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Ambroisie, polluant biologique en pleine expansion. Dossier. Berges de la Loire (Decize, Nièvre). © Inra, UMR Agroécologie, Dijon

Ambroisie, polluant biologique en pleine expansion

Une espèce très réactive

L’unité Agroécologie étudie les mécanismes déterminant le succès invasif de l’ambroisie à feuilles d’armoise en France. C’est une étape clé dans la gestion durable de cette espèce aux capacités d’adaptation étonnantes.

Mis à jour le 24/07/2014
Publié le 24/07/2014

L’ambroisie à feuilles d’armoise s’adapte très bien à tous les milieux. Depuis une dizaine d’années, l’unité Inra « Agroécologie » cherche à comprendre les raisons d’un tel succès. Les chercheurs ont retracé l’historique de l’invasion de la plante, ils lui ont fait subir toutes sortes de pressions : stress hydrique, compétition avec d’autres plantes, fauches, herbicides... Ils décryptent ainsi les processus écologiques et évolutifs aidant l’ambroisie à coloniser des endroits aussi différents qu’un champ de tournesol, les bords de la Drôme (photo) ou les trottoirs de Nevers. « L’ambroisie par son système racinaire est capable de supporter des stress hydriques très intenses, ce qui lui permet d’être plus compétitive que les plantes du milieu qu’elle a envahi. Elle peut aussi changer son système de reproduction pour ne plus produire des fleurs mâles et donc du pollen mais uniquement des fleurs femelles qui donneront des semences indispensables à sa survie », explique Bruno Chauvel, chercheur à l’unité Agroécologie. « C’est une plante avec une grande plasticité phénotypique. »

Ambroisie. Berges de la Drôme (Livron sur Drôme).. © Inra, UMR Agroécologie, Dijon
Ambroisie. Berges de la Drôme (Livron sur Drôme). © Inra, UMR Agroécologie, Dijon

Une adaptation très rapide

Cette très forte capacité d’adaptation pose le problème de sa gestion à la fois dans les cultures et dans les autres zones où s’installe la plante. D’autant plus qu’il suffit de quelques années à l’ambroisie pour envahir la totalité d’un nouvel espace. Cet aspect a amené les chercheurs de l’unité dijonnaise à se concentrer sur la structuration génétique des populations d’ambroisie à différentes échelles spatiales grâce au développement de marqueurs ADN. La question est de savoir si dans un paysage donné, un bord de rivière, une vallée…, on a affaire à une immense population dominante ou à plusieurs petites  populations différentes plus ou moins séparées. Ils étudient également la détection précoce de gènes de résistance aux herbicides chez des populations d’ambroisies des parcelles cultivées. De façon surprenante, les chercheurs se sont rendu compte que l’ambroisie ne possédait de caractéristiques morphologiques (poils cuticules) ou physiologiques qui la rendaient difficile à désherber. Toutefois, l’impact des herbicides sur l’environnement empêchent les agriculteurs de recourir au tout chimique. Mais, bien utilisée, cette pratique reste encore la plus efficace.

Il y a peu de pistes en lutte biologique car l’ambroisie n’a pas d’ennemis naturels en France. Elle est soumise à très peu de prédation, du moins pas à un niveau qui permette de réguler les populations. D’autres facteurs favorisent son développement et son expansion. « Les rares jours de gel comme ce fut le cas en 2013 en Côte d’Or ne suffisent pas à la contrôler. Connaître la quantité de froid nécessaire pour stopper ou limiter la production de semences de cette plante, ce sont des expérimentations que nous devrons mener », estime le scientifique. Aucune piste n’est à négliger. 

Depuis deux années, la présence d’autres espèces d’ambroisie sur le territoire français attire l’attention. L’Observatoire des ambroisies, que pilote Bruno Chauvel, s’intéresse ainsi à Ambrosia trifida, une ambroisie géante à la biologie très proche de l’ambroisie à feuilles d’armoise et Ambrosia psilostachya (une ambroisie pérenne). Le potentiel envahissant de ces deux « nouvelles » venues font l’objet de recherche en collaboration avec le Laboratoire de santé des végétaux de l’Anses à Montpellier. Pour Bruno Chauvel, « développer la prévention signifie éviter les mauvaises pratiques. L’ambroisie est une plante annuelle qui se déplace avec les semences. Là où elle est aujourd’hui installée depuis des décennies, on ne peut plus raisonnablement l’éradiquer, seulement la maîtriser. Mais surtout, on peut l’empêcher de coloniser de nouveaux territoires. »

L’Observatoire des ambroisies

Afin de renforcer la coordination des moyens de lutte contre cette plante annuelle allergisante, les ministères chargés de la Santé, de l’Agriculture, de l’Écologie et l’Inra ont mis en place un Observatoire de l'ambroisie en juin 2011 dans le cadre du Plan national santé environnement 2 (PNSE 2). Piloté par Bruno Chauvel de l’unité Agroécologie à l’Inra Dijon, l’Observatoire vise à devenir un centre de référence sur l’ambroisie, plus spécifiquement en matière :

• de connaissance sur l'ambroisie à feuilles d’armoise, en particulier ses effets sur la santé et les milieux,

• d’actions de prévention, de lutte durable, de formation et d'information sur l'ensemble du territoire national (et dans d'autres pays) dans le respect de l’environnement,

• de données scientifiques, travaux et projets de recherche ainsi que leurs applications.

Les activités de l’Observatoire s’adressent au grand public, notamment les associations de protection des usagers, aux différents ministères concernés, aux collectivités territoriales, aux organismes publics de recherche, aux professionnels de la santé et du milieu agricole ainsi qu’aux gestionnaires des différents milieux où l’espèce peut être présente.

Les travaux réalisés par l’Observatoire des ambroisies sont financés par la Direction générale de la santé du ministère des Affaires Sociales et de la Santé (100 000 euros/an) et l’Institut national de la recherche agronomique (25 000 euros).

> Site d’information : http://www.ambroisie.info