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Dossier sur Influenza, la grippe aviaire: qu'est-ce que c'est, épidémiologie, élevages.... © Inra

Éclairages sur la saison des grippes

Le virus pris en grippe dans les élevages

Perte de productivité, coût des soins pour les animaux, voire abattage de ces derniers… Les éleveurs sont souvent démunis lorsque leur élevage est touché par la grippe. Les conséquences de celle-ci peuvent se répercuter sur plusieurs mois, voire années, entraînant des coûts économiques très importants. Les scientifiques de l’Inra cherchent des solutions pour, non seulement aider les éleveurs, mais aussi contribuer à limiter les dégâts causés par ce virus.

Par Anaïs Bozino
Mis à jour le 13/02/2018
Publié le 07/02/2018

Le virus influenza aviaire pris en grippe dans les élevages. Photo prise par la chaire de biosécurite aviaire ENVT.. © Inra, Chaire de biosécurité aviaire ENVT
© Inra, Chaire de biosécurité aviaire ENVT

Chaque année, la grippe revient, et touche les élevages avicoles de manière plus ou moins violente. Début décembre 2017, l’influenza aviaire a atteint un élevage de canards dans le Lot-et-Garonne. Heureusement, il s’agissait de la souche H5N3 du virus aviaire, faiblement pathogène pour la volaille. « C’est un premier foyer, une première alarme. Ce ne sont pas les mutations du virus en elles-mêmes qui sont à craindre mais plutôt l’émergence de nouveaux mutants issus d’événements de réassortiments. H5N8 par exemple, qui a fait des ravages dans le Sud-Ouest en 2016 est un réassortiment de virus H5N1 avec d’autres virus circulant dans le réservoir aviaire, et fait partie des virus dits « H5NX », tels que H5N6 ou le H5N2 qui commencent à apparaître en Europe… » explique Christophe Chevalier, chargé de recherche à l’unité Virologie et Immunologie Moléculaires à Jouy-en-Josas. Mais pourquoi le virus va-t-il infecter une espèce animale de manière plus violente qu’une autre ? Quelles sont les solutions proposées par l’Inra pour protéger les élevages ?

Une perte d’immunocompétence

Le virus est un parasite absolu

Généralement, le virus « s’entend bien avec son hôte. Il n’a pas intérêt à le tuer puisqu’il a besoin de ses cellules pour se développer ! » explique Christophe Chevalier. En effet, le virus est un parasite absolu qui a besoin de son hôte pour se multiplier et se propager. En fonction de l’hôte, le virus ne va pas avoir les mêmes impacts. Ainsi, les oiseaux aquatiques, réservoirs naturels des virus grippaux de type A, ne sont normalement que faiblement atteints par le virus, et de par leur caractère migrateur, sont un bon vecteur de propagation. « Le canard est généralement moins sensible au virus que le poulet ou autres gallinacés. Lors d’une infection par un virus pathogène, il va donc montrer moins de signes cliniques, qui sont souvent respiratoires chez ces derniers, mais qui peuvent aussi être des œdèmes, des hémorragies, une coagulation intravasculaire disséminée et la mort des animaux… » détaille Sascha Trapp, responsable de l’équipe Pathologie et Immunologie Aviaires à Nouzilly. « La perte d’immunocompétence s’explique par le fait que le génome du poulet a perdu un gène antiviral, certainement à cause de sa domestication, alors que le canard a toujours son arsenal de défense » complète Ronan Le Goffic, chargé de recherche à l’unité VIM.

Booster les réponses immunitaires

L’Inra cherche des solutions pour aider les éleveurs. Depuis début septembre, l’Institut, avec l’Université de Montréal, participe à un projet du Fonds d’innovation en vaccins pour le bétail (FIVB) lancé par le Centre de recherche pour le développement international (CRDI) pour développer un vaccin innovant plus fiable dans la lutte contre l’influenza aviaire dans la zone Asie du Sud-Est. « Nous nous basons sur la technologie des nanorings développée par Jean-François Eléouët de l’équipe Biologie Moléculaire des Pneumovirus de l’unité VIM. Ces anneaux sont un support qui fait office de présentateur. Les épitopes (peptides de protéines) greffés dessus pourraient permettre d’induire une réponse immunitaire efficace contre les différents sous-types de grippes » présente Christophe Chevalier.

Concevoir de nouvelles stratégies

« En Europe, la loi interdit pour l’instant la vaccination dans les élevages car il est impossible de différencier les animaux vaccinés des animaux porteurs du virus (NDLR : pour éviter de masquer la présence d’animaux porteurs du virus et garantir aux importateurs étrangers que les animaux sont indemnes du virus). L’approche vaccinale développée dans ce projet apporte une solution DIVA (Differentiating infected from vaccinated animals), c’est-à-dire que l’on arrive à différencier les animaux infectés naturellement et ceux qui ont été vaccinés » précise Ronan Le Goffic. De plus, une fois que les mécanismes pathologiques mis en œuvre par le virus seront bien compris par les chercheurs, ils pourront potentiellement être extrapolés à l’homme. « Il faut trouver des moyens de booster les réponses immunitaires face à ce virus » explique Sascha Trapp. Son équipe étudie les interactions du virus avec la défense immunitaire innée dans les cellules aviaires, telles que les cellules endothéliales et les cellules épithéliales, qui sont spécifiquement ciblées par des souches de virus faiblement ou hautement pathogènes. Le chercheur explique que « comprendre ces interactions permettra de concevoir de nouvelles stratégies pour stimuler des mécanismes efficaces de la défense cellulaire, par exemple par des approches d’immunostimulation prophylactique ou bien par une sélection génétique pour améliorer la robustesse des animaux d’élevage ».

Contact(s)
Contact(s) scientifique(s) :

Département(s) associé(s) :
Santé animale, Microbiologie et chaîne alimentaire
Centre(s) associé(s) :
Val de Loire, Jouy-en-Josas

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Faiblement ou hautement pathogène ?

Chercheurs en épidémiologie, qui travaillent sur la grippe aviaire. © Inra, Chaire de biosécurité aviaire ENVT
© Inra, Chaire de biosécurité aviaire ENVT
Un virus faiblement pathogène induit généralement peu ou pas de signes cliniques chez la volaille mais peut être très pathogène pour l’homme, comme par exemple le sous-type H7N9 circulant en Asie. Un virus hautement pathogène provoque généralement des infections mortelles chez les poulets, et parfois aussi chez les palmipèdes, mais heureusement, seuls quelques virus hautement pathogènes peuvent causer des infections zoonotiques mortelles chez l’homme, comme par exemple les virus H5N1 asiatiques. L’Inra travaille, entre autres, sur une question essentielle : comment le virus faiblement pathogène peut-il se transformer en un virus hautement pathogène ? « Pour le moment, nous n’avons pas de réponse car nous sommes au début de ces recherches. Mais il est important de comprendre quelle est la différence entre un virus faiblement ou hautement pathogène » explique Sascha Trapp.

Les virus de la grippe possèdent une signature moléculaire dans leur protéine hémagglutinine qui leur dicte leur tropisme. L’hémagglutinine est la protéine virale avec laquelle les virus se lient à leurs cellules cibles. Celle-ci doit subir une modification enzymatique pour acquérir sa pleine fonctionnalité. Si le virus est hautement pathogène, ce qui ne concerne que les sous-types H5 et H7, on dit que l’hémagglutinine possède un site polybasique de clivage, signature d’une virulence importante. Il peut ainsi se disséminer dans la totalité de l’organisme, voire mener à la mort dans des cas extrêmes. À l’inverse, lorsque le virus est faiblement pathogène, le site de clivage est dit monobasique et restreint sa bio-dispersion aux appareils respiratoire et intestinal. « Ce principe est bien établi » explique Sascha Trapp, « mais nous étudions actuellement si et comment la capacité de certaines souches à échapper à la réponse immunitaire innée dans les cellules endothéliales (cible principale des virus hautement pathogènes) pourrait jouer un rôle dans l’évolution de ce pathotype ».

Différence de pathogénicité des virus de la grippe entre le poulet et le canard, en fonction de hautement pathogène ou faiblement pathogène.. © Inra, véronique gavalda
© Inra, véronique gavalda