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Évaluation économique du préjudice écologique causé par le naufrage de l'Erika

Après la marée noire causée par le naufrage de l’Erika en 1999, une évaluation menée par l’Inra de Rennes montrait en 2002 l’existence d’une catégorie de dommages souvent oubliés, les pertes d’agrément des résidents. Ces travaux ont aidé à prendre conscience de l’importance des biens non-marchands pour qu’il en soit tenu compte dans les décisions publiques.

Carte des préjudices marée noire Erika. © © Sémhur / Wikimedia Commons
Mis à jour le 04/05/2016
Publié le 04/05/2016

Le naufrage de l’Erika, pétrolier de 30 000 t, a eu lieu le 12 décembre 1999. Deux semaines plus tard la pollution souillait 400 km de côtes du sud du Finistère à la Charente Maritime. Les dommages ont touché un littoral très peuplé et proche d’une importante agglomération, Nantes, qui par ailleurs compte des sites importants pour la pêche à pied. Pour la population locale, les pertes d’agrément ont constitué une part beaucoup plus importante dans les dommages totaux que dans le cas d’autres marées noires. Pourtant, dans le bilan des conséquences de la catastrophe, ce préjudice est passé complètement inaperçu parce qu’il s’agissait d’une activité non-marchande. Des chercheurs en économie et sociologie rurales de l’Inra Rennes ont évalué son coût en se basant sur les atteintes subies par les habitants dans leurs loisirs, principalement la pêche à pied, activité très pratiquée sur ce littoral.

Chiffrer les pertes « orphelines »

Au cours du semestre qui a suivi le naufrage, la majorité des pêcheurs à pied a abandonné cette activité. Ramasser des coquillages au bord de la mer n’est pas une activité marginale comme on pourrait le penser au premier abord. Dans une étude précédente sur tout le littoral breton, les chercheurs avaient calculé que les adeptes de la pêche à pied la pratiquaient en moyenne 15 fois par an et parcouraient 22 km pour se rendre sur le site de pêche. D’après l’enquête menée après le naufrage de l’Erika, un tiers de la population se consacrait à cette activité. Ce qui revenait à deux millions de journées de pêche perdues dans les six mois suivant le naufrage. Dans trois cas sur quatre, d’autres activités de plein air, la promenade en particulier, ont remplacé la pêche à pied. Basé sur les coûts de déplacement de l’activité, les chercheurs ont évalué le préjudice subi à 105 millions d’euros. Ce chiffre s’approchait des dépenses de nettoyage des plages et de restauration dans le cadre du plan POLMAR terre1 (124 millions € en 2000). Ce résultat a confirmé l’importance des pertes d’agrément, comme l’avait montré l’estimation effectuée après la marée noire due au naufrage de l’Amoco Cadiz en 1978. L’équipe de Rennes avait en effet entrepris des recherches sur les conséquences économiques d’une catastrophe de cette nature et la typologie des dommages qu’ils avaient établie s’est appliquée au cas de l’Erika.

Coûts sociaux et écologiques

L’évaluation menée à la suite du naufrage de l’Erika a participé à faire prendre conscience que les pertes d’agrément constituent une composante importante des coûts sociaux des marées noires. Dans son rapport de 2006 commandité par l'AOLS*, l'Inra a évalué le préjudice écologique dû au naufrage de l’Erika à 371,5 millions d'euros en précisant qu'il s'agit d'une « estimation basse ». Ce rapport s'appuyait sur des travaux de l'unité d'Economie et sociologie rurales et sur une revue de la littérature. Il a pris en compte les pertes d’agréments et les pertes écologiques basées sur une méthode d'évaluation fondée sur la chaine trophique. L’élargissement du calcul économique aux biens non-marchands a fait sortir de l’oubli cette catégorie de dommages pour que le préjudice écologique commence à être pris en compte dans les décisions publiques.

* Association interrégionale Ouest Littoral Solidaire
(1) Plan gouvernemental d’intervention en cas de POLlution MARine. Il comprend deux composantes, mer et terre.

Goéland argenté, Douarnenez (Finistère, Bretagne).. © Inra, MADZAK Catherine

Pour aller plus loin

Catastrophe écologique et dommages économiques. Problèmes d'évaluation à partir de l'Amoco-Cadiz
Auteurs : Pierre Rainelli, François Bonnieux
Inra/Economica Edition 1991

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Évaluation des dommages  des marées noires : une illustration à partir du cas de l’Erika et des pertes d’agrément des résidents
Auteurs : Pierre Rainelli, François Bonnieux
Économie et statistique n° 357-358, 2002

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© Inra, V. Gavalda

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