Commune de Peypin d'Argues (Vaucluse, 84). Feu expérimental par l'équipe de l'Ecologie des forets méditerranéennes d'Avignon. Progression de front de flamme latéral, et silhouettes d'agents ONF en arrière plan.. © Inra, SLAGMULDER Christian

Incendies de forêt : des recherches dans le feu de l’action

Pour passer à travers les flammes, les arbres ont leur stratégie

Depuis des millénaires, la forêt méditerranéenne a appris à vivre avec le feu. Des recherches de l’Inra montrent que les espèces ont chacune développé leur stratégie pour résister aux flammes ou renaître de leurs cendres. De quoi guider les choix des forestiers pour reconstituer une forêt après le passage d’incendies et aménager préventivement le territoire.

Par Patricia Léveillé
Mis à jour le 17/08/2016
Publié le 30/07/2013

En 1990, de terribles incendies ont ravagé les peuplements de chêne-liège des Maures. © ETIENNE Michel
En 1990, de terribles incendies ont ravagé les peuplements de chêne-liège des Maures. © ETIENNE Michel

Que reste-il d’une forêt après le passage d’un incendie ? Des troncs carbonisés et des houppiers roussis par des flammes ! Ces marques facilement observables constituent de bons indicateurs de la sévérité des dégâts et des chances de survie des individus touchés par le feu. Certains arbres s’aident de leurs caractéristiques morphologiques individuelles pour survivre au feu. Il en va ainsi du chêne-liège avec son écorce très épaisse - exception parmi les feuillus - pour protéger de la chaleur les tissus vivants du tronc. D’autres privilégient une croissance rapide (hauteur) pour échapper aux flammes ou un élagage naturel des branches basses.

Quoi qu’il en soit, le potentiel de croissance des survivants est affaibli pendant plusieurs années. Infestés par les insectes, soumis aux aléas climatiques, certains finiront quand même par périr. Comment venir en aide aux gestionnaires forestiers dans le diagnostic précoce de la mortalité ou de survie des arbres ? Les chercheurs de l’unité Écologie des forêts méditerranéennes d'Avignon apportent des réponses avec leurs modèles calculant les chances de survie des principales essences des forêts méditerranéennes exposées aux flammes. Ces travaux nous apprennent que les arbres ont su aussi tirer profit de leurs caractéristiques reproductives dans leur longue adaptation aux assauts du feu : à chacun sa stratégie de régénération pour passer à travers les flammes !

Revivre après un incendie : graines ou rejets ?

Le chêne-liège récupère peu à peu son feuillage après incendie. © ETIENNE Michel
Le chêne-liège récupère peu à peu son feuillage après incendie. © ETIENNE Michel
La plupart des espèces de feuillus (chênes) se régénèrent en produisant des rejets alors que la plupart des arbres résineux meurent et se régénèrent par graines.
Les pins maritimes et les pins d’Alep par exemple constituent des banques de graines aériennes dans leurs cônes maintenus fermés par la résine. Les graines restent en dormance plusieurs années attendant les conditions favorables à la germination. Le feu, en faisant fondre la résine, permet l'ouverture des écailles du cône et fait tomber les graines sur un sol débarrassé des autres espèces et chauffé par le feu ; ce qui va accélérer la levée des graines. Les pins seront les premiers à recoloniser un territoire. Ces particularités témoignent de leur adaptation évolutive aux feux fréquents. En outre, l’effet débroussailleur du feu les favorise plusieurs années avant la repousse des feuillus. Ces derniers sont facilement tués à cause de leur écorce plus fine et se reconstitueront moins vite. Pour se régénérer après l’incendie, ils produisent des rejets à partir de leur souche restée vivante dans le sol, et parfois le long du tronc. Plus rarement dans le houppier, quand le dommage est modéré. Quand les dommages sont très importants, la régénération s'opère au pied.

La diversité des réponses des espèces à un régime de feu et leur capacités de régénération font dire que les espaces naturels méditerranéens se reconstituent souvent à l’identique après le passage du feu. Mais attention, trop fréquents aux mêmes endroits, les feux empêchent les pins de parvenir à maturité sexuelle et les souches des feuillus s'épuisent progressivement. Les arbres disparaissent et laissent place durablement à une garrigue ou un maquis.

Contact(s)
Contact(s) scientifique(s) :

  • Éric Rigolot, unité de recherche Écologie des forêts méditerranéennes (URFM). Centre Inra Paca (Avignon).

Premier à mourir, premier à renaître : la stratégie de pionnier du pin d’Alep

Fruit de pin d'Alep. © PICARD Jean-François
Fruit de pin d'Alep. © PICARD Jean-François
Elle est la marque de fabrique du pin d’Alep, tellement bien adapté au feu qu’il en a besoin pour se pérenniser. Ce pin n’offre pas de résistance. D’ailleurs, son écorce et ses aiguilles fines ne lui sont d’aucune aide face aux flammes. Sa stratégie n’est pas de survivre en tant qu’individu mais de faire perdurer son espèce.

À la différence des autres pins dont les cônes s’ouvrent à maturité pour libérer leurs graines, celles du pin d’Alep peuvent rester en dormance plusieurs années. Il n’y a que le passage du feu et sa chaleur pour faire fondre cette résine et ouvrir les cônes. Les graines tombées trouvent un sol complètement débarrassé des autres espèces. Le pin d’Alep s’attaque à la colonisation du territoire : de cendres encore chaudes renaissent les nouvelles générations de pins. 

À condition que la fréquence de feu ne soit pas trop élevée, auquel cas le pin d'Alep n'aura pas le temps de parvenir à maturité et de se reproduire avant un nouveau passage du feu.

Et le gagnant est…

Pins pignon (Var). © LEGRAND C.
Pins pignon (Var). © LEGRAND C.
On sait maintenant, parmi les pins qui peuplent les forêts méditerranéennes, lesquels sont les mieux armés pour survivre. Ce classement a été établi dans le cadre du projet Fire Paradox impliquant largement les chercheurs avignonnais.

Le pin des Canaries, le pin maritime et le pin parasol (ou pin pignon) se partagent le podium des survivants. Par exemple, le pin pignon peut survivre avec plus de 80 % de son feuillage roussi ! Suivent le pin d’Alep et le pin radiata, espèces sensibles mais qui tolèrent bien des feux de faible intensité et qui ont une capacité à se régénérer très forte.

Ce classement permet d’orienter les choix des forestiers quand ils doivent sélectionner des arbres à conserver après le passage du feu ou dans le cas d’aménagement préventif de coupure de combustible en optant pour les essences qui ont le plus de chances de survie.
> En savoir plus

À lire

Le pin d'Alep en France

Bernard Prévosto (coordination éditoriale 2013) . © Quae
© Quae

Prédominant dans le bassin méditerranéen, le pin d’Alep est aussi l’essence résineuse phare de la région méditerranéenne française.

Ce guide propose, sous la forme de 17 fiches, une synthèse des connaissances actuellement disponibles sur l’écologie, la gestion, le comportement face au feu, ainsi que sur l’utilisation et la mobilisation de cette essence.

Les fiches ont été rédigées par des spécialistes scientifiques ou techniques des différents domaines abordés. Elles fournissent une information précise, illustrée et facilement accessible, à destination des praticiens et des gestionnaires forestiers. L’ouvrage intéressera aussi un public désireux d’approfondir ses connaissances sur cette espèce emblématique de la forêt méditerranéenne.

Éditions Quae, collection Guide pratique, 160 pages, 2013, prix : 30 euros. En librairie et sur le site de Quae