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C'est un guide pratique pour donner aux exploitants agricoles des conseils sur les techniques de plantations et l'entretien des haies.

Les haies rurales

Ce guide pratique donne aux exploitants agricoles des conseils sur les techniques de plantations et l’entretien des haies.

Publié le 22/08/2018

Pourquoi réhabiliter les haies rurales ? Car elles ont un impact important sur notre environnement et sont un facteur clé pour l’agriculture durable en matière de qualité de l’eau, de protection des sols, de biodiversité : auxiliaires des cultures et faune sauvage, et de production de bois déchiqueté qui permet production d’énergie, paillage et fertilisation des sols. 

Pour choisir quelles haies rurales seront les mieux adaptées, 56 types de plantes sont présentées sous formes de fiches richement illustrées avec leur forme, leur habitat, leurs préférences en matière de sol, leurs particularités, leurs productions et leurs éventuelles vertus médicinales.  

C’est un outil indispensable pour faire évoluer son exploitation et ses pratiques professionnelles.  Le DVD comprend une vidéo présentant les premières étapes de la mise en place d’un chantier de haies, depuis le choix des plants de qualité jusqu’à la plantation sur le terrain. Cette vidéo a été produite par Agroof, en partenariat avec les pépinières Naudet. 

Sur le site des Éditions France Agricole, différents documents de synthèse élaborés par l’Association française arbres champêtres et agroforesteries sont mis à disposition. Figurent notamment des documents nationaux portant sur le label Végétal Local, le référentiel national de la typologie des haies et une synthèse nationale sur les coûts d’entretien des haies. 

 

L’auteur, Fabien Liagre, est fondateur de l’Agroof et collaborateur à différents programmes de recherche avec le Cirad et l’Inra. 

Plusieurs chercheurs de l’Inra ont contribué à cet ouvrage. 

Les haies rurales

Rôles, création, entretien, bois énergie

Éditions France Agricole – 290 pages, 2018 – 49 euros

EXTRAITS

Haie, biodiversité et auxiliaires

L’implantation d’une haie modifie profondément l’écosystème en place. Sa suppression menace la biodiversité globale de la parcelle ou du territoire concerné, et handicape la possibilité de développer des ressources diversifiées en auxiliaires des cultures. Le contexte phytosanitaire actuel en agriculture, notamment à propos des cas de résistance des maladies ou des ravageurs des cultures face aux pesticides, posent clairement la question du retour des éléments naturels dans les parcelles. Il ne s’agit pas ici de promouvoir la haie à tout prix mais bien d’aborder ce débat sous l’angle agronomique. De plus en plus d’exemples montrent que la seule parade efficace à certaines attaques a été trouvée dans les moyens de lutte naturelle. C’est particulièrement vrai en arboriculture ou en maraîchage. L’utilisation de produits insecticides, souvent considérée comme l’unique solution, peut produire l’effet inverse à celui recherché en perturbant l’équilibre écologique et en favorisant certains ravageurs qui se sont progressivement adaptés aux matières actives successives utilisées. De plus, les pesticides ne ciblent que difficilement les insectes à détruire, éliminant du même coup des auxiliaires potentiels. D’autre part, suite à la simplification des paysages et à l’usage devenu courant des insecticides, on observe une forte diminution des populations d’insectes pollinisateurs, essentiels à certaines cultures comme en arboriculture ou maraîchage, mais également pour la reproduction des légumineuses. L’idée d’utiliser des éléments naturels fixes, comme les haies ou les bandes enherbées, pour maintenir voire développer des populations d’auxiliaires, devient une alternative ciblée.

Si la haie va héberger quelques ravageurs des cultures notamment en hiver, elle va également abriter des auxiliaires et souvent les favoriser davantage que les ravageurs grâce aux fleurs et aux insectes phytophages neutres vis-à-vis des cultures. Ces insectes vont en effet servir de proies et hôtes de substitution aux auxiliaires, leur permettant de se multiplier en dehors des phases de pullulation des bioagresseurs. En cela, la haie permet de restructurer la chaîne écologique dans un environnement agricole souvent appauvri en biodiversité. Et c’est bien là que se trouve l’enjeu essentiel de la haie en matière de protection des végétaux. Une parcelle arborée présente des atouts intéressants pour trouver naturellement les parades à l’agression d’un ravageur. Dans certains cas, elle permet alors de lutter plus efficacement contre les pullulations et invasions que l’on observe parfois dans les grandes parcelles de cultures pures non arborées. 

Mais l’installation d’une haie signifie toutefois pour l’agriculteur une réduction de la surface due à l’emprise des arbres et elle peut parfois stimuler la présence de ravageurs hébergés par la haie, sources de dégâts ponctuels aux abords de celle-ci. L’efficacité d’une haie dans la régulation naturelle des bioagresseurs est complexe à aborder et il serait faux de certifier qu’une haie n’aura que des avantages ainsi, l’implantation d’une haie en milieu dégradé peut provoquer un effet inverse, le temps que les populations se diversifient et s’autorégulent plus facilement. Mais cette autorégulation n’est jamais acquise et le risque zéro n’existe pas. 

Les différents travaux menés par les équipes de recherche n’ont pas montré jusqu’à présent qu’il existait une espèce spécifique à la haie. Toutes les espèces observées proviennent de milieux forestiers, des champs ou des landes (Baudry, 2000). 

Observer certains oiseaux ou insectes à un moment donné de l’année est relativement « facile » mais comprendre la dynamique des relations entre les populations, les déplacements des espèces présentes et leur évolution, pendant l’année et au cours de la vie de la haie est une science difficile à maîtriser. Pendant longtemps, le milieu scientifique a étudié la haie comme un écosystème autonome. On se rend compte aujourd’hui de l’importance du réseau bocager sur la dynamique des populations. L’apparition de nouveaux concepts comme l’effet corridor ou mosaïque sont des éléments clés pour comprendre la biodiversité présente dans la haie ou dans le paysage agricole (Baudry, 2000). 

En milieu agricole intensif, la haie est quasiment le seul lieu de refuge pour un grand nombre d’animaux (oiseaux, mammifères, insectes, batraciens, reptiles). Les paragraphes suivants dressent un tableau de quelques espèces présentes, en exposant notamment le rôle d’auxiliaire possible pour l’agriculteur. Dans la littérature scientifique ou de vulgarisation décrivant la biodiversité existante dans la haie, il est d’ailleurs plus courant de trouver des articles sur le rôle positif de la haie concernant les auxiliaires que sur les ravageurs ! Il paraît plus sympathique d’aborder la question de la biodiversité sous l’angle positif des auxiliaires... Pourtant, ces deux populations sont souvent étroitement liées et bien souvent l’une ne pourrait survivre sans l’autre. Certes, la haie héberge de nombreux phytophages (on y trouve des pucerons, des psylles, des hémiptères, des chenilles, des charançons...) mais tous heureusement ne sont pas forcément des ravageurs de cultures, et ils rendent même service aux auxiliaires en leur servant de pitance en période de disette. De même, les auxiliaires des cultures ne sont pas forcément aussi positifs pour l’agriculteur qu’on pourrait le croire. Par exemple, si un bon nombre de passereaux dévorent des chenilles ou des larves ravageuses des cultures, ils dévorent également un grand nombre de carabes ou de lombrics...

L’apport essentiel de la haie en terme de biodiversité est qu’elle recrée un équilibre écologique entre prédateurs et proies. En écologie, un élément intéressant est que le régime alimentaire de certains prédateurs est opportuniste, ce qui signifie qu’ils s’alimentent d’un peu toutes les proies qu’ils trouvent à longueur d’année, contrôlant ainsi, pour un temps au moins, les populations de ravageurs à des niveaux assez bas. D’autres ont des exigences plus strictes et ne consommeront par exemple que des pucerons, ils sont alors particulièrement indispensables une fois qu’une pullulation commence à se déclarer. La présence de prédateurs divers est donc une assurance pour l’agriculteur, à condition de s’assurer de leur présence en nombre suffisant, d’une part, et à une période correspondant à la période d’attaques des ravageurs, d’autre part. Dans cette optique, des équipes de recherches tentent de mettre au point des systèmes pour rendre pérenne la présence des prédateurs, afin que ceux-ci interviennent immédiatement en cas d’attaque, mais également dès l’arrivée des premiers ravageurs. S’il reste encore beaucoup de choses à apprendre sur les interactions entre les différentes populations, quelques études intéressantes sont menées par des instituts de recherche souhaitant développer la lutte biologique. Je présenterai ici quelques initiatives prises pour favoriser cette biodiversité et notamment les auxiliaires, en analysant les atouts et les contraintes des solutions proposées.