FAO (Agriculture), OMS (Santé) et Unicef (Enfance). Jean-Louis Rastouin

* Les famines entraînent la mort d’environ 0,5 % de la population mondiale au XVIIe siècle, 1,3 % au XVIIIe, 1,6 % au XIXe et 2 % au XXe.

 

2) Chapitre 8

Que nous apprend le scénario « Des usages des terres pour une alimentation de qualité et une nutrition saine » de la prospective « Agrimonde-Terra » ? Marie de Lattre-Gasquet, Olivier Mora, Chantal Le Mouël, Patrice Dumas et Thierry Brunelle

La démarche d’ « Agrimonde-Terra »

« Agrimonde-Terra » est un travail collectif d’anticipation qui a associé des chercheurs de disciplines et compétences complémentaires au sein d’une équipe-projet* (…) Il vise l’appropriation et la discussion du travail réalisé par le plus grand nombre de chercheurs et de décideurs publics et privés, y compris les producteurs, afin qu’ils réalisent et comprennent qu’il y a plusieurs futurs possibles en termes d’usages des terres et de sécurité alimentaire, qu’ils appréhendent et discutent ces futurs et ainsi prennent mieux conscience de leur responsabilité respective à l’échelle nationale ou régionale en interaction avec ce qui se passe à l’échelle mondiale. Les scénarios sont des outils d’apprentissage (Berkhout et al., 2002) qui stimulent la prise de conscience et le débat. 

Enfin, « Agrimonde-Terra » vise l’action et des solutions prenant en compte les interactions des systèmes naturels entre eux et avec les systèmes sociaux-économiques à long terme. Il s’agit tout d’abord de parvenir à une vision et des objectifs partagés par le plus grand nombre d’acteurs. Puis il s’agit d’identifier les modifications requises dans les règles de fonctionnement du système et les changements appropriés des politiques agricoles, alimentaires, énergétiques, climatiques, politiques doivent être pensés de manière cohérente et intégrée, à l’échelle internationale et aux échelles nationales et locales, et protéger les biens communs. Les actions nécessaires, ce sont aussi des stratégies de producteurs et d’entreprises qui tiennent compte des limites des ressources et contribuent au développement durable (y compris dans sa dimension sociale en termes de santé des producteurs agricoles et des consommateurs d’aliments), des changements dans les attitudes et comportements des consommateurs, qui intègrent les liens entre alimentation et santé. Ce sont enfin davantage de dialogue et de transparence dans les processus de prise de décisions. Chaque pays, chaque territoire devra trouver sa propre trajectoire en tenant compte de ses besoins, de ses contraintes et de ses responsabilités à l’échelle mondiale. 

* Membres de l’équipe projet : Marie de Lattre-Gasquet (Cirad, coordinatrice), Chantal Le Mouël (Inra, coordinatrice), Olivier Mora (Inra, organisateur de la construction des scénarios), Catherine Donnars (Inra), Patrice Dumas (Cirad), et Olivier Rechauchère (Inra). Ils ont été appuyés par Marco Barzman (Inra), Thierry Brunelle (Cirad), Agneta Forslund (Inra), Stéphane Manceron (Inra), Elodie Marajo- Petitzon (Inra), Pauline Marty (Inra) et Clémence Moreau (Cirad).