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Ce livre fait un état des lieux des connaissances et démontre que face à l’urgence de changer radicalement de pratiques, des mesures concrètes issues de la concertation entre scientifiques, apiculteurs et agriculteurs, permettent d’enrichir la flore et de réduire les risques d’intoxication des abeilles.

Les abeilles, des ouvrières agricoles à protéger

Ce livre fait un état des lieux des connaissances et démontre que face à l’urgence de changer radicalement de pratiques, des mesures concrètes issues de la concertation entre scientifiques, apiculteurs et agriculteurs, permettent d’enrichir la flore et de réduire les risques d’intoxication des abeilles.

Publié le 24/05/2018

Pourquoi étudier les relations entre les abeilles et l’agriculture ? Car si elles sont complexes, elles sont aussi porteuses d’espoir. Au départ, cela revient à naviguer entre des principes opposés : d’un côté le « gagnant-gagnant », les plantes cultivées apportant des ressources aux abeilles, qui en retour participent à la production de fruits et de graines par la pollinisation ; de l’autre le conflit entre une intensification des pratiques agricoles et la protection des abeilles. 

Il n’est donc pas étonnant que le sujet soit source de vives controverses entre scientifiques et de tensions entre les apiculteurs et les agriculteurs. Pourtant les abeilles devraient être au coeur du défi actuel de l’agriculture, améliorer les bénéfices des processus écologiques pour moins dépendre des produits chimiques. 

Sommaire des cinq parties : La pollinisation par les abeilles, identité et valeurs / Les abeilles et leur service gratuit ou payant / L’apiculture, un secteur agricole à part entière / Le gîte et le couvert / Les risques liés à l’usage des pesticides / Agir pour protéger les abeilles   

Depuis janvier 2014, Axel Decourtye est le directeur scientifique et technique de l’Itsap-Institut de l’abeille. Ses travaux scientifiques portent sur l’influence des pratiques agricoles sur la santé des abeilles, d’abord lors de sa thèse à l’Inra, puis à l’Acta depuis 2003. Il est responsable de l’unité Prade (Protection des Abeilles dans l’Environnement) à Avignon, associant l’Inra et des structures de recherche finalisée et de développement (Acta, Adapi, Itsap-Institut de l’abeille, Terres Inovia). 

20 auteurs dont 5 de l’Inra : 

Cédric Alaux, chercheur à l’Inra dans l’unité Abeilles et Environnement Domaine Inra Saint Paul d’Avignon 

Jean-François Odoux, ingénieur de recherche en écologie à l’unité expérimentale d’Entomologie de l’Inra au Magneraud 

Fanny Rhoné, post-doctorante en géographie de l’environnement et écologie du paysage à l’unité expérimentale d’Entomologie de l’Inra au Magneraud

Bernard Vaissière, chercheur à l’Inra dans l’unité Abeilles et Environnement au Domaine Inra d’Avignon   

Editions France Agricole, 2018, 295 pages – 45 euros

EXTRAITS DU PROLOGUE

(...) Le fait que la préservation de l’environnement constitue désormais une attente sociétale forte explique en grande partie que l’abeille ait de nos jours un statut d’égérie. L’abeille rejoint ainsi d’autres insectes, comme la coccinelle et le papillon, également très utilisés comme emblèmes de la nature. Mais l’abeille a cette particularité qu’elle est liée au travail – « l’ouvrière besogneuse et méritante » – et à la coopération – « l’entraide au service de la collectivité ». Des traits qui en font un symbole de choix pour certaines entreprises désireuses d’afficher leur engagement dans le développement durable. 

(... ) L’abeille, avec un tel capital de sympathie, suscite l’intérêt du plus grand nombre. Le large public entend régulièrement parler des abeilles dans les médias, principalement au sujet de leur déclin, du rôle des pesticides dans ce déclin ou de leur importance dans l’alimentation. Ces évocations sont souvent liées à l’agriculture pour souligner soit l’interdépendance entre les abeilles et notre alimentation, soit l’impact négatif des pratiques agricoles sur la santé des abeilles. Selon le sujet, des termes, parfois très opposés, évoquent les relations entre les abeilles et l’agriculture : «synergie», «mutualisme», «impact», «toxicité», «conflit»... Les abeilles sont au cœur du double défi auquel l’agriculture doit faire face aujourd’hui : comment produire en protégeant et en s’appuyant sur un service écologique ? Alors que la pollinisation par les insectes est un service générateur de bénéfices pour l’agriculture (et au-delà), ces insectes sont affectés par certaines pratiques agricoles. L’enjeu agricole actuel consiste à miser sur des services tels que la pollinisation, le contrôle des ravageurs par des régulations naturelles ou la vie biologique des sols pour réinventer un nouveau modèle. Après la révolution qu’a connue l’agriculture dans la seconde moitié du XXe siècle, passant d’un modèle centré sur la force de travail des hommes et des animaux à un autre porté par les intrants et le machinisme, une autre révolution doit être maintenant réalisée pour que l’agriculture s’appuie davantage sur les ressources naturelles en tant que moyens de production. Le défi étant de réussir cela sans revenir à l’agriculture de nos ancêtres, mais au contraire en utilisant les technologies modernes et en conservant le même niveau de production. 

Nous verrons au fil de ce livre qu’interroger les liens entre les abeilles et l’agriculture, c’est tout d’abord s’entendre sur les valeurs à conserver. Si les bénéfices économiques liés à la pollinisation par les abeilles sont maintenant reconnus largement, il ne faut pas les restreindre à la production de nos denrées alimentaires, ni même à des intérêts purement monétaires puisque l’apiculture et la richesse de la flore s’inscrivent dans notre patrimoine, notre culture et nos activités récréatives. Souvent, lorsqu’on rappelle le rôle de la pollinisation, seule l’abeille mellifère, appelée communément l’abeille domestique, c’est-à-dire l’espèce élevée par les apiculteurs, est évoquée. Or les abeilles au sens large forment une sous-catégorie d’hyménoptères appelés « apidés ». Les apidés regroupent pas moins de 20 000 espèces différentes dans le monde, 2000 en Europe et presque 1000 en France. Toutes ces espèces, discrètes et méconnues, sont nos alliées, des « ouvrières de l’ombre » permettant aux plantes cultivées ou sauvages de se reproduire. 

(...) Nous proposerons des solutions issues des travaux de recherche et de développement qui visent à améliorer la situation des abeilles dans les zones agricoles et ainsi favoriser leur service de pollinisation. Il est une idée reçue qui consiste à considérer l’influence de l’agriculture sur les abeilles de façon uniquement négative. Certes, nous verrons que les scientifiques ont largement documenté le lien entre certaines pratiques agricoles conduisant à un appauvrissement de la flore ou à l’emploi de pesticides toxiques, et le déclin des abeilles. Si ce constat est bien connu, on évoque moins le fait que l’apiculture s’est développée depuis les cinquante dernières années grâce aux plantes cultivées ; que les apiculteurs français ont commencé à pouvoir vivre de leur passion pour les abeilles quand les surfaces semées avec du colza et du tournesol se sont multipliées (facteur 3 en dix ans) ; que les miels issus des plantes cultivées par l’homme représentent les plus grandes quantités produites (au colza, tournesol, il faut ajouter la lavande, la luzerne, le sarrasin... sans parler des plantations de châtaigniers) ; que la pollinisation des plantes cultivées fait l’objet de contrats rémunérés entre le cultivateur et l’apiculteur (environ 2 millions d’euros par an). Ainsi, toutes les pratiques des agriculteurs ne sont pas délétères puisque des solutions existent déjà chez eux. Elles reposent sur une diversification des plantes semées, une valorisation des jachères, bandes enherbées ou intercultures, ou sur le non-usage de pesticides toxiques ou qui réduisent la flore. En faisant cela, les agriculteurs associent souvent l’enjeu de protection des abeilles à d’autres enjeux, comme le respect du cahier des charges Agriculture Biologique, le biocontrôle des ravageurs, l’amélioration de la fertilisation des sols ou de la qualité des eaux, l’autonomie alimentaire du bétail...