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Vendanges au Château Couhins, août 2011. Dégustation à l'occasion des portes-ouvertes dans le chai de Pessac-Léognan.. © Inra, GIRARD Alain

De l’évolution génétique des chênes européens à la traçabilité de leur bois

En 2000, l’Inra Bordeaux publie, avec le concours de 13 autres laboratoires, le plus grand inventaire de la diversité génétique des chênes européens. Grâce à ce fichier, véritable relevé d’empreintes ADN, les scientifiques ont reconstitué l’histoire de la colonisation de l’Europe par le chêne après la dernière glaciation. Autre valorisation dans la filière bois-vin de ce travail d’explorateurs, la possibilité de « tracer » à l’aide d’outils moléculaires l’origine et l’espèce des bois de chêne utilisés en tonnellerie. Avis aux fraudeurs…

Mis à jour le 27/06/2016
Publié le 13/04/2016

Aucun autre organisme vivant, pas même l’homme, n’avait  fait l’objet d’un  tel travail. Une équipe de chercheurs européens menés par l’unité Biogecco de l’Inra Bordeaux a recensé début des années 2000 plus de 2 600 forêts de deux espèces de chênes blancs, les plus répandus en Europe. Par un échantillonnage de 50 km, chaque futaie a ainsi obtenu sa carte d’identité génétique déterminée par l’ADN de ses chloroplastes (compartiments cellulaires impliqués dans la photosynthèse des végétaux). Ce fichier a permis d’établir la répartition des populations de chênes et de comparer la cartographie génétique obtenue avec la répartition et la datation de restes fossiles, notamment des pollens. Grâce ces informations, les voies de recolonisation empruntées par les chênes depuis le réchauffement consécutif aux dernières glaciations ont été reconstitués. La chênaie européenne s’est reconstruite à partir de trois refuges situés en Espagne, en Italie et dans les Balkans. Outre leur valeur historique, ces acquis sont précieux pour la prédiction des modifications de végétation face aux changements climatiques.

Des chênes suivis à la trace

Ces résultats ont en outre ouvert la  porte à  de multiples applications. En effet, d’autres recherches dans l’unité bordelaise à partir de ces travaux ont débouché quelques années plus tard sur des outils permettant d’établir la traçabilité des produits issus des chênaies : graines, grumes, meubles, barriques et œuvres d’art. Grâce au test ADN mis au point par Biogecco, il n’est plus possible de faire passer une barrique en bois quelconque pour un précieux fût issu de la forêt de Tronçais ! Avis aux fraudeurs... Gestionnaires forestiers, mérandiers, tonneliers et viticulteurs peuvent faire contrôler l'espèce botanique et la provenance géographique des grumes commercialisées. Ces résultats permettent à la filière bois-vin de lutter efficacement contre les fraudes potentielles tout en valorisant les efforts de traçabilité. Le test déployé en 2014 est réputé infalsifiable. La technologie combine flexibilité, rapidité, précision et maîtrise des coûts. Elle a fait l’objet d’un transfert aux instituts techniques. Les applications de ces recherches bénéficient également aux œnologues pour optimiser la maturation des vins et des alcools, avec un meilleur contrôle du potentiel aromatique des bois utilisés, par l'identification de l'espèce de bois de chêne.