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L'Inra de Thonon veille aux lacs

Bernard Montuelle est le directeur du Carrtel (Centre alpin de recherche sur les réseaux trophiques des écosystèmes limniques). Cette unité mixte de recherche entre l'Inra et l'université de Savoie étudie le fonctionnement des écosystèmes aquatiques alpins, lacustres en particulier.

Le lac Léman vu par satellite. © INTELSAT
Par Patricia Léveillé
Mis à jour le 10/06/2013
Publié le 22/02/2012

400 tonnes de corégones (poissons d'eau douce) sont pêchés annuellement dans le lac Léman. Quelle aide apportent vos recherches sur l’écologie aquatique des lacs périalpins à la gestion des ressources piscicoles ? 

Nos indications servent à évaluer les zones de reproduction ou à orienter éventuellement des opérations de "ré-empoissonnement" (ou ré-alevinage) des lacs pour aider certaines espèces à se maintenir jusqu’à ce que l’état écologique du milieu leur soit redevenu propice. En effet, certaines espèces s’adaptent moins bien que d’autres aux évolutions des conditions environnementales. La diminution des teneurs en phosphore dans le Léman et le Bourget depuis 30 ans, par exemple, a favorisé cette espèce emblématique des lacs profonds, le corégone. A l’inverse, elle tend à défavoriser la perche, celle-ci s’adaptant moins bien à des teneurs plus réduites en phosphore.
Mais les lacs sont des systèmes multi-usages : la baisse des teneurs en phosphore est bénéfique pour la biodiversité, la potabilité des eaux et le tourisme. Nos suivis ont montré qu’il était possible de restaurer la qualité écologique des grands lacs alpins avec des actions volontaristes de réduction des effluents domestiques et d’amélioration des stations d’épuration.
 
Votre laboratoire développe depuis 2008 une nouvelle approche, la paléolimnologie, qui ausculte le passé des lacs. À quoi servent ces recherches ?

La paléolimnologie s’intéresse aux relations entre l’évolution des facteurs environnementaux et la biodiversité passée des systèmes lacustres. Les couches de sédiments formés dans les lacs au fil des siècles forment ce que l’on appelle les archives sédimentaires. Elles renferment des restes fossiles d’algues, d’invertébrés… piégés il y a 150, 200 ans et dont on peut reconstituer l’abondance et la diversité biologique. L’analyse moléculaire nous fournit une image plus fine et plus complète de la diversité passée car elle nous donne accès aux informations contenues dans l’ADN fossile des sédiments.
En mettant en regard ces informations avec des données climatiques ou environnementales comme la température, les teneurs en phosphore, en azote… nous reconstruisons a postériori des courbes d’évolution. Ce qui permet de mieux comprendre l’évolution des communautés lacustres en réponse aux perturbations dues aux activités humaines ou aux évolutions passées du climat. L'objectif est de se projeter vers le futur en élaborant des scénarios d’évolution de la biodiversité.

Quelles sont vos collaborations scientifiques au niveau régional, national et international ?

La plupart des lacs en Europe ont fait l’objet de suivis depuis longtemps. La station est bien impliquée dans les réseaux de recherche régionaux via de nombreuses coopérations scientifiques transfrontalières depuis sa création dans les années 1960. En 1999, l’Inra de Thonon et l’université de Savoie se sont associés pour former le Carrtel. Nous renforçons cette année une coopération avec l’université d’Irkoutz (Russie) autour du lac Baïkal grâce à la création d’une chaire de l’eau soutenue par l’Unesco.
Nous pilotons la Fédération Lacs-Montagne-Environnement (Inra/CNRS/université de Savoie). C’est dans ce cadre que nous avons développé à partir de 2008 nos travaux en paléolimnologie pour un projet de recherche commun, Iper-Retro, sur les perturbations des réseaux trophiques des lacs.
Nous avons intégré récemment un réseau mondial, le Gleon (Global Lake Ecosystem Observatory Networks) qui rassemble une cinquantaine de lacs observatoires pour des suivis sur le long terme. Peu d’équipes au monde disposent comme nous, avec la gestion de l’observatoire des lacs alpins (SOERE), d’un jeu de données aussi diversifié et ancien sur les grands systèmes lacustres.

(1) Systèmes d'observation et d'expérimentation à long terme pour la recherche en environnement
(2) Ce projet compte parmi les infrastructures nationales de recherche qui ont été sélectionnées pour la seconde vague des Investissements d’avenir début 2012.

Aux Éditions Quae

Plongez dans la lecture !

Le Bourget, le Léman et le lac d’Annecy, trois lacs alpins que le laboratoire Carrtel a observés, auscultés, disséqués, pour comprendre le fonctionnement de milieux lacustres complexes et enrichir une connaissance utile au suivi de la qualité de leurs eaux. Du savoir élaboré sur des décennies, ses chercheurs en ont extrait l’essentiel, le rendant accessible sous forme de trois monographies.
 
Dans chaque livre, le lecteur découvrira les bases scientifiques communes à la vie de ces milieux, leurs caractéristiques physiques, chimiques et biologiques, les conditions locales naturelles ou modifiées par l’homme, les conditions de l’évolution de la qualité des eaux. Hydrobiologistes, acteurs d’aménagements, enseignants,  plongeurs… exploreront ces entités aquatiques en apparence semblables mais si singulières à bien des égards.

  • Le lac du Bourget - Ses eaux et sa biologie (2012)
  • Le lac d’Annecy et son plancton (2009)
  • Le Léman et sa vie microscopique (2007)

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