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Diagnostic en sol majeur

Dominique Arrouays, est ingénieur de recherche au sein de l’unité de service Infosol (Inra Orléans) qu’il a dirigée dès sa création en 2000 et jusqu’en 2011 pour constituer un système unique d’information sur les sol et l’évolution de leur qualité.

Examen des sols ayant été immergés lors des inondations de la tempête xynthia. La salinité a empêché la bonne croissance des semis de printemps et le développement des plantes. © NICOLAS Bertrand
Mis à jour le 11/12/2013
Publié le 22/04/2012

Fort de son expertise, Dominique Arrouays, Laurier "Ingénieur de recherche" 2010, s’est vu confier la coordination scientifique d’un consortium international, le Global Soil Map qui a pour objectif de produire une nouvelle base de données mondiale harmonisée des propriétés des sols à une résolution de 100mX100m.

Pourquoi la qualité ou la santé des sols sont-elles si importantes ?

Les sols sont au cœur de grands enjeux planétaires liés aux cycles du carbone, de l’eau et de l’azote, à la sécurité alimentaire et à la biodiversité. Ils filtrent nos eaux et recyclent nos déchets. Ils abritent une immense biodiversité encore largement inconnue. Les sols assurent ainsi de très nombreux services écosystémiques. Ils constituent une ressource naturelle dont la formation peut être très longue, mais dont la destruction peut être rapide et quasi irréversible.
Diverses prospectives planétaires à l’horizon 2050, telles que celles menées par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO)1, montrent que la disponibilité en sols aptes à soutenir durablement les productions d’aliments, d’énergie ou de fibres (bois, textile, papier…) est une question majeure pour satisfaire les besoins futurs de l’humanité. Pour les protéger et les exploiter au mieux, il est donc indispensable de disposer d’une connaissance objective et scientifique des sols et de l’évolution de leur qualité.

Quelles sont vos principales inquiétudes concernant l’évolution de la qualité des sols ?

La première est la destruction des sols et par conséquent la disparition des services qu’ils rendent. Cette destruction se fait principalement au travers de deux menaces majeures. D’une part, l’artificialisation, c’est-à-dire la disparition par le développement d’infrastructures humaines et d'autre part l’exploitation du sous-sol. En France, comme dans le monde, l’artificialisation s’accélère depuis quelques décennies. Actuellement, l’équivalent d’un département moyen (6 100 km2) disparaît tous les sept ans en France.
L’autre préoccupation majeure concerne l’érosion, qui provoque une perte en sol souvent supérieure au volume susceptible de se former naturellement. L’évolution de l’érosion est moins bien connue, mais il est probable qu’elle puisse s’accélérer sous l’effet d’une augmentation des évènements climatiques extrêmes.
D’autres menaces pour les sols concernent la contamination, diffuse ou ponctuelle, par des substances indésirables : plomb, cadmium, cuivre, polluants organiques persistants 2… Enfin, de nombreuses incertitudes subsistent, comme par exemple sur le devenir du carbone de la matière organique et les flux de gaz à effet de serre, ou sur l’évolution de la biodiversité dans les sols.

Comment vos recherches contribuent-elles à l’amélioration de l’état des sols ?

Ces recherches permettent en premier lieu d’établir un bilan quantifié et spatialisé de l’état de nos sols. Ce diagnostic est indispensable afin de savoir où et comment agir afin de les protéger au mieux. C’est un outil d’aide à la décision qui permet de fixer les priorités aux échelles nationales, régionale ou départementale. Les propriétés des sols sont très variables dans l’espace, il est indispensable de pouvoir les connaître afin de mettre en place une gestion territorialisée adaptée à leurs propriétés et à leur sensibilité à la dégradation.
 

(1) Bruinsma J., 2010, The resource outlook to2050. By how much do land, water use and crop yields need to increase by 2050?, FAO

(2) Les polluants organiques persistants (POP) sont des molécules définies par quatre propriétés :
- leur toxicité : leurs effets avérés sur la santé humaine ou l’environnement,
- leur persistance dans l’environnement : leur résistance à la dégradation,
- leur capacité de bioaccumulation : leur concentration progressive dans les tissus vivants et,
- leur capacité de transport sur de longues distances : déplacements en des lieux plus ou moins lointains de leurs sources d’émission.

En savoir plus

L’unité Infosol travaille avec un réseau de correspondants spécialistes de sciences du sol dans toutes les régions de France. Elle gère le Conservatoire National d'Echantillons de Sols et l'ensemble des bases de données nationales concernant les sols de France. Elle relève du département de recherche Environnement et Agronomie de l'Inra. Infosol exerce son activité dans le cadre du Groupement d'Intérêt Scientifique Sol (GIS Sol) dont elle a en charge l'exécution des programmes. L'unité Infosol travaille également en relation avec le Bureau Européen des Sols de la Commission Européenne et l'Agence Européenne de l'Environnement qui mènent des programmes européens de même nature.