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Les auteurs retracent la fabuleuse odyssée des champignons ainsi que les découvertes scientifiques les plus récentes. Cet ouvrage séduira le simple cueilleur de champignons comme le mycologue averti.

L’odyssée des champignons

Les auteurs retracent la fabuleuse odyssée des champignons ainsi que les découvertes scientifiques les plus récentes. Cet ouvrage séduira le simple cueilleur de champignons comme le mycologue averti.

Publié le 08/10/2019
Mots-clés : CHAMPIGNON

Bolet de Satan, calice de la mort, des noms qui reflètent la peur que les champignons inspirent aux hommes. Amanite des césars ou hygrophore des poètes sont en revanche plus engageants ! Mais les champignons restent de grands inconnus. 

Autrefois considérés comme des plantes, ils forment en fait un règne à part. Nés dans les océans il y a peut-être 2,4 milliards d’années, ils peuvent être parasites, partenaires symbiotiques ou recycleurs. Sans eux, les débris végétaux s’accumuleraient sur Terre, le gaz carbonique disparaîtrait de l’atmosphère et la vie s’arrêterait purement et simplement. 

Ainsi au XIXe siècle, un parasite meurtrier, le mildiou de la pomme de terre a fait un million de morts en Irlande et provoqué l’exode de deux millions d’Irlandais ! Sans parler du mildiou de la vigne qui a fait des ravages dans les vignobles européens. Surtout, les champignons se révèlent être des symbiotes indispensables à près de 90 % des végétaux terrestres. Ils ont facilité la colonisation des terres émergées il y a plus de 500 millions d’années et ont permis la constitution des sols et l’installation des premières plantes. 

Indispensables à l’homme pour le pain, la bière ou la pénicilline par exemple, ils sont aujourd’hui étudiés de près par les chercheurs en santé humaine ou dans l’élaboration de carburants de seconde génération. 

 

Les auteurs 

François Le Tacon, ingénieur agronome et docteur ès-sciences, est directeur de recherches émérite à l’Institut national de la recherche agronomique (Inra). Ses travaux se sont d’abord centrés sur l’écologie forestière et la nutrition des arbres forestiers. Depuis 40 ans, il mène des recherches sur les ectomycorhizes des arbres forestiers. Il est l’auteur de près de 400 publications.

Jean-Paul Maurice est docteur en pharmacie, membre de la Société mycologique de France. Il est reconnu comme l’un des meilleurs mycologues français et a participé à de multiples congrès internationaux dans toute l’Europe. Il a dirigé ou codirigé de nombreuses thèses de pharmacie en mycologie à l’Université de Lorraine. 

 

L’odyssée des champignons

Editions Quae – 144 pages, octobre 2019 – 22 euros

EXTRAITS

Les champignons sont donc à l’origine de la colonisation des terres émergées par la vie, et depuis, la préservent en assurant un rôle essentiel dans l’équilibre de tous les écosystèmes terrestres. Le carbone de la biomasse fixée chaque année par la photosynthèse sur les continents doit être recyclé presque complètement. Il n’existe en effet que quelques années de réserve en gaz carbonique atmosphérique. Les champignons sont de très loin les meilleurs recycleurs car ils sont les seuls à pouvoir dégrader les biomolécules parmi les plus répandues sur terre, à savoir les lignines et – à degré moindre – la cellulose ou les hémicelluloses. 

Bien avant les hommes, des fourmis, des termites, des coléoptères ou des gastéropodes ont réussi à cultiver des champignons. Avant cette étape, dès la Préhistoire, et sans doute au prix de maints essais infructueux, les hommes ont cueilli des champignons pour leur consommation. Des usages non alimentaires datent aussi de ces périodes lointaines, comme en témoigne l’amadou que transportait Ötzi, l’homme des glaces, il y a environ cinq mille ans. Ce sont les Chinois qui, les premiers, ont réussi il y a un millénaire à cultiver un champignon comestible, le shiitake. L’autre grande réussite – suivie de beaucoup d’autres – a été celle du champignon de Paris, dont la culture a débuté au xviie siècle. à l’exception de la truffe noire du Périgord, qui est devenue un des fleurons de la gastronomie, seuls les champignons saprotrophes sont cultivables. De nombreux remarquables comestibles vivant en symbiose avec les arbres, comme les bolets ou les chanterelles, ne peuvent être domestiqués. Leur consommation reste tributaire des récoltes en forêt. 

Depuis la Préhistoire, on fait appel à des champignons invisibles ou peu visibles à l’œil nu (levures et moisissures) pour transformer la matière première en aliments élaborés (pain, fromage, vin, bière, saké) incontournables dans notre alimentation. D’autres fournissent des molécules comme les antibiotiques, qui ont bouleversé la médecine... et de nombreuses molécules fongiques intéressantes pour la santé restent à découvrir ! Quant à l’utilisation des levures dans la fabrication des biocarburants de première génération, elle est déjà effective. Celles-ci continueront à jouer un rôle important dans la production des carburants de seconde génération, dont le développement futur a cependant été surestimé. 

Il existe dans le monde fongique une autre facette qui peut être source de catastrophes. Beaucoup de champignons sont en effet pathogènes, et s’ils jouent un rôle important dans les écosystèmes naturels, en éliminant les individus les moins adaptés à leur environnement ou en fin de vie, l’équilibre qui s’établit entre les différentes communautés peut être rompu. Les plantes cultivées ne sont plus en équilibre avec le milieu et sont sujettes à de nombreuses maladies dont la majorité est d’origine fongique. Les dégâts provoqués par les champignons dans les cultures sont un des problèmes majeurs de l’agriculture. Les ravageurs évoluent sans cesse, contournent les résistances de leur hôte et surtout passent d’un continent à l’autre avec la multiplication des échanges. Des catastrophes comme celle ayant résulté de l’arrivée du mildiou de la pomme de terre en Irlande en provenance d’Amérique peuvent toujours se produire. 

S’il existe une armada de champignons pathogènes des plantes, il y en a beaucoup moins qui sont dangereux pour les animaux ou les hommes. Cependant, l’apparition récente de plusieurs épidémies touchant la faune sauvage et causées par l’émergence de champignons auparavant inconnus laisse à penser que la situation est en train de se modifier, en raison d’échanges inter-continentaux de plus en plus nombreux et peut-être du fait des changements climatiques. 

Un certain nombre de menaces pèsent sur la diversité des champignons eux-mêmes en raison des activités humaines qui détruisent, réduisent ou modifient leurs habitats et peuvent entraîner des transferts indésirables d’espèces. Les changements climatiques vont très probablement induire des déficits hydriques estivaux de plus en plus marqués qui pourraient s’étendre à l’automne et réduire les fructifications pendant cette période. Il faut cependant être très prudent dans les prévisions. Rappelons que la terrible sécheresse du printemps et de l’été 1976 en Europe a été suivie de fortes précipitations et d’une fructification hors norme de champignons à l’automne de la même année.